Pains marocains

Recette facile pour du pain maison express

Avant de vous partager cette recette, petit point météo : moins présente sur ce blog car beaucoup de boulot. Je continue à promener le poilu, cuisiner, lire, broder, utiliser mon bullet journal. Clairement, j’ai intégré l’équipe « Je m’occupe l’esprit pour supporter la vie qui n’est pas un long fleuve tranquille ». Forcément, je trouve moins le temps d’écrire. Mais je prends quand même un quart d’heure pour partager cette recette de pains marocains maison qui a révolutionné mon quotidien – et je pèse mes mots.

Je m’explique : faire son pain maison est simple et rapide mais demande d’anticiper. Pour un bon pain chaud le soir, il faut penser à faire la pâte la veille ou le matin. Et ces derniers mois, j’ai perdu ce réflexe. J’ai cuisiné un tajine il y a quelques semaines et j’ai trouvé cette recette de pains marocains sur Marmiton pour l’accompagner. Un délice. Et surtout, il suffit de 30 min pour la levée. Depuis j’ai donc adopté cette recette pour toutes les fois où j’ai une envie de pain dans l’heure qui vient !

recette pains marocains maison

Aujourd’hui par exemple, en fin de matinée, j’ai réalisé que je n’avais pas de pain pour le brunch. Sauf que je revenais d’une grande balade avec le poilu donc un peu la flemme de ressortir acheter une baguette. On est aussi dimanche – le jour du cheveux gras – donc un peu la honte de montrer mon allure. Le temps de me doucher et laver ma chevelure, la boulangerie aurait fermé. Bref, un dilemme bien trop complexe pour un dimanche matin… La recette des pains marocains m’a sauvée ! Car ils accompagnent parfaitement les plats en sauce comme les tajines. Mais ces galettes levées sont aussi un régal avec les œufs brouillés, les salades, le fromage. Ainsi qu’en version sucrée au petit-déj avec du miel ou de la confiture. Ou pour l’apéro à tremper dans un houmous ou du tzatziki. Bref, la recette passe-partout, bonne et inratable.

Ingrédients pour 4 petits marocains

  • 300 ml d’eau chaude
  • 500 g de farine : la recette ne précise pas de quel type. J’ai essayé avec de la farine de blé T65 et T80, c’est très bien.
  • 1 sachet de levure boulangère (évidemment remplaçable par du levain maison)
  • 2 cuillères à café de sel

Réalisation des pains marocains

  • Mélangez tous les ingrédients, à la main ou au robot.
  • Divisez le pâton en 4 boules puis les aplatir pour former des galettes d’environ 15 cm de diamètre.
  • Laisser lever une 1/2 heure sous un torchon (à l’abri des courants d’air)
  • Cuire chaque pain à la poêle à feu moyen (sans matière grasse) environ 5 minutes de chaque côté
  • C’est prêt !

Conservation des pains marocains

Si vous êtes seulement un ou deux gourmands, n’hésitez pas à faire cette recette pour 4 petits pains. Ils se conservent très bien quelques jours dans un torchon. Vous pouvez même les faire réchauffer au grille-pain ou quelques minutes au four.

Merci à Lyame pour cette chouette recette 😉

Anne de Green Gables, de lucy Maud Montgomery

chef d’œuvre en série

Je reprends enfin le clavier pour vous parler d’un livre lu pendant les vacances de février. Une lecture bienfaitrice comme je n’en avais pas connue depuis de nombreuses années. Anne de Green Gables, de Lucy Maud Montgomery, publié aux éditions Monsieur Toussaint Louverture. Une lecture que vous ne pouvez pas quitter. Un roman que vous lisez le matin au réveil. Puis, dès que vous trouvez un moment dans la journée (quitte à en créer). Et que vous êtes heureux de retrouver le soir. Le genre de livre qui se dévore en quelques heures, quelques jours.

Anne de Green Gables et Anne de Avonlea éditions Monsieur Toussaint Louverture

Je suis une fan inconditionnelle des publications de Monsieur Toussaint Louverture. Pourtant je ne sais pas comment j’étais passée à côté de celle-là. Ce roman est sorti en octobre 2020 sans que je ne le remarque. Je ne sais pas ce que je faisais en octobre 2020, certainement pas grand chose pendant ce second confinement. Bref j’ai déconné.

J’ai fini par le découvrir en janvier cette année quand l’éditeur a annoncé la publication du second volume des aventures de Anne. Immédiatement séduite par la beauté du livre, l’illustration, les couleurs, la présentation, j’ai acheté le premier volet chez ma librairie préférée Le vent Délire à Capbreton afin de le lire avant la sortie du tome 2 le 18 février.

Fifi Brindacier dans la prairie mais en mieux

Et la magie a opéré. J’ai été complètement happée par les aventures de Anne Shirley, jeune orpheline de 11 ans adopté par un frère et une sœur. Adoptée par erreur car le vieux garçon et la vieille fille avait commandé un garçon pour les aider à la ferme. Mais leur humanité a pris le pas sur le sens pratique ; et surtout, la bonne humeur, la joie de vivre de cette petite pipelette a fini de les convaincre.

Nous sommes à la fin du XIXème siècle au Canada sur l’île de du Prince Édouard. Lucy Maud Montgomery raconte les péripéties de la fillette de 11 à 16 ans dans cette ferme de Green Gables près du village d’Avonlea. Oui, on n’est pas loin de La petite maison dans la prairie. Ou encore des 4 filles du docteur March, de Fifi Brindacier. Sauf qu’Anne de Green Gables est bien plus que ça.

Anne de Green Gables premier volet de la série de Lucy Maud Montgomery

Roman d’apprentissage et de mœurs

Ce livre est un roman d’apprentissage. On suit son éducation, son cheminement à travers sa vie de famille, sa scolarité, ses amitiés, le tout riche en rebondissements. C’est aussi un roman historique dans le sens où on y découvre le mode de vie au XIXème siècle au Canada. Les vêtements, les habitudes alimentaires, les métiers, les conventions, la politique…

Anne de Green Gables représente également un roman de mœurs car il traite de la vie insulaire, familiale. De l’amitié, celle qui apparaît comme une évidence et celle qui se gagne. De l’amour et de la fidélité qui impliquent nécessairement de parfois moins penser à soi pour prendre soin et respecter ceux que l’on aime. Il y est question de l’acception de la différence, à travers le destin de cette héroïne hors normes évidemment. Mais également via les personnages plus secondaires comme la taciturne Marilla pourtant si brave ; ou encore la moralisatrice Rachel Lynde finalement assez humble. Ce roman apprend à voir au delà des apparences à ses protagonistes et donc à nous.

Roman féministe et œuvre de nature writing

Anne de Green Gables est aussi un livre résolument féministe. Lucy Maud Montgomery l’a écrit au début du XXème siècle et le premier tome est paru en 1908 au Canada. Quelle modernité sur la place de la femme dans cette société patriarcale et parfois archaïque. L’enfant à la chevelure rousse et avec la peau couverte de tâches de rousseurs apparait parfois comme une sorcière pour les habitants. Mais c’est surtout son attitude qui lui vaut ce jugement. Elle, si libre dans ses réactions, ses envies, son rapport à la nature, ses émotions. Elle se soucie peu des conventions et représente ainsi les prémices du féminisme, de la liberté de la femme.

Enfin, Anne de Green Gables est clairement une œuvre de nature writing. La nature y tient une place centrale dans l’équilibre de la fillette, dans la vie du village et donc dans le roman. À chaque chapitre, elle est omniprésente. L’auteur ne manque pas de la dépeindre si clairement que l’on imagine les paysages et les saisons. Ces décors participent à nous embarquer sur l’île.

