Fraude qui peut ! de Sébastien Girard

BD sur Bloom face aux industriels de la pêche électrique

Ma recommandation de lecture aujourd’hui s’adresse aux lecteurs de bandes dessinées. Ainsi qu’à tous ceux qui ne sont pas des adeptes du 9ème art mais concernés par la protection de l’environnement et à ce qu’ils mettent dans leur assiette. Il s’agit de Fraude qui peut !, une BD de Sébastien Girard, sortie le mois dernier chez Delachaux et Niestlé. Et sous-titrée : Bloom face aux industriels de la pêche électrique.

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Je suis le combat de l’association Bloom depuis de nombreuses années. Association fondée en 2005 par Claire Nouvian et qui œuvre pour la protection des écosystèmes marins. De mémoire, je m’intéresse à cette association depuis son combat contre la pêche en chalut et en eaux profondes. Bataille qu’ils ont remporté avec une interdiction de l’Union européenne.

Depuis, l’ONG poursuit un autre combat : celui de la pêche électrique. Bien que je sois attentive à ce dossier, je n’étais pas certaine de tout comprendre tant les lobbies sont experts dans l’art de contourner les lois… Et tant la législation est à la fois complexe et pas très claire. En découvrant cette bande dessinée en librairie, je me suis tout de suite dit que c’était une excellente occasion d’y voir plus clair. Et je n’ai pas été déçue !

L’histoire d’un combat pour le vivant

La pêche électrique est une méthode de pêche en chalut qui utilise de « gros filets » équipés d’électrodes. Le champ électrique généré fait décoller les poissons du fond marin pour les attraper avec le filet… Dans cet ouvrage, Sébastien Girard raconte en textes et en images le combat titanesque du pot de terre contre le pot de fer. À savoir le dossier de la pêche électrique défendu par cette petite ONG contre un puissant groupe d’industriels. À travers la voix du calamar cochonnet, symbole de Bloom. On comprend parfaitement comment ce combat est né au sein de l’association. ONG pourtant épuisée après des années de lutte au sujet du chalutage en eaux profondes.

La pêche électrique, une méthode de pêche très destructrice mais évidemment très efficace et rentable, est interdite par la loi. Mais les industriels de cette pêche se sont armés d’une armée de lobbyistes qui travaillent sans cesse à obtenir des dérogations à cette loi. La BD relate comment ces derniers mènent une intense activité au sein de la Commission européenne et auprès des politiques des pays concernés. Tel un reporter, Sébastien Girard expose, après avoir suivi l’équipe de Bloom, comment ces quelques personnes seulement, menée par Laetitia Bisiaux, chargée de projet sur la pêche électrique, font face à ces manœuvres pas toujours légales pour tenter de faire respecter la loi.

Le pot de terre contre le pot de fer car l’équipe de Bloom est évidement bien moins nombreuses que les armées de lobbyistes… Et que l’association dispose aussi de bien moindres moyens financiers que les industriels de la pêche. C’est vrai que derrière toutes les actions de communication de Bloom, toujours bien pensées et écrites, on pourrait penser que c’est une ONG gigantesque composée d’une centaine de personnes engagées à travers le monde. Et bien pas du tout… Et le livre a le mérite de resituer ce contexte aussi.

Violation de la loi en toute impunité

Fraude qui peut ! représente aussi une bande dessinée indispensable pour comprendre les rouages politico-industriels impitoyables en faveur du seul profit et au détriment de la vie marine. Malgré la complexité de ce dossier, l’auteur et dessinateur restitue parfaitement ce combat de manière pédagogique. Les dessins sont simples et parlants. Comme pour démontrer la multiplication des flottes de bateaux de pêche électriques largement supérieures à ce qu’autorise la loi. La bande dessinée est bavarde car les lois, les chiffres, les infos sont nombreuses. Mais l’auteur a su synthétiser l’essentiel pour rendre ce dossier digeste.

Surtout dans le texte comme dans le dessin, il ne manque pas d’humour pour traiter l’absurdité de la réalité : le contournement pur et simple de la loi, les manigances honteuses des industriels, les blocages et lenteurs de l’administration, des États ou de l’Union européenne. Les faits relatés démontrent que les hors la loi parviennent à leurs fins avec la complicité des Pays Bas et le mutisme de la Commission européenne. C’est vrai qu’il vaut mieux en rire que d’en pleurer ! Mais les raisons de pleurer sont nombreuses…

Un scénariste et dessinateur engagé

Raconter ce combat de Bloom en BD est une excellente idée. Cela permettra indéniablement de sensibiliser un public plus large à la protection de la vie sous-marine. Et de mettre en lumière l’action de cette formidable association Bloom tout comme les pratiques dégoutantes des industriels. Une BD qui éveille pour que nous puissions ensuite exercer notre pouvoir de citoyen en votant aux élections – y compris les européennes… Tout comme notre pouvoir de consommateur en vérifiant les méthodes de pêche des poissons sur l’étal. Afin de boycotter ces malheureuses victimes de la pêche électrique…

Enquêter, relayer des dysfonctionnements de notre société en roman graphique, c’est la pâte de Sébastien Girard. Il avait déjà signé Chronique d’un kidnapping aux Éditions Félès en 2021. Une BD sur l’enlèvement d’une petite fille à sa famille par le système judiciaire français. Avec ce livre réalisé après un an d’analyse des témoignages et des rapports, il tentait de comprendre comment un tel drame avait pû arriver. Dans ces 2 ouvrages, le scénariste et dessinateur ne prend pas parti. Il se contente d’exposer les faits. Et dans Fraude qui peut, ce sont bien ces données factuelles seules qui se révèlent à chargent contre les industriels, les Pays Bas et la Commission européenne…

Cette bande dessinée coûte 14,90 €. Et Sébastien Girard reverse tous les droits d’auteurs de ce livre au profit de l’association Bloom. Donc en l’achetant et le lisant, vous vous informez et soutenez le combat de Bloom ! Enfin, si vous avez envie de sensibiliser les plus jeunes, en mai cette année, est également sorti aux Éditions Thierry Magnier l’album Maman les petits bateaux, en partenariat avec Bloom. Un album jeunesse qui, partant de la célèbre comptine, dénonce la pêche industrielle. Vous trouverez évidemment ces 2 titres chez tous les bons libraires.

maman les petits bateaux album jeunesse bloom
Maman Les petits bateaux, de Pauline Kalioujny, Éd. Thierry Magnier – 14,50 €
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Fraude qui peut ! de Sébastien Girard, Éd. Delachaux et Niestlé – 14,90 €

Bienséance 2.0

Ou la disparition de la politesse dans les relations numériques

Oui, cela fait de nombreuses semaines que je ne me suis pas manifestée ici. Et je reviens avec un billet d’humeur à propos de la bienséances 2.0. Soit des usages en communication numérique. On ne se refait pas…

Tous les jours et depuis de nombreuses années maintenant, je suis étonnée et – légèrement – agacée par la disparition croissante de formules de civilité dans les échanges numériques. Disparition proportionnelle à l’augmentation des possibilités d’échanges numériques…

