Blondie Healthy

Recette gourmande et (presque) saine

Dans la série « Goûter maison », voilà la recette du blondie healthy. Cela fait quelques années que j’avais repéré cette pâtisserie à mi-chemin entre le brownie et les cookies. Si ma maxime a longtemps été « Le beurre et le sucre, c’est la vie », j’ai depuis révisé cette pensée. À l’époque où j’avais l’audace de la prononcer, je pouvais manger tout ce que je voulais sans prendre un gramme. Depuis, les années ont passé avec son lot de bouleversement hormonaux… Désormais, le beurre et le sucre me font clairement grossir. J’ai aussi développé quelques connaissances en diététique. Et découvert que non, Le beurre et le sucre ne sont pas compatibles avec une vie longue en bonne santé !

Les recettes de blondie qui tournent sur Internet comprenant d’énormes quantités de beurre, de sucre et d’huile, je n’avais donc pas tenté. Sauf que depuis quelques mois, j’ai appris à remplacer le beurre par de la compote de pomme et réduit les quantités de sucre. Les fruits étant naturellement sucrés. Cela fonctionne parfaitement dans le fondant au chocolat, le brownie et les cookies. Pourquoi ne pas essayer avec le blondie ? J’ai tenté et c’était parfait. Très gourmand, avec un goût de cookies et une texture entre le brownie et les cookies. Même ma fille Violette – qui n’a aucun problème de poids et est aussi gourmande que moi – a validé. Je vous partage donc la recette pour que vous puissiez assouvir un profond besoin de gourmandise sans perdre de points de vie ni culpabiliser. Et le tout en 30 mn, cuisson comprise !

blondie entre brownie et cookies, recette sans une tonne de beurre et de sucre

Les ingrédients du blondie « healty »

  • 100 g de compote de pommes
    Vous pouvez évidemment utiliser de la compote industrielle mais la faire « maison » prend 15 min : couper et enlever les trognons de 4 à 5 pommes sans les peler, cuire à feu moyen 10 mn avec un couvercle, mixer. Compote de pommes prête !
  • 50 g de beurre fondu
    (La plupart des recettes de blondie indique entre 150 et 200 g de beurre !)
  • 75 g de sucre blond, roux ou de coco
    (175 à 200 g dans les recettes classiques !)
  • 175 g de farine T60 ou T 80 (ou un mix des 2)
  • 2 œufs
  • 100 à 120 g de chocolat à cuire
    Noir, au lait, praliné, blanc, selon vos goûts. Le noir est recommandé pour une version healthy car il contient moins de sucre. Si vou préférez le chocolat au lait, blanc ou praliné, réduisez la quantité de sucre.
  • 1 cuillère à café de bicarbonate de soude
    C’est optionnel, les recettes de Blondie n’en indiquent pas. Mais comme j’en mets dans les cookies et que j’aime ce côté plus aéré, je l’ai fait ici aussi et validé.

La préparation du blondie « healthy »

  • Préchauffer le four à 180°C.
  • Faire fondre le beurre. Mélanger tous les ingrédients à la fourchette.
  • Beurrer un moule à cake (avec un pinceau de pâtisserie, prélevez le fond de beurre de votre casserole ou votre bol = pas de gras ajouté).
  • Verser la pâte dans le moule et faire cuire 20 mn.
  • C’est tout !
recette express de blondie healthy

Dégustation et conservation

Le blondie se déguste chaud à la sortie du four ou froid quelques heures après. Il se conserve quelques jours dans une boite hermétique. Enfin, je pense… Cela n’est jamais arrivé chez nous !

blondie healthy entre brownie et cookies

Variante du blondie healthy

  • Tout chocolat avec 1 à 2 cuillères à soupe de chocolat en poudre non sucré
  • Plus gourmand avec des noix, noisettes, amandes, pralin
  • Plus healthy encore : à tester en remplaçant le beurre par de l’huile de coco ou de l’huile d’olive et le sucre par du miel ou du sirop d’érable.

protéger la nature pour en profiter landes france

Comment je suis devenue écolo, locavore, pescetarienne et adepte du fait-maison

Bibliographie, filmographie et annuaire non exhaustifs de cette transition

Pour mon retour sur le blog (dû à un bug du site, résolu en 24h par mon trop chouette et trop fort copain Mathias mais j’étais passée à autre chose donc me revoilà 6 mois après – fin de la digression). Pour mon retour sur le blog donc, j’ai eu envie d’expliquer les raisons de mon mode de vie. J’ai 51 ans et je suis progressivement devenue adepte du fait-maison, écolo, locavore, et pescetarienne. La progression a été douce. Je n’ai pas fait une crise d’ado ni de la quarantaine. J’aime la nature, j’ai besoin de son contact quotidien. La respecter est plus que naturel.