Anne de Green Gables : Feel good book profond

L’héroïne déborde de mots, d’imagination, de pensées, d’idées, d’envies, de romantisme, de sentiments, de joie de vivre. Elle est excessive et positive. C’est assez exaltant et inspirant. Pourtant la force du livre n’est pas que cela. Sa réussite tient dans l’équilibre délicat de cette force positive avec la part sombre de l’humanité. L’auteur utilise plusieurs nuances de gris pour raconter les difficultés de l’enfance à cette époque, la nécessaire cruauté des êtres parfois pour survivre à cette vie austère, le poids de l’éducation presbytérienne… Ces tristes réalités parfaitement distillées tout au long du livre donne encore plus de poids et de valeur à l’énergie de vivre et l’idéalisme de l’héroïne.

Dans une langue riche et poétique

Pour raconter le destin de cette héroïne, Lucy Maud Montgomery utilise un langage soutenu, à la fois sobre et paradoxalement d’une grande richesse lexicale. Jamais vous ne trouverez les mêmes adjectifs pour décrire un arbre ou une fleur. On sent que l’auteur aime les mots et jouer avec. Elle les manie si bien qu’elle nous fait les aimer aussi. Les émotions, les pensées, les intrigues, la nature, tout est précisément décrit sans lourdeur. Sans que l’on ne s’aperçoive de rien sauf à être plongé dans l’ambiance de cette bourgade et dans les aventures de Anne. Le style est si fluide qu’il résonne parfois comme de la poésie, une musique. Il mêle poésie et humour avec une grâce solaire. C’est un délice de lecture. Et je salue le travail de cette nouvelle traduction de Hélène Charrier pour l’édition de Monsieur Toussaint Louverture.

Un second volume à la hauteur

J’aurai pu être triste de quitter cette héroïne pétrie d’humanité après ces quelques heures de lecture délicieuse. Mais cela n’a pas été le cas car Anne de Avonlea, le tome 2 sortait seulement quelques jours après, le 18 février ! Depuis je me délecte des nouvelles aventures de Anne devenue institutrice à 17 ans. Je savoure ses idées modernes à propos de l’éducation, la confrontation de ses rêves avec la réalité de l’existence, je grandis avec elle. Et je prends mon temps. J’essaye de ne pas faire preuve de gloutonnerie pour apprécier tous les mots de Lucy Maud Montgomery, cette fois traduits par Isabelle Gadoin. Car il faudra patienter jusqu’au mois d’août cette année pour découvrir le 3ème volet de la série. En attendant, la densité d’émotions et de plaisir est tout aussi grande dans cette suite.

Anne de Avonlea second volume de la série de Lucy Maud Montgomery

Nouvelle édition sublime de Monsieur TOussaint Louverture

Née en 1874 et morte en 1942, Lucy Maud Montgomery est l’autrice canadienne la plus lue dans le monde. Débordant de la même créativité et énergie que son héroïne, elle a écrit plus d’une vingtaine de romans, 500 nouvelles et autant de poèmes. En France, Anne de Green Gables est paru pour la première fois en 1964 sous le titre Anne et le bonheur chez Hachette dans la collection Bibliothèque verte. Il n’a apparemment pas connu le même succès qu’outre-Atlantique. Mais c’est certainement ce malencontreux choix éditoriale à le classer en littérature jeunesse.

Heureusement cet affront a été réparé par Monsieur Toussaint Louverture qui a compris la densité de cette œuvre. Et a choisi de lui rendre hommage avec une nouvelle traduction et une édition dans un livre objet magnifique. Relié et cartonné dans la pure tradition des livres d’antan, recouvert de papier nacré dans des tons parfaits, avec une couverture illustrée par Paul Blow, illustration à la fois poétique et moderne à l’image du contenu. L’intérieur du livre est à la hauteur de la couverture et reliure puisque les 384 pages sont en papier Munken pure de 90 g… Ce qui ne vous dit certainement rien mais assure un aspect et toucher velouté bien appréciable.

Anne de Green Gables Anne de Avonlea de Lucy Maud Montgomery éditions monsieur toussaint louverture

Devant la qualité des finitions, j’ai été assez étonnée du prix car il ne coute que 16,50 €. C’est incroyable ! Alors merci merci Monsieur Louverture pour la bonne idée de rééditer cette série et pour le soin que vous y avez accordé. Merci pour ce plaisir infini de lecture qui va durer puisque la série de Anne compte 11 volumes. Si vous ne faites pas encore partie des 60 millions de lecteurs de cette œuvre, traduite dans plus de trente langues, laissez-vous tenter !

Anne de Green Gables / Anne de Avonlea, de Lucy Maud Montgomery, Éditions Monsieur Toussaint Louverture, 16,50 € le volume.

Petite philosophie de la marche humide

Élaborée selon les principes de vie du poilu

Tous les jours je me promène en pleine nature avec le poilu. Forêt ou plage, quel que soit le temps, nous partons en vadrouille nous dégourdir les pattes. Si le plaisir est indéniable lorsque notre escapade se déroule sous un ciel bleu ensoleillé, il apparait moins évident par jour de pluie. Or, cet automne-hiver, le nombre de jours de pluie a été assez conséquent dans les Landes. J’ai donc fini par développer une « petite » (soyons modeste) philosophie de la marche humide. Réflexion critique élaborée en m’inspirant des principes de vie du poilu.

Petite philosophie de la marche humide élaborée selon les principes de vie du chien
La pluie ? Quelle pluie ?

Où est le plaisir ?

Parfois, je me réjouis de cette promenade sous la pluie. Je m’imagine comme une aventurière ou une maîtresse de chien exemplaire. Je chausse ma parka et mes bottes et en avant pour l’aventure ! Mais ça c’est parfois… La plupart du temps, je regarde la pluie tomber par la fenêtre, puis le chien qui trépigne, puis je soupire devant la mission qui m’attend…

Pourtant, à chaque marche humide, j’ai éprouvé du plaisir. D’abord, parce que le poilu me transmet son plaisir. Il bondit de joie, s’éclate dans les flaques, dans les fougères, renifle, court, va chercher les bâtons et les pommes de pin que je lui jette. Comme s’il ne s’était même pas rendu compte qu’il pleuvait. La météo pour lui est un détail. L’essentiel est de se dépenser, découvrir, respirer. Et le voir en profiter me rend heureuse. Même sous la pluie. L’autre source de plaisir de la marche sous une pluie battante, c’est profiter des bienfaits de la marche tout simplement. Travail des muscles et du cœur, exercice méditatif, aération pulmonaire et spirituelle. Les bénéfices sont démontrés depuis des années dans de nombreuses études scientifiques. Je l’expérimente tous les jours. Cette routine est devenue indispensable à mon bien-être.

 » À quoi bon emprunter sans cesse le même vieux sentier ? Vous devez tracer des sentiers vers l’inconnu. Si je ne suis pas moi, qui le sera ? La marche est une lecture du lieu qui prélude à la compréhension inépuisable de Soi. « 

Henry David Thoreau – De la marche (1862)

Le poilu, source d’inspiration

Pour continuer à prendre du plaisir sous la pluie mais en m’épargnant les soupirs a priori, j’ai observé le poilu. Puis j’ai réfléchi et développé une « petite » philosophie de la marche humide. Premièrement – et contrairement à une promenade estivale -, je n’ai jamais trop chaud lors d’une marche pluvieuse. Je suis frileuse donc je me couvre bien. Et l’action me réchauffe. Je n’ai ni trop chaud ni trop froid. Mieux encore, l’ambiance extérieure fraîche et humide me fait prendre conscience de ma température intérieure bien confortable. Après quelques minutes de marche, je savoure la fraicheur extérieure qui tempère ma température corporelle en hausse. Comme le poilu, protégé par ses poils et bien plus à l’aise en hiver qu’en été. L’assimilation s’arrête là, je ne vais pas m’abreuver et me tremper dans les flaques.

Les bottes accessoires indispensables de la marche humide.
Les jours de pluie, inutile de perdre du temps à choisir quelle paire de chaussures enfiler. Une logistique simplifiée.