Tout a commencé avec l’apparition des courriers électroniques et des téléphones portables. Avant, lorsque vous contactiez quelqu’un, la conversation démarrait automatiquement par le salut. Au choix, bonjour, salut, hello. Puis peu à peu, la facilité et la rapidité des conversations a engendré la disparition de ces formules. Les gens communiquent désormais sans se saluer. Alors même qu’ils ne se sont pas vus ou parlés depuis des jours, des semaines ou des mois…

politesse 2.0

Pendant des années, j’ai observé ce phénomène se développer. Désormais, le manque de savoir-vivre se généralise dans la sphère professionnelle. Je reçois tous les jours des mails, des messages de personnes qui démarrent par le sujet de l’échange sans se donner la peine de saluer. Les grands gagnants ? Ceux qui communiquent sans formule de politesse… ni même un message ! Des artistes, qui par exemple souhaitent être programmés à la radio, envoient un lien d’écoute de leur musique sans dire bonjour, se présenter ou expliquer pourquoi ils nous contactent. J’imagine que nous sommes censés deviner. Mais je suis un peu bête alors je ne réponds pas…

Il y a aussi les patrons d’établissements qui organisent des concerts et souhaiteraient voir leurs événements relayer dans l’agenda de la radio. Dans ce cas, nous avons le droit au visuel du concert sans un mot. Je ne réponds pas non plus. Ou parfois je réponds « Bonjour ».

La civilité, une marque de respect ?

J’ai beau essayer de comprendre ou d’expliquer ce type de comportement, je ne trouve pas de raisons acceptables. Certains proches m’ont expliqué que dans le cadre de rapports numériques réguliers, les mails, messages envoyés pendant plusieurs jours ou semaines forment une même conversation qui dispense de salut. Sauf qu’entre chaque message, la nuit est tombée et le jour s’est levé. Et dans l’usage, ce nouveau jour implique un bonjour… Lorsque l’on retrouve ses collègues de travail tous les jours, on leur dit bonjour quotidiennement ! On ne se contente pas de le faire le lundi… De la même manière, dans toutes les correspondances épistolaires au long cours, vous remarquerez que les correspondants ne manquent jamais de s’adresser des marques de civilités…

En cherchant la définition de Saluer dans le dictionnaire, j’ai trouvé chez Larousse : « Donner à quelqu’un une marque extérieure de civilité, de respect, quand on se trouve en sa présence ou quand on le quitte ». Une définition qui lie donc le salut à une présence physique. Implicitement, certains ont donc acquis qu’un échange numérique n’implique pas de salut. Et j’en déduis que le numérique se dispense de civilité et de respect… Dans ce cas, je me sens légitime à ne pas pas répondre puisque la notion de respect n’est plus d’actualité ! Le premier geste d’une interaction sociale n’a pas eu lieu, je me sens libre d’y couper court.

Communication plus rapide mais de piètre qualité

Lorsque je me suis permise de seulement répondre « Bonjour » à certains, les réactions sont plurielles. Si la plupart s’excuse et me saluent en retour, certains semblent froissés de ma réponse laconique. Et se justifient par la même explication : ils sont débordés et font « au plus vite ». Je trouve cette raison un peu facile. J’ai des journées professionnelles également bien remplies. J’écris entre 50 et 100 messages, mails, courriers chaque jour et j’arrive à prendre le temps de saluer mes interlocuteurs. Et même de leur souhaiter une bonne journée avant de signer ! Ne pas sacrifier les formules de politesse dans la communication numérique est tout à fait réalisable. Sans être un super-héros.

Je pense surtout que cette excuse représente l’un des symptômes des effets néfastes du tout-numérique. Cette possibilité d’immédiateté, de rapidité à l’échelle de la planète engendre une baisse de considération et de réflexion. Les messages sont écrits aussi rapidement qu’ils s’envoient, sans prendre le temps de penser à leur teneur, à la formulation et à accorder une certaine considération au destinataire. C’est un contre-pied extrême – certes – mais avant d’envoyer une lettre ou un télégramme, l’envoyeur réfléchissait et s’appliquait pour écrire. Car l’envoi nécessitait du temps et des moyens. Cette action n’était pas anodine. D’un point de vue technologique, les messages numériques facilitent la communication. D’un point de vue sociale, ils nous font régresser…

Nouveau monde, nouvelles règles ?

Les règles de politesse et courtoisie édictées dans le vrai monde ne seraient plus applicables dans le monde numérique ? Certains ont pensé que la différence de moyens nécessitait un nouveau code des usages de conduite et politesse. Le premier document de Netiquette – contraction de Net, éthique et étiquette – a été publié (en ligne) en 1994. Une charte de bonne conduite qui, exceptées quelques explications techniques, énonce des banalités et des évidences qui résumées signifient : ne faites pas sur Internet ce que vous ne feriez pas dans la vraie vie. Ne vous abstenez pas, donc, de dire bonjour !

Même si 1994 semble être l’âge des dinosaures avec l’évolution et la généralisation fulgurante des moyens de communication, ce bon sens rappelé dans la Netiquette me semble toujours d’actualité. Mais je suis encore plus vieille que cette charte. Et il s’avère que la conduite numérique évolue tout comme les manques de repères. Pour pallier ces absences, des logiciels, des robots sont désormais développés pour vous assister dans vos échanges et leur formulation… Une sorte d’assistant aux bonnes manières. Finalement, le monde numérique n’invente rien. Cicéron a écrit les règles de civilité à l’intention de son fils dans un Traité de devoirs en -45 av. J.C.

La sélection digitale

Ce manque de savoir-vivre numérique a le mérite de me faire gagner du temps dans mon travail. Sollicitée par de nombreuses demandes, j’ai choisi de privilégier les interlocuteurs courtois au détriment des « pressés mal polis ». On apprend aux enfants que l’on obtient rien sans formule de politesse. J’élargis aux adultes. Après la sélection naturelle, est née l’ère de la sélection digitale. Et naïve que je suis, j’imagine que si tout le monde réagit de la sorte, les malotrus devront revoir leur mode de communication pour obtenir réponse !

“La politesse coûte peu et achète tout.”

Michel de Montaigne

Écrire sur ce sujet aujourd’hui représente d’abord une forme d’exutoire. Je me sentirais peut-être moins agacée lors des prochains messages après m’être confiée à propos de cette contrariété. L’effet secondaire indirect : je sais que vous n’oublierez pas de me saluer ! J’ai déjà eu cette conversation avec des amis. Lorsqu’ils leur arrivent de m’écrire dans la précipitation sans me dire bonjour, ils se rattrapent immédiatement avec un second message de salut ! Je ris à chaque fois. Mon obstination à maintenir le bon usage des civilités dans les rapports numériques a des effets 😉

Et si j’utilise par facilité ces modes de communication 2.0 dans ma vie professionnelle et personnelle, j’ai repris la plume, la vraie, pour écrire des lettres à certains de mes proches. Du beau papier, des lettres manuscrites bien formées, des formules de politesse, du temps de réflexion pour écrire sa pensée et des mots d’affection. Face à la masse de messages quotidiens que nous échangeons, recevoir du courrier dans une vraie boîte aux lettres et prendre le temps de se poser pour l’écrire et le lire… Régression ou retour du plaisir du soin, de la lenteur, de la considération ?