Et ce mode de vie me semble plutôt cohérent rapport à la crise climatique et économique. Pourtant, souvent, je constate que cette manière de vivre que je n’impose à personne, questionne. Voire provoque des jugements. Et comme cette évolution s’est faite en douceur, je voulais partager les films, livres et associations qui ont provoqué des déclics au point de changer modes de consommation et alimentation.

1/ Le fait-maison

Quand je dis que je pratique le plus possible le fait-maison, je parle d’alimentation mais aussi de mode, d’ameublement, de décoration. Ma source d’inspiration est mon éducation, mon cadre familial. Ma maman a toujours cuisiné. Tout comme mes oncles et tantes. Au quotidien ou pour les repas familiaux du dimanche, j’ai grandit en apprenant à bien manger. Des plats savoureux équilibrés. Lorsque j’ai quitté ce nid, j’ai reproduit ce mode d’alimentation. Les rares fois où j’ai essayé des plats préparés industriels par manque de temps, j’ai dégusté la différence et arrêté l’expérience. Et j’ai élevé mes enfants de cette manière : mon ainé, Yuri, a découvert la purée en flocons, lors de sa première année de fac !

Ce choix d’alimentation a donc été d’abord culturel, gustatif, puis économique : de nombreuses études ont démontré que le coût d’un plat fait-maison est inférieur à un plat industriel. En prenant en compte les aliments et le coût de l’énergie pour la préparation. La dernière étude INRAE confirme cet état de fait mais le pondère en monétisant le temps de préparation. Cet indicateur n’entre pas en ligne de compte pour moi. Découper des légumes, mélanger, cuisiner a un effet apaisant, relaxant, méditatif chez moi. Pourquoi dans ce cas ne pas déduire le coût de la thérapie que m’économise la cuisine ?

Dans la catégorie fait-maison, je tricote, couds, fabrique voire répare (dernièrement, la chasse d’eau encastrée de mes toilettes, et je ne n’en suis pas peu fière !). Je dois aussi ces passions à mes parents. Ma maman m’a appris à tricoter et coudre, mon père à bricoler. Plus que ces techniques, ils m’ont transmis le plaisir de faire par soi-même. La fierté personnelle de produire quelque chose de concret. Et le plaisir de faire pour les autres, passer du temps à réaliser un cadeau en pensant à la personne à qui l’on compte l’offrir. Et l’expérience m’a prouvé qu’offrir un gilet fait-maison avec amour procure plus de plaisir aux parents d’un nouveau-né qu’un énième pyjama fabriqué en Chine. Tout comme un bonnet en laine ou des mitaines pour mes copines plutôt qu’un carré de soie ! Et à la maison, si j’ai parfois craqué pour des meubles en kit, je préfère les meubles ou accessoires chinés et restaurés. Pour leur histoire, leur âme, leur cachet et l’esprit qu’ils donnent à mon intérieur, les uns à côté des autres.

2/ Les produits locaux et le boycott des industriels

Je m’en souviens comme si c’était hier. C’était en 2007. Je vivais en Charente-Maritime. Et j’ai vu au cinéma le documentaire We feed the world. Une claque. Je me suis sentie mal après la projection et seule la décision de consommer autrement a pu alléger ce malaise. Après cette prise de conscience, j’ai évidemment regardé d’autres films importants pour m’informer sur les modes de production. Mais celui-ici reste le plus fort pour moi. Sachant qu’en 2005 à sa sortie, ces questions étaient encore peu traitées par les médias.

Sous-titré Le Marché de la faim, ce film réalisé par Erwin Wagenhofer, s’inspire du livre de Jean Ziegler, L’Empire de la honte. Que j’ai lu après le film et que je vous conseille aussi. Cette enquête nous emmène dans le monde entier pour révéler les aberrations de la mondialisation dans le domaine de l’alimentation et l’organisation de la faim par les plus riches. Comme la domination du Nord sur le Sud : paupérisation des populations du Sud au profit de notre alimentation ou de nos profits. Comment un poulet industriel contribue au massacre de l’Amazonie pour produire le soja qui le nourrit. Comment des habitants du Maghreb sont exploités comme des esclaves pour produire des tomates toute l’année sous serre en Espagne.