La solitude de la marche

La pluie présente l’autre avantage d’effrayer les promeneurs du dimanche. Avec le poilu, il faut l’avouer, nous préférons ne pas trop partager la nature. Lorsque l’on rencontre humains et chiens, nous ne manquons pas de saluer nos congénères évidemment. Parfois même, échangeons avec plaisir des réflexions canines ou météorologiques. Mais notre escapade en pleine nature prend toute sa dimension en pleine solitude, sans interférences du monde extérieur. Et il est indéniable que les jours de pluie sont les plus solitaires. Nous savons l’apprécier.

La pluie, musique méditative

Marcher tous les jours dans la nature représente une pause dans ma vie professionnelle et personnelle très dense. Pourtant, j’ai constaté que par beau temps, j’ai tendance à ne pas me concentrer sur le présent et perdre ainsi les bienfaits de la promenade. Mes pas suivent mécaniquement le sentier et j’oublie d’admirer l’environnement car mon cerveau est préoccupé par la liste des missions de la journée… Ce genre de choses ne peut pas arriver pendant les balades humides.

Mon esprit est monopolisé par les gouttes qui coulent sur mes lunettes et perturbent ma vue. Je reste concentrée sur le sol pour ne pas glisser ou marcher dans une flaque trop profonde. Lorsque le sentier est complètement inondé, je dois dévier mon chemin. Puis éviter les ronces ou les racines. Isolée du bruit par ma capuche, je dois penser à me retourner ou regarder loin pour voir si le poilu suit. Et ajuster ma cadence à la sienne. Cet ancrage dans le présent développe mes sens. Je sens les odeurs d’humus révélées par la pluie. L’air frais sur mes joues. Le bruit des gouttes sur ma capuche. Quand il pleut, je suis dans la nature sous la pluie et seulement ça. Ces balades représentent une vraie pause, une évasion totale. Elles sont donc bienfaitrices, réparatrices.

La forêt des Landes tranquille et apaisante les jours de pluie.

Happy End

Je mets aussi en pratique la théorie de la relativité. Je marche sous la pluie certes. Mais j’ai la chance de pouvoir marcher tous les jours en pleine nature ! Cerise sur le gâteau : lorsque je rentre, je me sèche, je me prépare une boisson chaude. Je prends conscience du plaisir d’être à l’abri, installée confortablement au chaud. Beaucoup plus que si je n’étais pas sortie. Cette constatation rejoint ma réflexion sur le plaisir de la frustration. Comment savourer la chaleur d’un cocon si vous ne vous en échapper jamais ? En regardant le chien ronfler sur le canapé au coin du feu, je réalise que je dois tout simplement faire comme lui. Me poser moins de questions. Ne pas avoir trop d’attentes. Profiter de la nature tous les jours. Et ne pas laisser des détails météorologiques diminuer mon plaisir ou mes envies. Vivre vraiment au rythme de la nature. Et avec elle, dans sa globalité. Adopter définitivement la « petite » philosophie de la marche humide.

Le repos bien mérité du poilu après une marche humide.

Tuto Tricot Bonnet

Simple et rapide

Et si on bricolait un bonnet ? Nous sommes en hiver. Le confinement puis le couvre-feu nous laissent du temps libre à la maison. Les tuto du head band et des mitaines sont les articles les plus consultés sur ce blog en 2020 ! Voilà de bonnes raisons pour poster un nouveau tuto tricot ! Je vous propose de réaliser un bonnet cette fois-ci. Toujours simple et rapide. Parfait pour les débutantes ou pour utiliser des restes de laine.

Pour ce tuto, je suis partie d’un modèle Phildar que j’ai adapté pour le décliner avec toutes les laines et aiguilles possible.

tuto tricot bonnet débutante
À gauche, bonnet réalisé avec une laine moyenne en doublant le fil et les grosses aiguilles en bois sans indication de taille (plus grosses que du 13). À droite, modèle réalisé avec une laine qui se tricote en 4 ou 5 mais avec le fil doublé et des aiguilles N°13.

Matériel pour tricoter le bonnet

Des aiguilles de n’importe quel numéro, la laine que vous voulez et une aiguille à laine ! Elle est pas belle la vie ? Ajoutez également une calculatrice car en utilisant des aiguilles variées et une laine indéterminée, il faut réaliser un échantillon. Il suffit ensuite de calculer le nombre de mailles et de rangs à tricoter pour votre bonnet.

Réalisation de l’échantillon

Monter des mailles (environ 10 / 12 si grosse laine et grosses aiguilles, plus si votre laine est fine et vos aiguilles d’un diamètre plus fin). Si le résultat vous convient, mesurer combien de mailles et de rangs il vous faut pour 1 ou 10 cm (un compte rond donc !).

Si le résultat ne vous plait pas, changer de grosseur d’aiguilles, doublez la laine en utilisant 2 fils ou mixer 2 laines !

Calculer le nombre de mailles ou la règle de 3 pour les nuls

Mesurez votre tour de tête pour connaître la largeur du bonnet à tricoter. Et faites une belle règle de 3 pour connaître le nombre de mailles à monter. Je vous conseille de retenir votre tour de tête moins 1 cm car souvent la laine tricotée s’étire. Cela vous évitera d’avoir le bonnet sur les yeux 😉

Si votre tour de tête fait 52 cm et que votre échantillon compte 12 mailles (grosse laine + grosse aiguille) pour faire 10 cm. Vous devez monter 62 mailles !
La formule magique est :
Nombre de mailles total = (tour de tête en cm x nombre de mailles pour 10 cm) / 10 cm

Réalisation du bonnet

Suite à votre calcul, montez le nombre de mailles nécessaires. Tricotez tout droit en point jersey. Pas d’augmentation ou de diminution ! Tricotez pendant 25 cm si vous souhaitez un bonnet un peu haut. Seulement 18 cm si vous le préférez façon marin. Mesurez, faites des essais pour qu’il soit sur-mesure !

Une fois la hauteur souhaitée atteinte, coupez la laine en laissant une longueur de fil de 20 cm. Puis passer ce fil dans les mailles du dernier rang à l’aide d’une aiguille à laine. Tirez pour fermer le haut du bonnet. Pas besoin d’arrêter les mailles ! Il ne vous reste plus qu’à coudre à l’envers le côté du couvre-chef à l’aide d’une aiguille à laine. Et c’est fini !

Variantes du bonnet

  • Avec des aiguilles circulaires, inutile de coudre le côté !
  • Réaliser 2 ou 3 cm de côtés 1/1 ou 2/2 au début de l’ouvrage pour qu’il tienne mieux sur la tête. Dans ce cas, calculez votre nombre de mailles selon la vraie taille de votre tour de tête. Et non comme conseillé plus haut, tour de tête moins 1 cm.
  • Changez de point ! En point mousse, point de blé, point de riz, tout est possible ! Il suffit de tester en faisant votre échantillon, pour calculer le nombre de mailles et rangs nécessaires. Comme ce bonnet est un rectangle droit, ce modèle représente un bon moyen de s’entraîner à de nouveaux points plus complexes. Sans se lancer dans un pull 😉
  • Variez les couleurs, réalisez des rayures ou un point jacquard (pratiques si vous n’avez pas assez de laine pour le faire uni).
  • Bien serré en haut, le petit trou ne me gène pas mais vous pouvez faire une finition en ajoutant un pompon pour le cacher. Et ajouter ainsi une fantaisie.