Moon River de Fabcaro

Médicament & Bonbon

Attendu que l’époque est plus que morose. Attendu que le nouveau monde promis en mars 2020 pendant le premier confinement n’est jamais arrivé. Et attendu que j’ai comme l’impression que les gens sont encore plus stupides-égoïstes-agressifs qu’avant la pandémie, je me réfugie vers des valeurs sûres. Des œuvres salutaires comme la dernière bande dessinée de Fabcaro : Moon River, publié en septembre 2021 aux éditions Six Pieds Sous Terre.

Moon River de Fabcaro Chronique d'une BD drole et intelligente

Comme à son habitude, Fabcaro nous embarque dans son monde absurde riche en dérision. Après notre société de consommation contemporaine dans Zaï Zaï Zaï Zaï, les réunions de famille dans Formica, c’est le Hollywood des années 50 qui en prend pour son grade dans Moon River. Via une enquête policière – en atteste l’empreinte digitale sur la couverture. Il est question d’une actrice en vogue, Betty Pennyway, victime d’un crime abominable : pendant la nuit, quelqu’un s’est introduit chez elle pour lui dessiner une bite sur la joue ! On suit donc au fil des 80 pages la délicate enquête de l’inspecteur Hernie Baxter…

Absurdes fiction & réalité

Au cœur de cette enquête palpitante et hilarante dessinée de son trait esquisse axé uniquement sur les personnages en bichromie, on savoure aussi des pages en couleurs pour les scènes du western que sont en train de tourner les acteurs. Et comme à son habitude, à la fiction se mêlent des scènes de vie de l’auteur au moment où il réalise la BD. Telle l’incrédulité de son entourage quand ils découvrent les premières pages de la BD qui tourne autour d’une actrice des années 50 qui a une bite dessinée sur la joue. Mais aussi sa souffrance et les divers traitements de sa hernie, et là vous comprenez mieux le nom de l’inspecteur Hernie Baxter.

Fabcaro se moque gentiment des gens qui se prennent trop au sérieux ou qui manque de cohérence, de consistance. Ici l’industrie du cinéma, la presse people, le monde de la pub, les polars. Il ne manque pas de d’écorcher lui-même… Auteur-dessinateur, parfois en mal d’inspiration, victime d’une hernie discale et néorural se faisant malmener par l’agricultrice qui lui vent du foin. Ne vous méprenez pas, on n’est pas dans le burlesque ou l’humour façon Fluide Glacial. Ici, le trait est sérieux, le langage soutenu. L’irrévérencieux apparait au détour d’un gros mot qui surgit d’une phrase ampoulée, d’une expression en verlan, ou d’une idée incongrue. Dans ce joyeux bazar, Fabcaro maitrise l’art du du contre-pied. Il se moque, de lui, de nous, du passé, du présent. C’est drôle, je ris à chaque page. Mais que je l’aime !

Prisme du détournement

Depuis la Bredoute, détournement du catalogue de La Redoute en 2007 chez Six Pieds Sous Terre, c’est devenu sa pâte. Ce prisme du détournement de petites choses façon Monty Phyton se retrouvent dans toutes ses œuvres. Alors on pourrait s’en lasser, débusquer les ficelles mais pas du tout. Fabcaro ne s’essouffle pas. C’est toujours aussi surprenant et hilarant à la lecture. En tout cas sur moi ça fonctionne toujours aussi bien ! Même Télérama aime !

Ce bijou du génie de l’absurde est parfaitement mis en valeur dans l’édition de Six Pieds Sous Terre. Couverture noire cartonnée gaufrée avec la typo du titre en argent. Et une empreinte de doigt. J’aime les livres en tant qu’objet donc ça compte. J’avais précommandé la BD cet été dès l’annonce de sa sortie à ma librairie préférée. Je suis allée la chercher le jour de la sortie comme une urgence. Mais je ne l’ai pas lue tout de suite. Comme un bon gâteau que l’on attend avant de déguster.

Moon River de Fabcaro chronique BD

Remède à notre fichu monde

Dès le premier jour de sa sortie, des critiques dithyrambiques de libraires et de lecteurs ont été postées sur les réseaux sociaux. Cela m’a encore plus donné envie de prendre mon temps pour le savourer. Un arrêt maladie en novembre a représenté l’occasion parfaite. De bien m’installer, de l’ouvrir et de savourer chaque case, chaque dessin, chaque réplique. Un vrai plaisir de lecture. Avec Moon River, Fabcaro m’a fait rire, m’a détendue. Et comme souvent avec ses livres, je me suis sentie moins seule dans ce monde un peu con. Tout en proposant une autre lecture de celui-ci. Donc si je résume : Moon River est hilarant, rassurant et intelligent. Bravo et merci Mr Fabcaro !

Moon River, de Fabcaro, Éditions Six Pieds Sous Terre , 16€

Nouvelle année

Nouvelle porte ?

Retour sur le blog avant la nouvelle année, yeah ! Un silence numérique de plusieurs mois expliqué – entre autres – par : la publication d’1 magazine, la réalisation de 144 interviews radio, 1 passage en 6ème, 1 en terminale, 1 en seconde année de fac, 1 main cassée, 1 déménagement, 1 petite opération chirurgicale. Bref, la vie est décidément une aventure. Et vous comprendrez, après cette énumération, pourquoi j’ai eu moins le temps de vous la conter…

bullet journal nouvelle année 2022

Cette année 2021 se termine comme les précédentes pour moi. C’est-à-dire sans réfléchir à de bonnes résolutions. Étant de nature pragmatique et réaliste, je n’ai jamais été adepte de ces projections utopistes. En se promettant d’arrêter de fumer, de manger plus sainement, de faire plus de sport ou d’être plus zen, soyons honnêtes… Nous nous mentons. Censées nous motiver pour avancer, devenir une meilleure version de nous-mêmes, les bonnes résolutions finissent généralement par nous miner le moral, faute de s’être réalisées…

Les bonnes résolutions « scientifiquement » inutiles

Ne vous méprenez pas : je ne suis pas négative ! Jeune adulte, j’ai été enthousiaste à l’idée de me faire plein de promesses. Rapidement, cet emballement est retombé après quelques bilans de fin d’année plutôt négatifs. J’ai expérimenté. Puis j’ai laissé tomber ! Et la science a confirmé mon auto-analyse. Une étude du psychologue britannique Richard Wiseman menée en 2007 a indiqué que seulement 12 % d’entre nous parviennent à tenir leurs bonnes résolutions. Un score pas vraiment positif confirmé par un sondage réalisé par l’agence d’intérim Qapa en 2019 : 85 % des sondés n’atteignent aucun de leurs objectifs fixés.