Et ce ne sont que quelques exemples. Le film s’achève par une interview de Peter Brabeck-Letmathe, le PDG de Nestlé à l’époque. Édifiante… Ce cynisme capitaliste finira de convaincre les réticents. Regardez ce film toujours d’actualité malheureusement. Il abordait déjà la notion mercantile de l’eau qui fait encore parler de Nestlé aujourd’hui… Après l’avoir vu, je me suis fait des listes de marques à boycotter, j’ai exclu certains types d’aliments de mes courses et privilégié la production française, locale dès que possible et de saison.

3/ Les produits locaux et bio

À l’heure du projet de la loi Duplomb qui, entre autres, souhaite réautoriser l’insecticide l’acétamipride et tandis que cette loi est soutenue par certains agriculteurs dont la FNSEA, je vous recommande tous les films et livres de Marie-Monique Robin. Je les ai découverts dans la continuité du film We feed the world et ils ont ouverts encore plus ma conscience sur la production au détriment de notre santé et de la planète. Le Monde selon Monsanto, Notre poison quotidien, Sacrée croissance ! : ils ont été publiés ou réalisés entre 2008 et 2014 et rien ne semble avoir évolué… Ces lectures ont renforcé le fait de consommer local, de saison, et bio dès que possible… Non, Mr Duplomb, je n’ai pas attendu la concrétisation de votre bêtise pour consommer local et bio. Comme la plupart des 2 millions signataires de la pétition contre votre loi absurde et meurtrière.

Dans Le monde selon Monsanto, film et livre sortis en 2008, Marie-Monique Robin retrace, après 3 ans d’enquête, la genèse de l’empire industriel, devenu le premier semencier du monde, à la force de rapports mensongers, de complicité de l’administration nord-américaine, de pressions et tentatives de corruption. Et notamment le rôle de l’entreprise américaine dans l’extension planétaire des cultures OGM sans aucun contrôle sérieux de leurs effets sur la nature ni la santé humaine…

Dans Notre poison quotidien, qui existe aussi en film, la réalisatrice et journaliste, démontre que la cause principale de l’épidémie de cancers, leucémies, maladies neurologiques en forte hausse dans les pays dits développés est due aux dizaines de milliers de molécules chimiques présents dans notre quotidien et notre alimentation. Des maladies qui affectent la population mais les agriculteurs en première ligne ! Elle met en lumière les défaillances du système d’évaluation et d’homologation des produits chimiques ainsi que les pressions et manipulations des industriels. Là encore, pour des raisons de profits au détriment de notre santé.

Dans l’un de ses derniers ouvrages, La fabrique des pandémies, publié en 2021 suivi du film du même nom en 2022, la journaliste explique comment les activités humaines, ont provoqué l’effondrement de la biodiversité, et ainsi créé les conditions d’une  » épidémie de pandémies « . Des faits et conséquences démontrés par des centaines de scientifiques depuis les années 2000, que l’auteure synthétise et rend accessibles.

4/ Régime sans viande

Ces lectures et films m’ont aussi alertée sur les effets dévastateurs de l’élevage pour l’environnement. Et des articles de presse sur les conditions d’élevage, sur la maltraitance animale. J’ai petit à petit réduit ma consommation de viande, essayer d’en savoir plus sur les producteurs. Pour privilégier les moins « maltraitants ». Mais un abattoir reste un abattoir. Suivre le compte sur les réseaux de L214, une association qui défend les animaux, a fini par me convaincre d’arrêter d’en manger. Ce n’est pas une question de goût, j’adore la viande. Mais les images difficiles ne donnent plus envie de participer à ces horreurs.

Et cette décision idéologique a entrainé des bienfaits nutritionnels. Je consomme beaucoup plus de légumes, de légumineuses. Je réfléchis bien plus à l’équilibre de mon assiette. Comme je ne suis pas une experte encore en diététique, je continue de manger des œufs et du poisson (sardines, maquereaux, anchois) pour conserver des protéines animales. Mais j’étudie les alternatives. En veillant à ce que ces alternatives ne soient pas des produits industriels ou réalisés à partir d’aliments dont la culture dévaste la planète. Le sujet est complexe mais il faut rester cohérent.