Attembre, de Tanx

Ou comment une BD m’a réconciliée avec la lecture

Cet été, j’ai perdu le goût de la lecture. Tous les livres dans lesquels je me plongeais me semblaient futiles, inutiles. Après quelques pages laborieuses, ils me tombaient des mains. Jusqu’à Attembre, le journal de Tanx de novembre 2018 à août 2019 publié aux éditions 6 pieds sous terre. Ce beau livre m’a été offert par mon amie Blanche pour mon anniversaire. Soit quelques jours avant que je ne me trouve dans l’impossibilité de lire. Pour tenter de m’y remettre, j’ai d’abord essayé des titres plus légers. Sans succès. En fait, j’avais besoin de sens pour apprécier à nouveau la lecture et j’en ai trouvé dans ce récit très très personnel, écrit et dessiné. Merci Blanche. Et merci Tanx.

Attembre de tanx couverture chronique éditions six pieds sous terre

Attembre, contraction de attendre et des mois chiants en « embre »

Je suis très heureuse de l’avoir lu et de vous en parler à la fin de cette année très spéciale pour tout le monde. Année marquée par l’attente, de la fin du / des confinements, de la fin de l’épidémie, de la sortie de la crise économique. Cette année, on attend. Et Dans Attembre, Tanx raconte son raconte son ennui entre novembre 2018 et aout 2019, une période où elle a beaucoup attendu pour déménager de Bordeaux à Paris. À tel point que Bordeaux a représenté un hall d’aéroport comme elle dit. Attembre, la contraction de attendre et des mois en « embre ». Dans les 208 pages, il est question d’ennui donc mais pas seulement. Également de mélancolie, d’apathie, de colère, du manque d’envie. De l’état d’attente qui paralyse tout, empêche de se projeter, de créer, de profiter du présent.

Désespoir en textes et en dessins

Cela ressemble peut-être à une dépression. Il s’agit surtout d’un récit très personnel, une chronique d’un bouleversement dans sa vie comme on en connait tous. Sauf que Tanx est une artiste. Et ce chamboulement provoque des perturbations, de nombreuses questions. En posant sur une feuille son quotidien, Tanx y met tout, ses états d’âme, ses pensées les plus sombres, ses interrogations sur le moteur artistique, le format de la confession. Elle se demande s’il faut qu’elle soit au désespoir pour écrire ou créer. Est-ce que la guérison est la cause de son trou noir artistique ? Qu’elle se rassure : quand on la lit, ce n’est pas son désespoir qui l’a fait si bien écrire ou dessiner. C’est son talent à extérioriser son désespoir, le courage de le faire et de poser des questions difficiles. Sur le troublant rapport entre la réalité et la création, l’impulsion de vivre et comment, la concrétisation d’envies et de choix.

attembre de tanx quatrieme de couverture six pieds sous terre éditions

Fureur et authenticité

Ce livre, c’est aussi son questionnement sur le concept autobiographique qu’elle pratique depuis plusieurs années. Il fait d’ailleurs suite à Des croutes au coin des yeux parus en 2 volumes en 2016 et 2017. Puis regroupés dans une édition intégrale en 2018 sous le titre Toutes les croutes aux coins des yeux. L’auteur exprime ses doutes sur la frontière et les limites entre autobiographie et fiction, Elle se demande :  » Est-ce que je vis pour créer des souvenirs ?  » Obnubilée par sa créativité, dans le dessin, dans la consistance de son récit, elle se demande si elle arrive vraiment à tout raconter, si et pourquoi elle oublie ou exagère. Son récit est une mise en abime infinie.

Cela fonctionne car, comme à son habitude, l’autrice dessinatrice ne s’encombre pas de fioritures, de filtres. Dans le texte comme dans son dessin, elle livre un récit authentique, brut, emprunt d’une fureur de grande beauté. Son trait et son langage sont acérés, crus, parfois plus littéraires, plus appuyés. Il y a indéniablement une forme de grâce dans sa manière de se livrer, dans ses incertitudes et ses tâtonnements. Une grande humilité.
Je n’étais pas très en forme lorsque j’ai lu ce livre et il m’a fait du bien. Il m’a fait vibrer, me sentir moins seule dans les marasmes réguliers de mon esprit. Il m’a fait me sentir vivante à un moment où j’étais éteinte. Comme une bouffée d’oxygène après une trop longue apnée.

Sur la Vraie vie, de vrais questions

En libérant son âme sur le papier, Tanx accompagne le lecteur vers des vérités difficiles mais authentiques. Ha c’est certain, les cases carrées de Tanx ne ressemble pas à un beau fil Instagram. Mais qu’est ce que c’est bon de se plonger dans la vraie vie pour une fois ! Le partage de ses pensées fait cogiter. Sur des problèmes que l’on ne s’est jamais posé ou que l’on a jamais osé poser. Elle le fait. Et souvent on s’y retrouve dans ses questions, sur la liberté, la mécanisation de nos actes, les raisons et le but de nos choix ou non choix. On se sent moins seule en lisant Tanx. Attembre est une vaste exploration, un lâcher prise passionnant, impressionnant, intelligent et touchant. Ce n’est pas une BD glauque mais lumineuse, une œuvre en clair obscur bourrée d’humanité.

Édité par 6 pieds sous terre

Attembre, publié sous forme de fanzine en 14 volumes auto-édités, a été rassemblé en un seule beau livre par 6 Pieds sous terre en janvier 2020. Une maison d’édition de bande dessinée fondée en 1991 à Montpellier par Jean-Philippe Garçon, Jean-Christophe Lopez et Jérôme Sié. Rejoints ensuite par Thierry Durand et Yves Jaumain. Et désormais installée à Saint-Jean-de-Védas. Une éditeur indépendant qui édite des BD différentes et essentielles, belles sur la forme comme dans le fond et notamment des auteurs dessinateurs que j’adore comme Baudoin, Fabcaro, Florence Cestac, Guillaume Bouzard, James, Loïc Dauvillier, Manu Larcenet, Mathias Lehman, Gilles rochier, Nicolas Moog, Terreur graphique, Pierre Druihle, Winshluss et… Tanx !

L’œuvre d’une artiste sensible

Outre la BD, Tanx se consacre à l’illustration, aux affiches de concert, à la peinture, la linogravure. Vous pouvez découvrir son travail sur son compte Instagram. Et si vous voulez faire plus ample connaissance avec cet auteur si sensible, – entendez bien cet adjectif dans sa signification première – c’est à dire douée d’un sens aigüe de la perception à la vie, et qui retranscrit en mots et en dessins de manière si brute si forte ses sentiments, je vous invite à consulter régulièrement son blog.
SI elle publie des titres chez des éditeurs indépendants comme six pieds sous terre, elle pratique pas mal l’autoédition. Vous pouvez les découvrir Sur son échoppe.

Après avoir chroniqué Attembre à la radio, Tanx m’a envoyé un très gentil mot pour me remercier. J’ai été touchée par son œuvre. Elle a été touchée que son œuvre résonne en moi comme elle l’avait créé. Nous avons ressenti une sorte de communion via un livre. Cela le rend encore plus précieux. Au fil des ans, ma bibliothèque se réduit, faute de place et par envie de minimalisme. Attembre y restera, c’est certain.

Attembre, de Tanx, 208 pages, Éditions 6 pieds sous Terre, Collection Monotrème (Mini), janvier 2020, 17 €.

Sans voix

Depuis quelques semaines je suis sans voix. Le 25 juillet, j’ai pris un mauvais coup. Violent et par surprise. J’ai réussi à me relever mais j’en ai perdu la voix. Les seuls mots qui sortent de ma bouche se bornent à l’essentiel. Le chagrin, la peur, l’inquiétude ont pris toute la place. Ils me tiennent éveillée, m’empêchent de trouver le sommeil. Ils dominent tout. Ils ont balayé la raison, le plaisir, la joie. Ont coupé toute envie de sourire, rire, lire, écrire, dessiner, broder, cuisiner.

J’avais déjà connu autrefois quelques déconvenues. Mais jamais de drame. Les chagrins et inquiétudes du passé sont devenus futiles voire déplacés. La joie de vivre qui m’a toujours permis de m’en sortir m’apparait dérisoire. Insuffisante.