Forte de ce constat, j’ai donc arrêté de me plier à cette tradition. Ainsi, je ne me promets rien. Et je ne suis pas déçue. Inutile également de faire le point en fin d’année sur les promesses tenues le 1er janvier. Malgré tout, je ressens chaque fin d’année comme un changement d’atmosphère. Une sorte de possible renouveau plane. Le sentiment qu’une page se tourne et qu’une nouvelle peut être écrite…

Le calendrier dicte le renouveau

Le calendrier, système de division du temps, est lié aux rythmes de la lune et du soleil. Notre calendrier actuel, le grégorien – car promulgué par le Pape Grégoire VIII en 1582 – a été inventé par les hommes pour se repérer. Et fortement influencé par la religion. Le mois de janvier par exemple doit son nom au dieu Janus. Dieu romain aux deux visages, un dans chaque direction à surveiller : dedans et dehors, devant et derrière, le passé et l’avenir.

« Dieu des commencements et des passages, Janus protège tout ce qui a un rapport concret ou symbolique avec la porte (janua en latin) : les entrées et les sorties, les départs comme les retours. (…) Toujours nommé le premier dans les prières et cérémonies religieuses, il est le dieu du matin (Matutinus Pater), du premier jour de chaque mois et surtout celui qui ouvre la porte de l’année, d’où le nom de son mois, januarius (janvier en latin). »

éduscol | Ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports – Direction générale de l’enseignement scolaire

Nouvelle année = nouvelle porte

Je ne suis pas croyante et je n’ai pas suivi d’éducation religieuse. Pourtant, je ressens ce sentiment d’ouverture, de possibilités qui accompagne le mois de janvier. Alors que les ventes de substituts nicotiniques explosent en janvier, je vais indéniablement continuer de fumer en 2022 (je sais c’est mal). Tout comme les abonnements en salles de sports se multiplient en début d’année, je confirme qu’il y a une très faible probabilité que je me mette à faire du sport. Pas de fausses promesses donc. Pourtant, je me place dans certaines dispositions. Je clôture les comptes comme ma vie. Je range mon bureau, des placards. J’archive les souvenirs. Les mauvaises expériences s’évaporent. Je m’extirpe de la dynamique de l’année passée. Et la perspective d’ouvrir cette nouvelle porte m’allège le corps et l’esprit. Je me réjouis de cette impression de nouveauté, d’éventualité. Comme une nouvelle respiration. Alors j’inspire. Et je vous souhaite une excellente nouvelle année.

Pains marocains

Recette facile pour du pain maison express

Avant de vous partager cette recette, petit point météo : moins présente sur ce blog car beaucoup de boulot. Je continue à promener le poilu, cuisiner, lire, broder, utiliser mon bullet journal. Clairement, j’ai intégré l’équipe « Je m’occupe l’esprit pour supporter la vie qui n’est pas un long fleuve tranquille ». Forcément, je trouve moins le temps d’écrire. Mais je prends quand même un quart d’heure pour partager cette recette de pains marocains maison qui a révolutionné mon quotidien – et je pèse mes mots.

Je m’explique : faire son pain maison est simple et rapide mais demande d’anticiper. Pour un bon pain chaud le soir, il faut penser à faire la pâte la veille ou le matin. Et ces derniers mois, j’ai perdu ce réflexe. J’ai cuisiné un tajine il y a quelques semaines et j’ai trouvé cette recette de pains marocains sur Marmiton pour l’accompagner. Un délice. Et surtout, il suffit de 30 min pour la levée. Depuis j’ai donc adopté cette recette pour toutes les fois où j’ai une envie de pain dans l’heure qui vient !

recette pains marocains maison

Aujourd’hui par exemple, en fin de matinée, j’ai réalisé que je n’avais pas de pain pour le brunch. Sauf que je revenais d’une grande balade avec le poilu donc un peu la flemme de ressortir acheter une baguette. On est aussi dimanche – le jour du cheveux gras – donc un peu la honte de montrer mon allure. Le temps de me doucher et laver ma chevelure, la boulangerie aurait fermé. Bref, un dilemme bien trop complexe pour un dimanche matin… La recette des pains marocains m’a sauvée ! Car ils accompagnent parfaitement les plats en sauce comme les tajines. Mais ces galettes levées sont aussi un régal avec les œufs brouillés, les salades, le fromage. Ainsi qu’en version sucrée au petit-déj avec du miel ou de la confiture. Ou pour l’apéro à tremper dans un houmous ou du tzatziki. Bref, la recette passe-partout, bonne et inratable.

Ingrédients pour 4 petits marocains

  • 300 ml d’eau chaude
  • 500 g de farine : la recette ne précise pas de quel type. J’ai essayé avec de la farine de blé T65 et T80, c’est très bien.
  • 1 sachet de levure boulangère (évidemment remplaçable par du levain maison)
  • 2 cuillères à café de sel

Réalisation des pains marocains

  • Mélangez tous les ingrédients, à la main ou au robot.
  • Divisez le pâton en 4 boules puis les aplatir pour former des galettes d’environ 15 cm de diamètre.
  • Laisser lever une 1/2 heure sous un torchon (à l’abri des courants d’air)
  • Cuire chaque pain à la poêle à feu moyen (sans matière grasse) environ 5 minutes de chaque côté
  • C’est prêt !

Conservation des pains marocains

Si vous êtes seulement un ou deux gourmands, n’hésitez pas à faire cette recette pour 4 petits pains. Ils se conservent très bien quelques jours dans un torchon. Vous pouvez même les faire réchauffer au grille-pain ou quelques minutes au four.

Merci à Lyame pour cette chouette recette 😉

Anne de Green Gables, de lucy Maud Montgomery

chef d’œuvre en série

Je reprends enfin le clavier pour vous parler d’un livre lu pendant les vacances de février. Une lecture bienfaitrice comme je n’en avais pas connue depuis de nombreuses années. Anne de Green Gables, de Lucy Maud Montgomery, publié aux éditions Monsieur Toussaint Louverture. Une lecture que vous ne pouvez pas quitter. Un roman que vous lisez le matin au réveil. Puis, dès que vous trouvez un moment dans la journée (quitte à en créer). Et que vous êtes heureux de retrouver le soir. Le genre de livre qui se dévore en quelques heures, quelques jours.

Anne de Green Gables et Anne de Avonlea éditions Monsieur Toussaint Louverture

Je suis une fan inconditionnelle des publications de Monsieur Toussaint Louverture. Pourtant je ne sais pas comment j’étais passée à côté de celle-là. Ce roman est sorti en octobre 2020 sans que je ne le remarque. Je ne sais pas ce que je faisais en octobre 2020, certainement pas grand chose pendant ce second confinement. Bref j’ai déconné.

J’ai fini par le découvrir en janvier cette année quand l’éditeur a annoncé la publication du second volume des aventures de Anne. Immédiatement séduite par la beauté du livre, l’illustration, les couleurs, la présentation, j’ai acheté le premier volet chez ma librairie préférée Le vent Délire à Capbreton afin de le lire avant la sortie du tome 2 le 18 février.

Fifi Brindacier dans la prairie mais en mieux

Et la magie a opéré. J’ai été complètement happée par les aventures de Anne Shirley, jeune orpheline de 11 ans adopté par un frère et une sœur. Adoptée par erreur car le vieux garçon et la vieille fille avait commandé un garçon pour les aider à la ferme. Mais leur humanité a pris le pas sur le sens pratique ; et surtout, la bonne humeur, la joie de vivre de cette petite pipelette a fini de les convaincre.