Mes enfants mangent toujours de la viande, je leur en achète et leur cuisine. Je porte des chaussures en cuir. Je ne suis pas parfaite. J’essaye de consommer en étant respectueuse le plus possible de l’environnement. Un mode de vie qui fait souvent l’objet de moquerie, de commentaires négatifs. Je serai « extrémiste », « pénible », « difficile »… Je ne fais aucun commentaire aux gens qui prennent l’avion plusieurs fois par an, achètent régulièrement via Amazon, mangent de la viande. Je ne me permets pas de juger. L’inverse n’est pas vraie. Dans ces cas là, je n’essaye ni de me justifier, ni de convaincre. Mais comme ma consommation a évolué au fil des ans, je préfère prévenir : cela ne va pas s’arranger 🙂

Deux filles nues de Luz

Changement de perspective

Hey ho, il y a quelqu’un par ici ?
Oui, je suis toujours là ! Mais beaucoup de travail, toujours 3 enfants, 2 chats, 1 chien, des amis. Bref la vie ! Et des passe-temps comme la lecture, le tricot, la broderie, la nature. J’avoue que dès que j’ai du temps libre, j’attrape un livre ou des aiguilles ou je pars me perdre dans la forêt avec le poilu… Plutôt que de me remettre sur un ordinateur pour écrire sur ce blog. Puis, comme tous les ans quand je paye ma facture de l’hébergement web, je culpabilise de l’avoir si peu alimenté et je reviens !

deux filles nues luz chronique

De retour pour vous parler d’un très beau livre et une histoire passionnante. Il s’agit de Deux filles nues, le dernier roman graphique de Luz paru début octobre aux éditions Albin Michel.
Une BD historique et graphique qui raconte un siècle d’histoire à travers un tableau. Deux filles Nues du peintre allemand expressionniste Otto Mueller, un tableau qui existe vraiment.

L’histoire à travers la perspective d’un tableau

Le livre démarre en 1919 dans une forêt en bordure de Berlin lorsqu’Otto Mueller peint le tableau et nous embarque jusque dans les années 2000. Le tableau est le personnage principal du livre et c’est à travers sa vision que l’on découvre son histoire. Il nous montre l’atelier de l’artiste, le bureau du premier propriétaire, un avocat. À travers ce regard et les pérégrinations du tableau de main en main, on suit la vie de l’artiste, l’arrivée d’Hitler au pouvoir, l’antisémitisme, la spoliation des familles juives, la destruction de l’art moderne. La peinture a notamment fait partie de l’exposition intitulée « Art dégénéré » organisée en 1937 par les nazis à Munich… On découvre ainsi la vente de ces œuvres au rabais ou leur destruction, le rachat du tableau, ses années de planque avant d’être à nouveau exposé puis restitué à la famille spoliée.

L’histoire particulière de cette peinture s’inscrit dans la grande histoire tel un survivant, un témoin. Un livre historique passionnant qui a demandé à son auteur de réaliser des recherches, de se documenter sur la vie du peintre pour raconter celle du tableau pour être au plus prêt de la réalité historique. Une époque brutale où se côtoient artistes, vrais passionnés d’art, spéculateurs, tyrans, idiots endoctrinés et monstres.

Un traitement original

Un sujet important et passionnant qui aborde la censure artistique et politique, parfois tristement encore d’actualité avec la montée de l’extrême droite en France et en Europe aujourd’hui. Et un livre qui fait œuvre de mémoire pour que l’on n’oublie pas cette période ni les tentatives de juger de la moralité d’une œuvre. Et là encore, cette idée raisonne aujourd’hui avec l’attentat de Charlie Hedbo, journal pour lequel travaillait Luz. Mais aussi les censures littéraires ou artistiques de plus en plus courantes. Et le traitement de Luz est magnifique. Avoir eu l’idée de nous raconter cette histoire à travers la perspective du tableau, comme sa biographie : du génie.

Et son dessin fait œuvre aussi. Pour transmettre ce regard de la peinture, le livre commence par des dessins fragmentés à l’image de l’œuvre en cours de réalisation. Et se poursuit avec des angles de vue propre à sa position dans un cadre. Une contrainte technique dans le dessin et dans le récit mais qui fonctionne parfaitement à la lecture. La double page sur les expositions vécus par le tableau est condensé d’histoire avec un grand H et d’histoires au pluriel. Jusqu’à la fin où l’on découvre la peinture vue par Luz !

Dessins fragmentés dans les premières pages du livre pour représenter la vision partielle du tableau en cours de réalisation par l’artiste.

Dessin magnifique et fort

Un parti pris et cadrage narratif impressionnants mis en forme avec un dessin magnifique entre esquisse et peinture tout en détail. Dans des couleurs sépia très douces. J’ai lu dans une interview de Luz accordée à Télérama qu’il avait travaillé à l’encre gris sépia, avec un peu de sanguine, au lavis et même avec du café quand il n’avait plus d’encre pour adoucir le dessin. Une douceur bienvenue pour équilibrer la gravité du sujet. Avec plus de noir lors des parties du récit impliquant les nazis, un noir symbolisant leur violence.