Pourtant, la vie doit continuer. Pour les enfants, pour ceux qui n’auraient jamais dû vivre ce drame, j’ai combattu cette boule dans la gorge. Ce poids qui écrase mon cœur. Tous les jours, j’ai pensé à bomber le torse pour prendre une grande inspiration. Et respirer. Chaque jour, je me suis efforcée de me concentrer sur les joies simples de la vie. Les identifier et oser en profiter. Un mot, un sourire des amis et de la famille. La vue apaisante de l’ancienne chapelle jouxtant l’hôpital. Les promenades quotidiennes du poilu en forêt coûte que coûte. Pour tenir le coup. Reprendre une vie qui ne sera plus jamais la même.

chapelle hôpital de Bayonne

Il faut aimer plus et vraiment. Retrouver la saveur. Réapprendre à goûter le plaisir. Sans jamais oublier. Que la vie est partie en un instant, sans prévenir. Que le vide qu’elle laisse est béant. Qu’il faudra apprendre à marcher à côté sans tomber dedans. Rester vigilante pour que le chagrin ne bouscule pas ce fragile équilibre. Et ne pas laisser la peur tracer le mauvais chemin.

Depuis quelques jours, je reparle dans un micro. Et aujourd’hui, j’écris ces quelques lignes. Je quitte peu à peu l’armure que j’ai enfilée le 25 juillet. Pas encore par envie, plus par nécessité. Pour toi, parti trop tôt et pour ceux qui restent. Parce qu’ils méritent que je ne vive pas qu’à moitié.

Je me sens encore aphone. Je ne vibre plus. Effrayée par le monde extérieur. Sa violence, sa vacuité. Assommée par la perte de mon insouciance. Pourtant, je fais un pas. J’avance au bord du vide. Guidée par ta lumière. Aidée par mes enfants, ma famille, mes amis. En gardant ce lien si précieux avec la nature qui m’apaise. Afin de ressentir l’envie. Retrouver le plaisir de l’existence et accepter parfois sa frivolité.

Hier matin, je me suis émerveillée du soleil perçant dans la forêt brumeuse. Le soir, j’ai lu quelques pages. Je reprends goût au plaisir de cuisiner. Aujourd’hui, j’écris. Je retrouve des mots, des sensations. Je refais mes premiers pas dans le monde, vers la vie.

Écrire trois pages par jour

La Clef du bonheur ?

Depuis le mercredi 13 mai, je tiens un journal intime. Je le faisais pendant mon enfance et adolescence puis j’ai abandonné cette routine devenue adulte. J’écrivais pour mon travail, cela me suffisait. Reprendre cette narration personnelle pendant le confinement a produit sur moi un effet apaisant et anti-stress incroyable. Lorsque je l’ai arrêté le 11 mai, j’étais partagée entre le soulagement de ne plus avoir à écrire tous les jours et la tristesse de ne plus écrire tous les jours. Sentiment ambivalent qui résume bien mes perpétuels tourments !

Journal intime écrit à la main, la méthode des 3 pages

Journal intime

J’ai lancé ce blog il y a quelques années pour assouvir ce besoin d’écriture. Sans m’imposer de pression quant à la fréquence des posts. L’idée était de me faire plaisir et non d’ajouter une obligation de plus à ma longue liste de missions professionnelles et maternelles. Pendant le confinement, j’ai accéléré la cadence avec ce format de journal. J’en avais le temps et l’envie. Mais tenir le rythme a été parfois compliqué.

J’ai pourtant éprouvé un manque en l’arrêtant. Puis j’ai découvert la « méthode des 3 pages » recommandée par Julia Cameron dans son ouvrage Libérez votre créativité. Je n’ai pas lu ce livre et je n’en ai pas l’intention, je ne suis pas fan des guides de développement personnel. Les explications de Caroles Advices sur son site Psychotropes m’ont suffit.

La méthode des 3 pages

Dans son livre, Julia Cameron donne des outils pour aider les artistes à libérer ce qu’ils ont au fond d’eux. Je ne suis pas une artiste mais j’ai beaucoup de choses à libérer ! Parmi ces outils, l’auteur recommande chaque matin d’écrire 3 pages de journal :

  • Dès le réveil, comme une gymnastique matinale.
  • Écrites à la main. Ce format d’écriture permet de décrocher de l’informatique, de la possibilité d’effacer, de copier-coller. Cela induit aussi une écriture plus lente qui permet la réflexion avant l’action. Et la formation des lettres – comme le dessin ou toute activité manuelle – a un effet apaisant. Cette forme d’écriture autorise l’erreur, la personnalité. Il ne faut pas se soucier d’une belle écriture et ne pas avoir peur de rayer. Ces pages représentent comme un brouillon de votre vie qui permet de la mettre au propre !
  • Écrire tous les jours. Cette tâche sur une suite de jours représente une chaîne et c’est cette chaîne qui produit des effets dans le temps. Un rendez-vous quotidien auquel se raccrocher.
  • Ne pas relire ses notes avant 2 mois. Ce délai permet de prendre du recul par rapport à ces pensées. Et d’éviter les analyses ou jugements hâtifs.
Journal intime quotidien 3 pages par jour

Raconter sa vie

L’idée des 3 pages est d’écrire tout ce qui nous passe par la tête, sa vie, ses humeurs, ses colères, ses tristesses, ses doutes, ses envies, ses projets. Les poser sur le papier permet de clarifier ses pensées, les organiser, retrouver le sens des priorités avant d’attaquer la journée. Les extérioriser permet aussi de ne pas les ruminer et détourne la négativité. Comme lorsque vous écrivez un courrier de réclamation. Vous n’obtiendrez pas forcément gain de cause mais poser sa rancœur ou sa colère sur le papier fait déjà du bien.

Un jardin secret

Ces pages sont privées, personne ne les lira. On peut donc y livrer ses pensées ou sentiments les plus sombres. À l’inverse du blog où l’existence de lecteurs produit un effet de censure. En écrivant mon journal du confinement, je gardais une réserve par rapport à ma vie privée en privilégiant les sentiments positifs par pudeur. Le journal intime est un lieu sûr, parfait pour évacuer sans crainte de jugement. Cette sécurité représente une libération réjouissante. Un refuge rassurant où il est possible d’être soi-même sans filtre ni faux-semblant, sans peur ni peur ou culpabilité. Sans calcul, sans maîtrise.

Routine indispensable

Après plusieurs semaines de pratique, je suis convaincue par cette gymnastique matinale. Beaucoup plus que celle qui implique l’utilisation de mes petits muscles… La période qui a suivi le confinement a été relativement difficile d’un point de vue professionnel, financier, logistique et familial. Écrire ces 3 pages a vraiment représenté un soutien, un exutoire. Attraper mon carnet et stylo tous les matins m’a aidé à tenir le coup. Je me sens plus sereine après avoir écrit. Et la perspective de pouvoir le faire tous les matins m’a aidée à surmonter des situations difficiles ou angoissantes.

Je m’autorise parfois à n’écrire qu’une ou deux pages par manque de temps. Je ne veux pas ajouter une nouvelle obligation culpabilisante à ma charge mentale. Mais c’est arrivé rarement. Une seule fois, je n’ai pas écrit dans mon journal et la journée a été terrible.

Bavardage ou silence

Souvent, je suis prolixe, à écrire à toute vitesse, comme une urgence à vider mon sac. Dans ce cas, les 3 pages me prennent 15 minutes. D’autres fois, je suis plus oisive, plus taiseuse, à réfléchir quoi écrire. Finalement ce temps de latence réorganisent mes pensées, me permettent d’y voir plus clair et l’écriture suit. Dans ces moments, j’aime prendre le temps de bien former mes lettres. Comme les lignes d’écriture en primaire qui focalise l’esprit sur la tâche et vous procurent un sentiment de bien-être lorsque vous admirez le résultat. En moyenne, ma confession écrite quotidienne dure une vingtaine de minutes.