Nous sommes à la fin du XIXème siècle au Canada sur l’île de du Prince Édouard. Lucy Maud Montgomery raconte les péripéties de la fillette de 11 à 16 ans dans cette ferme de Green Gables près du village d’Avonlea. Oui, on n’est pas loin de La petite maison dans la prairie. Ou encore des 4 filles du docteur March, de Fifi Brindacier. Sauf qu’Anne de Green Gables est bien plus que ça.

Anne de Green Gables premier volet de la série de Lucy Maud Montgomery

Roman d’apprentissage et de mœurs

Ce livre est un roman d’apprentissage. On suit son éducation, son cheminement à travers sa vie de famille, sa scolarité, ses amitiés, le tout riche en rebondissements. C’est aussi un roman historique dans le sens où on y découvre le mode de vie au XIXème siècle au Canada. Les vêtements, les habitudes alimentaires, les métiers, les conventions, la politique…

Anne de Green Gables représente également un roman de mœurs car il traite de la vie insulaire, familiale. De l’amitié, celle qui apparaît comme une évidence et celle qui se gagne. De l’amour et de la fidélité qui impliquent nécessairement de parfois moins penser à soi pour prendre soin et respecter ceux que l’on aime. Il y est question de l’acception de la différence, à travers le destin de cette héroïne hors normes évidemment. Mais également via les personnages plus secondaires comme la taciturne Marilla pourtant si brave ; ou encore la moralisatrice Rachel Lynde finalement assez humble. Ce roman apprend à voir au delà des apparences à ses protagonistes et donc à nous.

Roman féministe et œuvre de nature writing

Anne de Green Gables est aussi un livre résolument féministe. Lucy Maud Montgomery l’a écrit au début du XXème siècle et le premier tome est paru en 1908 au Canada. Quelle modernité sur la place de la femme dans cette société patriarcale et parfois archaïque. L’enfant à la chevelure rousse et avec la peau couverte de tâches de rousseurs apparait parfois comme une sorcière pour les habitants. Mais c’est surtout son attitude qui lui vaut ce jugement. Elle, si libre dans ses réactions, ses envies, son rapport à la nature, ses émotions. Elle se soucie peu des conventions et représente ainsi les prémices du féminisme, de la liberté de la femme.

Enfin, Anne de Green Gables est clairement une œuvre de nature writing. La nature y tient une place centrale dans l’équilibre de la fillette, dans la vie du village et donc dans le roman. À chaque chapitre, elle est omniprésente. L’auteur ne manque pas de la dépeindre si clairement que l’on imagine les paysages et les saisons. Ces décors participent à nous embarquer sur l’île.

Anne de Green Gables : Feel good book profond

L’héroïne déborde de mots, d’imagination, de pensées, d’idées, d’envies, de romantisme, de sentiments, de joie de vivre. Elle est excessive et positive. C’est assez exaltant et inspirant. Pourtant la force du livre n’est pas que cela. Sa réussite tient dans l’équilibre délicat de cette force positive avec la part sombre de l’humanité. L’auteur utilise plusieurs nuances de gris pour raconter les difficultés de l’enfance à cette époque, la nécessaire cruauté des êtres parfois pour survivre à cette vie austère, le poids de l’éducation presbytérienne… Ces tristes réalités parfaitement distillées tout au long du livre donne encore plus de poids et de valeur à l’énergie de vivre et l’idéalisme de l’héroïne.

Dans une langue riche et poétique

Pour raconter le destin de cette héroïne, Lucy Maud Montgomery utilise un langage soutenu, à la fois sobre et paradoxalement d’une grande richesse lexicale. Jamais vous ne trouverez les mêmes adjectifs pour décrire un arbre ou une fleur. On sent que l’auteur aime les mots et jouer avec. Elle les manie si bien qu’elle nous fait les aimer aussi. Les émotions, les pensées, les intrigues, la nature, tout est précisément décrit sans lourdeur. Sans que l’on ne s’aperçoive de rien sauf à être plongé dans l’ambiance de cette bourgade et dans les aventures de Anne. Le style est si fluide qu’il résonne parfois comme de la poésie, une musique. Il mêle poésie et humour avec une grâce solaire. C’est un délice de lecture. Et je salue le travail de cette nouvelle traduction de Hélène Charrier pour l’édition de Monsieur Toussaint Louverture.

Un second volume à la hauteur

J’aurai pu être triste de quitter cette héroïne pétrie d’humanité après ces quelques heures de lecture délicieuse. Mais cela n’a pas été le cas car Anne de Avonlea, le tome 2 sortait seulement quelques jours après, le 18 février ! Depuis je me délecte des nouvelles aventures de Anne devenue institutrice à 17 ans. Je savoure ses idées modernes à propos de l’éducation, la confrontation de ses rêves avec la réalité de l’existence, je grandis avec elle. Et je prends mon temps. J’essaye de ne pas faire preuve de gloutonnerie pour apprécier tous les mots de Lucy Maud Montgomery, cette fois traduits par Isabelle Gadoin. Car il faudra patienter jusqu’au mois d’août cette année pour découvrir le 3ème volet de la série. En attendant, la densité d’émotions et de plaisir est tout aussi grande dans cette suite.

Anne de Avonlea second volume de la série de Lucy Maud Montgomery

Nouvelle édition sublime de Monsieur TOussaint Louverture

Née en 1874 et morte en 1942, Lucy Maud Montgomery est l’autrice canadienne la plus lue dans le monde. Débordant de la même créativité et énergie que son héroïne, elle a écrit plus d’une vingtaine de romans, 500 nouvelles et autant de poèmes. En France, Anne de Green Gables est paru pour la première fois en 1964 sous le titre Anne et le bonheur chez Hachette dans la collection Bibliothèque verte. Il n’a apparemment pas connu le même succès qu’outre-Atlantique. Mais c’est certainement ce malencontreux choix éditoriale à le classer en littérature jeunesse.

Heureusement cet affront a été réparé par Monsieur Toussaint Louverture qui a compris la densité de cette œuvre. Et a choisi de lui rendre hommage avec une nouvelle traduction et une édition dans un livre objet magnifique. Relié et cartonné dans la pure tradition des livres d’antan, recouvert de papier nacré dans des tons parfaits, avec une couverture illustrée par Paul Blow, illustration à la fois poétique et moderne à l’image du contenu. L’intérieur du livre est à la hauteur de la couverture et reliure puisque les 384 pages sont en papier Munken pure de 90 g… Ce qui ne vous dit certainement rien mais assure un aspect et toucher velouté bien appréciable.

Anne de Green Gables Anne de Avonlea de Lucy Maud Montgomery éditions monsieur toussaint louverture

Devant la qualité des finitions, j’ai été assez étonnée du prix car il ne coute que 16,50 €. C’est incroyable ! Alors merci merci Monsieur Louverture pour la bonne idée de rééditer cette série et pour le soin que vous y avez accordé. Merci pour ce plaisir infini de lecture qui va durer puisque la série de Anne compte 11 volumes. Si vous ne faites pas encore partie des 60 millions de lecteurs de cette œuvre, traduite dans plus de trente langues, laissez-vous tenter !