Un rituel rassurant

Certains écrivent leurs 3 pages sur des feuilles A4 volantes. J’ai évidemment choisi de le faire dans un carnet. J’avais en réserve plusieurs carnets encore neufs. Quel plaisir d’en dédier un à ce nouvel exercice. Après le bullet journal, mes carnets de notes professionnels, j’ai trouvé une nouvelle fonctionnalité à tous ces beaux cahiers que j’ai tant de plaisir à acheter. J’écris dans mon journal avec un stylo plume offert récemment par mes parents. Un beau carnet, un beau stylo, l’encre qui coule sur le papier… Tenir ce journal est devenu une cérémonie, un rituel rassurant.

Journal intime, bullet journal et carnet de notes.

Espace de liberté

J’ai réussi à réaliser que ces pages n’auraient jamais aucun objectif littéraire. Je ne me soucie pas du style. Aucun intérêt créatif non plus. Je m’autorise une écriture illisible ou mal formée, les ratures. Je ne suis même pas certaine qu’elles ont une vertu psychanalytique. Peu importe les répétitions ou les bêtises. Voilà enfin un endroit dans la vie où je peux agir librement, sans contraintes, sans calcul, sans soucis de maîtrise. Et c’est un grand plaisir.

Je n’ai pas encore relu mes pages car le délai d’attente de 2 mois s’achève le 13 juillet pour mes premiers écrits. Dans quelques jours, je sens que je vais rire ou prendre conscience de certaines choses. Dans tous les cas, je me sentirai mieux.

Poésie Art de l’insurrection, de Ferlinghetti

Cure de vitamines

Depuis la fin du confinement, poursuite de l’école à la maison, du télétravail et du désencombrement de la maison. Des journées intensives. Et comme souvent, je puise des forces dans la lecture. C’est exactement l’effet bénéfique qu’a produit Poésie Art de l’insurrection, de Ferlinghetti, traduit de l’anglais par Marianne Costa aux éditions maelstrÖm reEvolution. Une cure de vitamines, une cure de jouvence !

Chronique de Poésie Art de l'insurrection de Ferlinghetti, maelström reevolution

Recommandé par un libraire

Le confinement et la période tout aussi particulière que nous sommes en train de vivre a eu un effet positif sur ma PAL, ma pile de livres à lire : cela fait 3 mois maintenant que je n’achète -presque – plus de livres et que je pioche dedans, que je me cantonne à lire ceux qui attendent depuis des mois voire des années dans cette pile.

Parmi eux Poésie, Art de l’insurrection, le manifeste poétique et politique de Ferlinghetti. J’ai eu connaissance de l’existence de ce livre en regardant les reportages consacrés aux librairies dans La grande librairie, l’émission de France 5. En septembre 2019, c’était au tour de la librairie Caractères située à Mont de Marsan d’être visitée. Et de son fondateur et directeur de présenter ses livres fétiches. Parmi eux et dans la catégorie Livre engagé, Anthony Clément a recommandé ce petit livre rouge de Ferlinghetti. Quelques phrases qui m’ont donné envie de me plonger dans ce recueil. Et comme décidément la vie ne serait rien sans librairie, j’ai pu passer à l’acte grâce à ma librairie à la sélection toujours impeccable et qui l’avait en stock, la librairie Le vent délire à Capbreton.

Petit livre rouge

Acheté à l’automne dernier donc, j’ai fini par le lire pendant et après le confinement. La période idéale pour m’y plonger. Dans ce petit livre rouge – et pour une fois l’adjectif qualificatif n’est pas employé à tort -, Poésie art de l’insurrection est dans un format plus petit qu’un poche et ne fait que 100 pages. Ce petit livre de couleur rouge dont le format fait délibérément référence au petit livre de Mao. Dans ce petit livre rouge donc, le poète américain nous invite à faire de nouveau chanter la poésie ! Et nous exhorte pour cela à sortir, écouter, vivre, remuer, bousculer, inventer, découvrir. L’auteur s’adresse aux jeunes, aux poètes en devenir, à ceux qui peuvent participer au renouveau de notre monde vieilli, sclérosé, mourant.

Invitation joyeuse et énergique

Cette invitation poétique rédigée en 2007 alors que l’auteur avait 88 ans ne représente pas une leçon de morale d’un vieil aigri. Au contraire son invitation poétique est optimiste, joyeuse, énergique et souvent drôle. Lawrence Ferlinghetti nous éveille, nous réveille, nous touche. Et autant dire que dans le contexte, ce livre m’a fait un bien fou. Avec ce texte révolutionnaire, ses réflexions, incantations, ses mots ouvrent des portes longtemps fermées. Ils nous élèvent grâce au recul qu’ils apportent et finalement procurent une force incroyable. Pour se lancer en poésie et dans la vie. Ces lignes donnent envie de décrocher des montagnes ! Et pour mieux vous en convaincre, un court extrait !

Si tu te veux poète, invente un nouveau langage que chacun puisse comprendre.

Si tu te veux poète, prononce des vérités nouvelles que le monde ne pourra nier.

Par l’art, crée l’ordre à partir du chaos vital.

Poésie Art de l’insurrection.

Marianne Costa, la traductrice, précise dans une note en début d’ouvrage qu’elle a traduit le « you » américain par la seconde personne du singulier en français après concertation avec l’auteur excellent francophile. Tout comme il a été décidé avec lui que ce « tu » serait de genre masculin et féminin. Donc les genres s’alternent. Des choix de traduction qui comme dans la version originale du texte le rendent accessible à tous. Comme si l’auteur s’adressait à chacun de nous en particulier. Une proximité, une chaleur que l’on ressent à la lecture et qui confère une plus grande force aux propos.

Qu’est-ce que la poésie ?

Ce recueil contient également le texte Qu’est-ce que la poésie. Texte qui devrait être enseigné à tous les étudiants en littérature tant l’auteur, digne représentant de la beat génération, multiplie les infinis possibilités du genre, les formes, les raisons d’être de la poésie. En fin d’ouvrage figurent également de nouvelles traductions de manifeste politique N°1 texte de 1976, Manifeste politique N°2 et La poésie moderne est de la prose, 2 textes écrit en 1978. Des textes qui malgré leur âge représentent de véritable bouffée d’air frais, une vision et une écriture inventives, libératrices.

Le père de la beat generation

Lawrence Ferlinghetti est né en 1919 aux États-Unis. Il a cofondé et dirigé la librairie City Lights à San Francisco puis une maison d’édition du même nom spécialisée en poésie, éditeur notamment du célèbre Howl de Ginsberg. Poète, libraire, éditeur, globe trotter, ce représentant de la beat génération qui a fêté ses 100 ans l’an dernier, est engagé politiquement. Idéologiquement pour l’anarchie et plus concrètement pour la sociale démocratie.

L’édition de ce petit livre rouge en français, on la doit à l’éditeur belge maelstrÖm reEvolution. Maison d’édition mais aussi librairie, festival international de poésie. La maison d’édition est née en 1990 comme projet ouvert d’artistes italiens, belges, français autour d’une revue. Elle a évolué ensuite en tant que collection chez un éditeur puis est devenu une maison d’édition à part entière en 2003. Spécialisée en poésie contemporaine, elle édite également des romans, des nouvelles et des essais, une dizaine de livres par an.

Grand voyageur

Elle a publié de l’auteur son œuvre la plus célèbre A Coney Island of the mind accompagnée d’autres poèmes dans une traduction également de Marianne Costa. Et ce manifeste rouge, Poésie art de l’insurrection, titre indispensable, pour les amateurs de poésie mais également pour tous ceux et celles que le genre effraye ou rebute.
Et si vous appréciez à sa juste valeur ce recueil poétique et philosophique qui insuffle joie et esprit de combat, je vous invite ensuite à vous plonger dans La vie vagabonde, ses carnets de route dans lesquels il raconte 50 ans de voyage. À défaut de pouvoir effectivement voyager, ce livre publié l’an dernier aux éditions du Seuil représente un bon moyen de le faire par procuration tout en profitant des heureuses pensées de ce jeune homme de 100 ans. Mais c’est une autre histoire donc nous reparlerons (puisque j’ai ajouté ce titre dans ma liste de livres à lire !). En attendant, procurez-vous d’urgence Poésie Art de l’insurrection !

Poésie, Art de l’insurrection, de Ferlinghetti, traduit par Marianne Costa, éditions maelstrÖm reEvolution, 10 €.

Le plaisir de la frustration

La voie du bonheur

Après 2 mois d’interdiction, nous avons savouré le plaisir d’accéder à nouveau aux plages landaises. Fouler le sable, marcher au bord de l’océan. Ouvrir les perspectives, respirer le grand air, régaler nos yeux de lumière et nos oreilles du ronron de l’océan. Un bonheur intense que nous avons la joie de ressentir depuis presque 12 ans, depuis notre arrivée dans les Landes. Un plaisir décuplé après cette coupure de 2 mois. Et qui me fait à nouveau réaliser que la frustration n’est pas que négative. Car elle présente le mérite d’engendrer du recul, remettre la réalité en perspective et restaurer le goût de la jouissance.

Après l'interdiction de plage pendant 2 mois, saveur de la retrouver

La frustration positive

Depuis plusieurs années, je connais la frustration. Mes finances ne nous permettent pas de nous offrir tout ce que nous souhaitons. Des objets, des voyages, des envies. Nous en avons mais nous les laissons souvent de côté par manque de moyens. Nous ne nous interdisons pas pour autant de rêver. Et parfois le rêve se réalise. Après des mois voire des années d’attente. Et le plaisir n’en est que plus grand.

J’ai commencé à expérimenter la frustration de manière intensive en 2007. Suite à la combinaison d’une activité professionnelle sans revenus et un changement de vie familiale soudain. J’ai pu continuer à vivre et nourrir les enfants grâce à des prêts de la famille et d’amis. Mais chaque centime dépensé devait être rendu. Cette réalité financière m’a appris à me contenter du minimum. Paradoxalement, cette période difficile n’a pas été malheureuse. Après des années d’opulence pas forcément heureuses, j’expérimentais le minimalisme. Et ce dépouillement contraint m’a allégée la vie.

Se dispenser du superflu

Dépenser le minimum vital engendre le dépouillement. C’est-à-dire l’élimination du superflu. J’ai réalisé de tout ce dont nous pouvions nous passer, tout ce qui n’est pas absolument nécessaire. Et se contenter de l’essentiel a vraiment allégé le quotidien. Pendant plusieurs années, nous avons donc moins consommé, amassé, entassé et notre vie s’est retrouvée plus légère. Physiquement, avec moins d’objets inutiles. Psychologiquement aussi en arrêtant d’obtempérer à la société de consommation.

Minimaliste et plaisirs simples comme la joie de voir pousser une plante sur la plage

Vivre avec l’essentiel n’empêche pas de rêver. Mais nos souhaits prenaient d’autres allures. Et lorsque nous parvenions à en réaliser un, la patience décuplait le plaisir de le satisfaire. L’attente intensifie la jouissance tandis que l’immédiateté la banalise. Depuis cette période, je ne suis pas devenue riche. Ce train de vie économe convient donc parfaitement à mes revenus modestes. Malgré les apparences, il correspond à un choix. Je n’en souffre pas et il m’apaise. Je ne dis pas que lorsque ma voiture tombe en panne, je n’aimerai être autonome pour la être capable de la remplacer… Mais je crois vraiment que si je gagnais plus d’argent, je n’aurai pas plus envie d’en dépenser. J’apprécie ce mode de vie frugal. Et chaque année, je fais des pas de plus vers l’austérité.

Je ne consomme pas donc je suis

Cet attrait pour une vie d’ascète s’explique évidemment par la prise de conscience de l’impact néfaste de l’humain sur notre planète. Je ne souhaite pas participer à l’industrialisation et la consommation à outrance. Cela signifie qu’avant d’acquérir un nouvel objet, je me demande à chaque fois s’il est vraiment nécessaire ou si je peux m’en passer. Et dans la majorité des cas, la réponse s’est révélée positive.

Je prends donc le temps et n’achète plus rien de manière compulsive. Je réalise ainsi souvent que ces envies ont été suscitées par notre société. Qu’elles ne représentent pas un besoin mais plutôt une manière de se différencier, d’exister au sein de notre monde moderne. J’essaye donc d’exister, de me structurer autrement qu’en consommant. Je réfléchis au sens plutôt que de me laisser manipuler par des émotions superficielles ou artificielles. En quête de satisfaction durable et non éphémère.

Aller vers la simplicité

Au-delà de l’acte d’achat, cette vie frugale m’a fait redécouvrir le plaisir des choses simples. Je dépense par exemple peu dans le domaine des loisirs. Les balades en pleine nature, forêt ou océan, me rendent plus heureuse qu’une soirée dans un bar ou l’achat d’un objet. Nous allons peu au restaurant. Mais la fois où nous nous l’autorisons dans l’année, nous savourons cette chance beaucoup plus que lorsque j’allais y déjeuner tous les midis !

Choisir ce mode de vie n’est pas simple avec des enfants. Encore moins lorsque la plupart de leurs amis vivent dans l’opulence. Yuri et Violette aiment dépenser. Mais je sais qu’après des mois à avoir désirer un bien, ils prennent conscience que l’attente compte beaucoup dans leur plaisir de posséder. J’essaye donc de leur apprendre à ne pas céder à la satisfaction immédiate. Et parfois, ils s’aperçoivent que l’objet si fort de leur désir a disparu seulement après quelques semaines…

Je ne suis pas une extrémiste non plus et je sais parfois assouplir mes principes austères. Je n’achète par exemple jamais de soda car ce n’est pas essentiel. Pourtant lorsque nous partons en vacances et que je prépare un pique-nique, je leurs achète une bouteille pour célébrer notre départ. Cette entorse leurs fait plaisir. Et ils savourent la boisson sucrée beaucoup plus que s’ils ne la trouvaient au quotidien dans notre frigo.

Joseph, maître es minimalisme

Joseph est né ascète. C’est un penchant inné chez lui. Il manifeste rarement des besoins et semble ne jamais avoir d’envies. Il est mon maître. Les livres ? Autant les emprunter à la bibliothèque. Les vêtements ? Il se contente du minimum et se moque des marques. Il ne voit aucun intérêt à lui faire des cadeaux. Il préfère que l’on passe du temps à lui cuisiner un bon plat ou une pâtisserie. J’ai cru qu’à l’âge de l’adolescence, la pression de ses pairs allaient l’influencer. Il a presque 16 ans et ce n’est toujours pas le cas…

Je me souviens d’une mission dans un magasin de déco pour acheter un nouveau canapé. Comme les enfants n’étaient pas emballés par l’activité, je leur ai proposé à chacun de choisir un objet pour leur chambre, le genre d’achat que l’on ne fait jamais. Yuri et Violette, enchantés, en ont trouvé plusieurs et n’arrivaient pas à choisir. Joseph est arrivé à la caisse les mains vides. Je lui ai proposé de refaire un tour pour trouver quelque chose. Il a décliné gentiment en m’expliquant qu’il n’avait besoin de rien et ne comprenait même pas pourquoi nous changions de canapé. Alors que le nôtre, un don de mes parents, avait quelques années au compteur et une assise qui le privait de sa fonction première…

Précieuse simplicité

À l’instar de Joseph, platonicien de naissance, je tend donc pour une vie simple et non opulente. Une existence en accord avec la nature qui me permet d’atteindre un état de calme intérieur. Une vie détachée des excès pour atteindre l’équilibre. C’est certainement pour cette raison que les privations entrainées par le confinement ne m’ont pas traumatisée. Comme je l’avais expliqué dans un épisode du Journal de confinement, j’avais commencé à expérimenter le ralentissement et la rareté avant. Et depuis la reprise de certaines libertés, je mesure et savoure les plaisirs qu’elles procurent. En gardant à l’esprit leur saveur sans les banaliser. Consciente de leur richesse.