Anne de Green Gables / Anne de Avonlea, de Lucy Maud Montgomery, Éditions Monsieur Toussaint Louverture, 16,50 € le volume.

Petite philosophie de la marche humide

Élaborée selon les principes de vie du poilu

Tous les jours je me promène en pleine nature avec le poilu. Forêt ou plage, quel que soit le temps, nous partons en vadrouille nous dégourdir les pattes. Si le plaisir est indéniable lorsque notre escapade se déroule sous un ciel bleu ensoleillé, il apparait moins évident par jour de pluie. Or, cet automne-hiver, le nombre de jours de pluie a été assez conséquent dans les Landes. J’ai donc fini par développer une « petite » (soyons modeste) philosophie de la marche humide. Réflexion critique élaborée en m’inspirant des principes de vie du poilu.

Petite philosophie de la marche humide élaborée selon les principes de vie du chien
La pluie ? Quelle pluie ?

Où est le plaisir ?

Parfois, je me réjouis de cette promenade sous la pluie. Je m’imagine comme une aventurière ou une maîtresse de chien exemplaire. Je chausse ma parka et mes bottes et en avant pour l’aventure ! Mais ça c’est parfois… La plupart du temps, je regarde la pluie tomber par la fenêtre, puis le chien qui trépigne, puis je soupire devant la mission qui m’attend…

Pourtant, à chaque marche humide, j’ai éprouvé du plaisir. D’abord, parce que le poilu me transmet son plaisir. Il bondit de joie, s’éclate dans les flaques, dans les fougères, renifle, court, va chercher les bâtons et les pommes de pin que je lui jette. Comme s’il ne s’était même pas rendu compte qu’il pleuvait. La météo pour lui est un détail. L’essentiel est de se dépenser, découvrir, respirer. Et le voir en profiter me rend heureuse. Même sous la pluie. L’autre source de plaisir de la marche sous une pluie battante, c’est profiter des bienfaits de la marche tout simplement. Travail des muscles et du cœur, exercice méditatif, aération pulmonaire et spirituelle. Les bénéfices sont démontrés depuis des années dans de nombreuses études scientifiques. Je l’expérimente tous les jours. Cette routine est devenue indispensable à mon bien-être.

 » À quoi bon emprunter sans cesse le même vieux sentier ? Vous devez tracer des sentiers vers l’inconnu. Si je ne suis pas moi, qui le sera ? La marche est une lecture du lieu qui prélude à la compréhension inépuisable de Soi. « 

Henry David Thoreau – De la marche (1862)

Le poilu, source d’inspiration

Pour continuer à prendre du plaisir sous la pluie mais en m’épargnant les soupirs a priori, j’ai observé le poilu. Puis j’ai réfléchi et développé une « petite » philosophie de la marche humide. Premièrement – et contrairement à une promenade estivale -, je n’ai jamais trop chaud lors d’une marche pluvieuse. Je suis frileuse donc je me couvre bien. Et l’action me réchauffe. Je n’ai ni trop chaud ni trop froid. Mieux encore, l’ambiance extérieure fraîche et humide me fait prendre conscience de ma température intérieure bien confortable. Après quelques minutes de marche, je savoure la fraicheur extérieure qui tempère ma température corporelle en hausse. Comme le poilu, protégé par ses poils et bien plus à l’aise en hiver qu’en été. L’assimilation s’arrête là, je ne vais pas m’abreuver et me tremper dans les flaques.

Les bottes accessoires indispensables de la marche humide.
Les jours de pluie, inutile de perdre du temps à choisir quelle paire de chaussures enfiler. Une logistique simplifiée.

La solitude de la marche

La pluie présente l’autre avantage d’effrayer les promeneurs du dimanche. Avec le poilu, il faut l’avouer, nous préférons ne pas trop partager la nature. Lorsque l’on rencontre humains et chiens, nous ne manquons pas de saluer nos congénères évidemment. Parfois même, échangeons avec plaisir des réflexions canines ou météorologiques. Mais notre escapade en pleine nature prend toute sa dimension en pleine solitude, sans interférences du monde extérieur. Et il est indéniable que les jours de pluie sont les plus solitaires. Nous savons l’apprécier.

La pluie, musique méditative

Marcher tous les jours dans la nature représente une pause dans ma vie professionnelle et personnelle très dense. Pourtant, j’ai constaté que par beau temps, j’ai tendance à ne pas me concentrer sur le présent et perdre ainsi les bienfaits de la promenade. Mes pas suivent mécaniquement le sentier et j’oublie d’admirer l’environnement car mon cerveau est préoccupé par la liste des missions de la journée… Ce genre de choses ne peut pas arriver pendant les balades humides.

Mon esprit est monopolisé par les gouttes qui coulent sur mes lunettes et perturbent ma vue. Je reste concentrée sur le sol pour ne pas glisser ou marcher dans une flaque trop profonde. Lorsque le sentier est complètement inondé, je dois dévier mon chemin. Puis éviter les ronces ou les racines. Isolée du bruit par ma capuche, je dois penser à me retourner ou regarder loin pour voir si le poilu suit. Et ajuster ma cadence à la sienne. Cet ancrage dans le présent développe mes sens. Je sens les odeurs d’humus révélées par la pluie. L’air frais sur mes joues. Le bruit des gouttes sur ma capuche. Quand il pleut, je suis dans la nature sous la pluie et seulement ça. Ces balades représentent une vraie pause, une évasion totale. Elles sont donc bienfaitrices, réparatrices.

La forêt des Landes tranquille et apaisante les jours de pluie.

Happy End

Je mets aussi en pratique la théorie de la relativité. Je marche sous la pluie certes. Mais j’ai la chance de pouvoir marcher tous les jours en pleine nature ! Cerise sur le gâteau : lorsque je rentre, je me sèche, je me prépare une boisson chaude. Je prends conscience du plaisir d’être à l’abri, installée confortablement au chaud. Beaucoup plus que si je n’étais pas sortie. Cette constatation rejoint ma réflexion sur le plaisir de la frustration. Comment savourer la chaleur d’un cocon si vous ne vous en échapper jamais ? En regardant le chien ronfler sur le canapé au coin du feu, je réalise que je dois tout simplement faire comme lui. Me poser moins de questions. Ne pas avoir trop d’attentes. Profiter de la nature tous les jours. Et ne pas laisser des détails météorologiques diminuer mon plaisir ou mes envies. Vivre vraiment au rythme de la nature. Et avec elle, dans sa globalité. Adopter définitivement la « petite » philosophie de la marche humide.

Le repos bien mérité du poilu après une marche humide.

Tuto Tricot Bonnet

Simple et rapide

Et si on bricolait un bonnet ? Nous sommes en hiver. Le confinement puis le couvre-feu nous laissent du temps libre à la maison. Les tuto du head band et des mitaines sont les articles les plus consultés sur ce blog en 2020 ! Voilà de bonnes raisons pour poster un nouveau tuto tricot ! Je vous propose de réaliser un bonnet cette fois-ci. Toujours simple et rapide. Parfait pour les débutantes ou pour utiliser des restes de laine.

Pour ce tuto, je suis partie d’un modèle Phildar que j’ai adapté pour le décliner avec toutes les laines et aiguilles possible.

tuto tricot bonnet débutante
À gauche, bonnet réalisé avec une laine moyenne en doublant le fil et les grosses aiguilles en bois sans indication de taille (plus grosses que du 13). À droite, modèle réalisé avec une laine qui se tricote en 4 ou 5 mais avec le fil doublé et des aiguilles N°13.

Matériel pour tricoter le bonnet

Des aiguilles de n’importe quel numéro, la laine que vous voulez et une aiguille à laine ! Elle est pas belle la vie ? Ajoutez également une calculatrice car en utilisant des aiguilles variées et une laine indéterminée, il faut réaliser un échantillon. Il suffit ensuite de calculer le nombre de mailles et de rangs à tricoter pour votre bonnet.

Réalisation de l’échantillon

Monter des mailles (environ 10 / 12 si grosse laine et grosses aiguilles, plus si votre laine est fine et vos aiguilles d’un diamètre plus fin). Si le résultat vous convient, mesurer combien de mailles et de rangs il vous faut pour 1 ou 10 cm (un compte rond donc !).

Si le résultat ne vous plait pas, changer de grosseur d’aiguilles, doublez la laine en utilisant 2 fils ou mixer 2 laines !

Calculer le nombre de mailles ou la règle de 3 pour les nuls

Mesurez votre tour de tête pour connaître la largeur du bonnet à tricoter. Et faites une belle règle de 3 pour connaître le nombre de mailles à monter. Je vous conseille de retenir votre tour de tête moins 1 cm car souvent la laine tricotée s’étire. Cela vous évitera d’avoir le bonnet sur les yeux 😉

Si votre tour de tête fait 52 cm et que votre échantillon compte 12 mailles (grosse laine + grosse aiguille) pour faire 10 cm. Vous devez monter 62 mailles !
La formule magique est :
Nombre de mailles total = (tour de tête en cm x nombre de mailles pour 10 cm) / 10 cm

Réalisation du bonnet

Suite à votre calcul, montez le nombre de mailles nécessaires. Tricotez tout droit en point jersey. Pas d’augmentation ou de diminution ! Tricotez pendant 25 cm si vous souhaitez un bonnet un peu haut. Seulement 18 cm si vous le préférez façon marin. Mesurez, faites des essais pour qu’il soit sur-mesure !

Une fois la hauteur souhaitée atteinte, coupez la laine en laissant une longueur de fil de 20 cm. Puis passer ce fil dans les mailles du dernier rang à l’aide d’une aiguille à laine. Tirez pour fermer le haut du bonnet. Pas besoin d’arrêter les mailles ! Il ne vous reste plus qu’à coudre à l’envers le côté du couvre-chef à l’aide d’une aiguille à laine. Et c’est fini !

Variantes du bonnet

  • Avec des aiguilles circulaires, inutile de coudre le côté !
  • Réaliser 2 ou 3 cm de côtés 1/1 ou 2/2 au début de l’ouvrage pour qu’il tienne mieux sur la tête. Dans ce cas, calculez votre nombre de mailles selon la vraie taille de votre tour de tête. Et non comme conseillé plus haut, tour de tête moins 1 cm.
  • Changez de point ! En point mousse, point de blé, point de riz, tout est possible ! Il suffit de tester en faisant votre échantillon, pour calculer le nombre de mailles et rangs nécessaires. Comme ce bonnet est un rectangle droit, ce modèle représente un bon moyen de s’entraîner à de nouveaux points plus complexes. Sans se lancer dans un pull 😉
  • Variez les couleurs, réalisez des rayures ou un point jacquard (pratiques si vous n’avez pas assez de laine pour le faire uni).
  • Bien serré en haut, le petit trou ne me gène pas mais vous pouvez faire une finition en ajoutant un pompon pour le cacher. Et ajouter ainsi une fantaisie.

Attembre, de Tanx

Ou comment une BD m’a réconciliée avec la lecture

Cet été, j’ai perdu le goût de la lecture. Tous les livres dans lesquels je me plongeais me semblaient futiles, inutiles. Après quelques pages laborieuses, ils me tombaient des mains. Jusqu’à Attembre, le journal de Tanx de novembre 2018 à août 2019 publié aux éditions 6 pieds sous terre. Ce beau livre m’a été offert par mon amie Blanche pour mon anniversaire. Soit quelques jours avant que je ne me trouve dans l’impossibilité de lire. Pour tenter de m’y remettre, j’ai d’abord essayé des titres plus légers. Sans succès. En fait, j’avais besoin de sens pour apprécier à nouveau la lecture et j’en ai trouvé dans ce récit très très personnel, écrit et dessiné. Merci Blanche. Et merci Tanx.

Attembre de tanx couverture chronique éditions six pieds sous terre

Attembre, contraction de attendre et des mois chiants en « embre »

Je suis très heureuse de l’avoir lu et de vous en parler à la fin de cette année très spéciale pour tout le monde. Année marquée par l’attente, de la fin du / des confinements, de la fin de l’épidémie, de la sortie de la crise économique. Cette année, on attend. Et Dans Attembre, Tanx raconte son raconte son ennui entre novembre 2018 et aout 2019, une période où elle a beaucoup attendu pour déménager de Bordeaux à Paris. À tel point que Bordeaux a représenté un hall d’aéroport comme elle dit. Attembre, la contraction de attendre et des mois en « embre ». Dans les 208 pages, il est question d’ennui donc mais pas seulement. Également de mélancolie, d’apathie, de colère, du manque d’envie. De l’état d’attente qui paralyse tout, empêche de se projeter, de créer, de profiter du présent.

Désespoir en textes et en dessins

Cela ressemble peut-être à une dépression. Il s’agit surtout d’un récit très personnel, une chronique d’un bouleversement dans sa vie comme on en connait tous. Sauf que Tanx est une artiste. Et ce chamboulement provoque des perturbations, de nombreuses questions. En posant sur une feuille son quotidien, Tanx y met tout, ses états d’âme, ses pensées les plus sombres, ses interrogations sur le moteur artistique, le format de la confession. Elle se demande s’il faut qu’elle soit au désespoir pour écrire ou créer. Est-ce que la guérison est la cause de son trou noir artistique ? Qu’elle se rassure : quand on la lit, ce n’est pas son désespoir qui l’a fait si bien écrire ou dessiner. C’est son talent à extérioriser son désespoir, le courage de le faire et de poser des questions difficiles. Sur le troublant rapport entre la réalité et la création, l’impulsion de vivre et comment, la concrétisation d’envies et de choix.

attembre de tanx quatrieme de couverture six pieds sous terre éditions

Fureur et authenticité

Ce livre, c’est aussi son questionnement sur le concept autobiographique qu’elle pratique depuis plusieurs années. Il fait d’ailleurs suite à Des croutes au coin des yeux parus en 2 volumes en 2016 et 2017. Puis regroupés dans une édition intégrale en 2018 sous le titre Toutes les croutes aux coins des yeux. L’auteur exprime ses doutes sur la frontière et les limites entre autobiographie et fiction, Elle se demande :  » Est-ce que je vis pour créer des souvenirs ?  » Obnubilée par sa créativité, dans le dessin, dans la consistance de son récit, elle se demande si elle arrive vraiment à tout raconter, si et pourquoi elle oublie ou exagère. Son récit est une mise en abime infinie.