Vivre en accord avec la nature pour trouver un accord avec soi-même

Je ne suis pas sage mais j’aspire à la sagesse. Dans cette optique, je vais me replonger dans les œuvres de Platon, comme La république mais aussi Apologie de Socrate. Ces pères de la philosophie que l’Éducation nationale n’a pas réussi à me faire apprécier à leur juste valeur. Mais que la vie me donne envie de suivre pour approfondir cette recherche d’accord de soi.

Dépôt de bilan de compétences, de David Snug

Le sens du travail, revu et corrigé

Pendant le confinement, j’ai lu Dépôt de bilan et de compétences, la dernière B.D. de David Snug parue aux éditions Nada en février. Je l’avais acheté lors de mes dernières vacances dans le Tarn à la superbe librairie-café Plum à Lautrec (#bonneadresse). La crise sanitaire et économique a provoqué de nombreuses réflexions sur la nécessité, le sens du travail. La lecture de cette bande dessinée n’en a été que plus pertinente !

chronique de dépôt de bilan de compétences de david snug éditions Nada

Dans ce titre autobiographique, David Snug part de ses expériences professionnelles pour nous livrer ses réflexions sur le travail, de l’absurdité du salariat aux dérives du capitalisme. CDD, intérim, chômage… En racontant des épisodes de sa vie, il aborde la question du déterminisme social, de la pénibilité du travail à la chaîne, du vide des formations professionnelles… Bref, toutes les absurdités et dérives du système.

Chômeur actif

Ce n’est pas tant la notion de travail que l’auteur remet en cause ! Car il écrit, dessine et partage des planches de BD tous les jours sur son blog ou les réseaux sociaux. Il répète avec son groupe et donne régulièrement des concerts. Il ne chôme pas même s’il est chômeur ! C’est plus la notion d’obligation du travail et sa déclinaison en salariat qui le rebute. Et la recherche de liberté qui l’anime et qui devrait tous nous animer finalement…

https://www.youtube.com/watch?v=pFkkowTLJbg

Quand il raconte dans le livre ses expériences de travail dit  » non-qualifié  » et sous-payé, le manque d’intérêt et la longueur des missions, la répétitivité des tâches démontrent que ces boulots nécessitent pourtant des qualifications ! De patience, de courage, de concentration et de précisions. Clairement, peu de grands patrons ou d’homme politiques seraient capables de les exercer. Et dans le sens de cette qualification, il apparait déraisonnable de les sous-payer. Alors que les dirigeants amassent des ponts d’or. C’est cette réalité que l’auteur dénonce avec humour et intelligence. Sans avoir peur de mettre les pieds dans le plat.

Plaidoyer en faveur d’un salaire minimum

Placer ce livre entre les mains de grands patrons ou d’hommes politiques pourraient leur faire réaliser la nécessaire augmentation du salaire minimum. Et la condition de David Snug, artiste qui participe à sa manière au fonctionnement et à l’équilibre de notre société, leur donnerait aussi – peut-être – la bonne idée de mettre un place un revenu minimum pour tous. Mais je crains que ces hommes réputés pour leur premier degré soit détournés de l’intelligence du propos par le dessin insolent et l’humour ravageur de David Snug.

Râleries salutaires

David Snug est en réalité Guillaume Cardin. Il a choisi ce pseudo pour faire plus américain. Originaire de Caen, il vit désormais à Paris. Je l’ai découvert en 2011 à la parution de son titre 64 ans en 2039 aux éditions Les enfant rouges dans lequel il raconte les aventures de son double projeté dans le futur et résistant à l’implant d’une puce dans le rectum. J’ai immédiatement été séduite par son irrévérence qui dénonce avec humour les travers de nos sociétés modernes. C’est un râleur qui fait preuve d’un sens critique plus développé que chez le commun des mortels. Un de ceux à qui on ne l’a fait pas. Bref, un être essentiel.

Et dans ces récits largement autobiographiques, on retrouve souvent son aversion pour l’industrie musicale, la publicité, le travail en général, les enfants et les cons en particulier. Depuis, j’ai savouré tous ces livres avec un plaisir immense. Comme Lionel J et les PD du cul, publié chez Marwanny, encore un formidable pamphlet qui fait coup double à la fois contre l’industrie de la musique et les hommes politiques. Mais aussi J’aime pas la musique, autre récit autobiographique, BD d’apprentissage où il raconte comment, son rejet pour l’ordre et les normes l’ont amené au punk et à la BD underground.

Impertinence et manque de tact

Même rigolade dans La vie est trop Kurt, Éditions Même pas mal, où on le suit débarqué à Paris, nouvelle terre d’énergumènes bons à être fustigés ! Ou encore Je n’ai pas de projet professionnel, en 2017 chez le même éditeur. Là encore autobiographie satyrique du monde de la musique en général et des structures musicales subventionnées en particulier. David Snug semble ne rien s’interdire. Il brille par sa pertinence saupoudrée de manque de tact (définition de l’impertinence ?). Le lire est une vraie bouffé d’air frais pour la petite bobo de province que je suis devenue. Je suis aussi très fan de son trait, à la fois simpliste et naïf, tout en rondeur, mais aussi dense et rageur avec ses textures, hachures, points qui ne sont pas sans évoquer le style de Crumb.

Critique sociale

Ce dernier titre Dépôt de bilan de compétences est publié chez Nada, maison d’édition indépendante spécialisée notamment dans la publication d’essais ou des récits ayant trait à la critique et à l’histoire sociales. Ce n’est donc pas une maison d’édition B.D. mais un éditeur tout à fait cohérent pour publier le dernier pamphlet de David Snug sur le travail. Car sa critique du travail bien que décalée est largement documentée, en témoigne la bibliographie à la fin de l’ouvrage.

Les idées de David Snug ne sont pas des diatribes dignes du café du commerce. Dans Dépôt de bilan de compétences, la force de son propos repose sur la mise en perspective de son expérience avec toutes ses lectures sur la notion de travail, de paresse, de liberté et d’aliénation. En fin d’ouvrage, le très sérieux sociologue et docteur en tourisme Julien Bordier, resitue très intelligemment aussi le propos de la B.D. La notion de travail, sa construction historique, l’idéologie et le sens du travail.

Dépôt de bilan de compétences de David Snug éditions Nada 4eme de couverture

Lire ou écouter, inutile de choisir

Bref 96 pages passionnantes pour la modique somme de 15 € qui ont le mérite de nous faire marrer et de nous faire réfléchir. De bonnes pistes pour donner un sens à nos 7 heures de labeur quotidiennes (ou pas).

Et, ô joie, David snug est à l’affiche du festival pluridisciplinaire le Make noise fest ! Organisé le 18 juillet par le tiers-lieu Container à Angresse dans les Landes. Pour une rencontre et expo de ses planches mais aussi un concert de son groupe Trotsky musique. Je croise les doigts tous les jours pour que le festival ait bien lieu. Tout en craignant une rencontre avec lui dans le cadre d’une interview radiophonique… Si je me régale de son propos critique, je réfléchis déjà à la pertinence de mes questions pour ne pas me faire afficher par le maître !

En attendant, je vous invite à lire Dépôt de bilan de compétences. À lire toute son œuvre. À le suivre sur son blog et les réseaux sociaux, Instagram et Facebook. Et à écouter son groupe Trotski Nautique ! Voire, à lire toute son œuvre en écoutant son groupe !

Dépôt de bilan de compétences, de David Snug, Éditions Nada, 96 pages, 15 €.