Cela fonctionne car, comme à son habitude, l’autrice dessinatrice ne s’encombre pas de fioritures, de filtres. Dans le texte comme dans son dessin, elle livre un récit authentique, brut, emprunt d’une fureur de grande beauté. Son trait et son langage sont acérés, crus, parfois plus littéraires, plus appuyés. Il y a indéniablement une forme de grâce dans sa manière de se livrer, dans ses incertitudes et ses tâtonnements. Une grande humilité.
Je n’étais pas très en forme lorsque j’ai lu ce livre et il m’a fait du bien. Il m’a fait vibrer, me sentir moins seule dans les marasmes réguliers de mon esprit. Il m’a fait me sentir vivante à un moment où j’étais éteinte. Comme une bouffée d’oxygène après une trop longue apnée.

Sur la Vraie vie, de vrais questions

En libérant son âme sur le papier, Tanx accompagne le lecteur vers des vérités difficiles mais authentiques. Ha c’est certain, les cases carrées de Tanx ne ressemble pas à un beau fil Instagram. Mais qu’est ce que c’est bon de se plonger dans la vraie vie pour une fois ! Le partage de ses pensées fait cogiter. Sur des problèmes que l’on ne s’est jamais posé ou que l’on a jamais osé poser. Elle le fait. Et souvent on s’y retrouve dans ses questions, sur la liberté, la mécanisation de nos actes, les raisons et le but de nos choix ou non choix. On se sent moins seule en lisant Tanx. Attembre est une vaste exploration, un lâcher prise passionnant, impressionnant, intelligent et touchant. Ce n’est pas une BD glauque mais lumineuse, une œuvre en clair obscur bourrée d’humanité.

Édité par 6 pieds sous terre

Attembre, publié sous forme de fanzine en 14 volumes auto-édités, a été rassemblé en un seule beau livre par 6 Pieds sous terre en janvier 2020. Une maison d’édition de bande dessinée fondée en 1991 à Montpellier par Jean-Philippe Garçon, Jean-Christophe Lopez et Jérôme Sié. Rejoints ensuite par Thierry Durand et Yves Jaumain. Et désormais installée à Saint-Jean-de-Védas. Une éditeur indépendant qui édite des BD différentes et essentielles, belles sur la forme comme dans le fond et notamment des auteurs dessinateurs que j’adore comme Baudoin, Fabcaro, Florence Cestac, Guillaume Bouzard, James, Loïc Dauvillier, Manu Larcenet, Mathias Lehman, Gilles rochier, Nicolas Moog, Terreur graphique, Pierre Druihle, Winshluss et… Tanx !

L’œuvre d’une artiste sensible

Outre la BD, Tanx se consacre à l’illustration, aux affiches de concert, à la peinture, la linogravure. Vous pouvez découvrir son travail sur son compte Instagram. Et si vous voulez faire plus ample connaissance avec cet auteur si sensible, – entendez bien cet adjectif dans sa signification première – c’est à dire douée d’un sens aigüe de la perception à la vie, et qui retranscrit en mots et en dessins de manière si brute si forte ses sentiments, je vous invite à consulter régulièrement son blog.
SI elle publie des titres chez des éditeurs indépendants comme six pieds sous terre, elle pratique pas mal l’autoédition. Vous pouvez les découvrir Sur son échoppe.

Après avoir chroniqué Attembre à la radio, Tanx m’a envoyé un très gentil mot pour me remercier. J’ai été touchée par son œuvre. Elle a été touchée que son œuvre résonne en moi comme elle l’avait créé. Nous avons ressenti une sorte de communion via un livre. Cela le rend encore plus précieux. Au fil des ans, ma bibliothèque se réduit, faute de place et par envie de minimalisme. Attembre y restera, c’est certain.

Attembre, de Tanx, 208 pages, Éditions 6 pieds sous Terre, Collection Monotrème (Mini), janvier 2020, 17 €.

Sans voix

Depuis quelques semaines je suis sans voix. Le 25 juillet, j’ai pris un mauvais coup. Violent et par surprise. J’ai réussi à me relever mais j’en ai perdu la voix. Les seuls mots qui sortent de ma bouche se bornent à l’essentiel. Le chagrin, la peur, l’inquiétude ont pris toute la place. Ils me tiennent éveillée, m’empêchent de trouver le sommeil. Ils dominent tout. Ils ont balayé la raison, le plaisir, la joie. Ont coupé toute envie de sourire, rire, lire, écrire, dessiner, broder, cuisiner.

J’avais déjà connu autrefois quelques déconvenues. Mais jamais de drame. Les chagrins et inquiétudes du passé sont devenus futiles voire déplacés. La joie de vivre qui m’a toujours permis de m’en sortir m’apparait dérisoire. Insuffisante.

Pourtant, la vie doit continuer. Pour les enfants, pour ceux qui n’auraient jamais dû vivre ce drame, j’ai combattu cette boule dans la gorge. Ce poids qui écrase mon cœur. Tous les jours, j’ai pensé à bomber le torse pour prendre une grande inspiration. Et respirer. Chaque jour, je me suis efforcée de me concentrer sur les joies simples de la vie. Les identifier et oser en profiter. Un mot, un sourire des amis et de la famille. La vue apaisante de l’ancienne chapelle jouxtant l’hôpital. Les promenades quotidiennes du poilu en forêt coûte que coûte. Pour tenir le coup. Reprendre une vie qui ne sera plus jamais la même.

chapelle hôpital de Bayonne

Il faut aimer plus et vraiment. Retrouver la saveur. Réapprendre à goûter le plaisir. Sans jamais oublier. Que la vie est partie en un instant, sans prévenir. Que le vide qu’elle laisse est béant. Qu’il faudra apprendre à marcher à côté sans tomber dedans. Rester vigilante pour que le chagrin ne bouscule pas ce fragile équilibre. Et ne pas laisser la peur tracer le mauvais chemin.

Depuis quelques jours, je reparle dans un micro. Et aujourd’hui, j’écris ces quelques lignes. Je quitte peu à peu l’armure que j’ai enfilée le 25 juillet. Pas encore par envie, plus par nécessité. Pour toi, parti trop tôt et pour ceux qui restent. Parce qu’ils méritent que je ne vive pas qu’à moitié.

Je me sens encore aphone. Je ne vibre plus. Effrayée par le monde extérieur. Sa violence, sa vacuité. Assommée par la perte de mon insouciance. Pourtant, je fais un pas. J’avance au bord du vide. Guidée par ta lumière. Aidée par mes enfants, ma famille, mes amis. En gardant ce lien si précieux avec la nature qui m’apaise. Afin de ressentir l’envie. Retrouver le plaisir de l’existence et accepter parfois sa frivolité.

Hier matin, je me suis émerveillée du soleil perçant dans la forêt brumeuse. Le soir, j’ai lu quelques pages. Je reprends goût au plaisir de cuisiner. Aujourd’hui, j’écris. Je retrouve des mots, des sensations. Je refais mes premiers pas dans le monde, vers la vie.