Certaines planches sont comme des œuvres. On a envie de les détacher du livre et de les afficher. A défaut d’abîmer le livre, j’ai choisi de m’y perdre pendant de longs moments. Et ce qui est dingue dans l’œuvre de Luz c’est qu’il a un style graphique bien particulier et reconnaissable. Pour autant il le décline selon le sujet ou le projet. Je pense notamment à Catharsis ou Vernon Subutex. On y reconnaît son identité graphique mais le dessin y est quand même différent, dans le trait, la densité, les couleurs, les expressions. Et dans Deux filles nues, il prend une dimension picturale.

Recul sur l’histoire et l’art

Luz était dessinateur de presse chez Charlie Hebdo. En 2015, il échappe aux attentats suite à une panne de réveil qui le fait arriver en retard à la funeste réunion de rédaction… Il y perd des amis et l’envie de dessiner. Un vide, une douleur qu’il raconte dans Catharsis, une BD éditée chez Futuropolis quelques mois après.

Depuis, il a écrit et dessiné des titres aussi différents que Ô vous, frères humains, une adaptation du recueil de réflexions d’Albert Cohen, Alive, une anthologie musicale, et une œuvre plus personnelle, Indélébiles, dans laquelle il revient sur sa carrière de journaliste-dessinateur à Charlie Hebdo. En 2022, il a reçu, le Prix Inrocks pour son adaptation de Vernon Subutex, la trilogie de Virginie Despentes. Réalisée en 2 tomes publiés chez Albin Michel, en 2020 et 2022, avec Virginie Despentes au scénario, cette adaptation offre une nouvelle dimension à l’œuvre déjà si forte de la romancière.

Preuve de son talent et sa créativité, le dessinateur et scénariste est de retour avec un roman graphique historique. Je ne suis pas très livre historique et encore moins sous la forme d’une BD. Pourtant, j’ai adoré Deux filles nues. Le sujet, le traitement, le dessin. J’y ai appris plein de choses et j’y ai surtout ressenti beaucoup d’émotions, en découvrant les résistances au mal, la force de l’art. Comme toute son œuvre. Empreinte d’une vision juste des difficultés ou atrocités de l’existence mais toujours sous le prisme de l’espoir, de la lumière. Là encore, ce livre consacré à une peinture offre un recul sur l’histoire et l’art inspirant.
À lire sans hésiter et à offrir aussi. À ceux qui se passionnent pour l’art, l’histoire ou simplement l’humanité.

Deux filles nues, de Luz, Ed. Albin Michel, 24.90 €
Dans la sélection officielle du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême 2025

 

Cake aux agrumes

Recette pour gourmands pressés

Je suis une écolo-gourmande-pressée. Traduction ? J’aime savourer des plats et desserts faits maison mais je n’ai pas toujours le temps de cuisiner. Or je viens de trouver une recette qui répond parfaitement à ces contraintes : le cake aux agrumes ! Seulement quelques ingrédients, on mixe le tout et hop au four… Trop facile ! Je partage.

J’ai découvert ce gâteau à l’orange sur le compte Instagram d’une Américaine. La recette était donc en anglais. Mais surtout avec les unités de mesures américaines… Et dans un reel – une vidéo courte. J’ai donc fait une capture d’écran, convertit les poids et je me suis lancée. Le principe est de mixer les ingrédients dont l’orange avec la peau dans un robot puis de cuire au four le mélange. C’était très rapide et très bon. Puis quelques jours après, j’ai découvert une recette similaire en français sur le très joli compte de Marie Chioca. Une recette qu’elle partage sur son blog Saines Gourmandises. Cette fois, c’était avec des clémentines et cuit dans un plat à cake. J’ai donc réédité avec ces mesures, un moule à cake et c’était parfait !

cake agrumes recette express et facile

J’étais dubitative de l’utilisation des agrumes avec la peau. Finalement, cela revient à réaliser un gâteau avec le jus de l’agrume et des zestes. Mais sans perdre le temps de presser et zester le fruit ! Le cake a bien le gout du fruit et n’est pas sec. Une recette idéale pour satisfaire une envie sucrée fait-maison avec de bons ingrédients en 45 minutes ! Temps de cuisson compris. La recette de Marie Chioca est réalisée avec des clémentines ou mandarines. Mais forte de mon expérience « américaine », elle peut se décliner avec tous les agrumes selon votre goût ou les fruits disponibles chez vous ! Oranges, citrons, mandarines, clémentines…

Les ingrédients du cake agrumes

  • 180 à 200 d’agrumes : 1 orange ou 2 citrons ou quelques clémentines. Privilégiez les variétés à la peau fine, bio ou avec le moins de traitement possible.
  • 100 g d’huile. Marie Chioca conseille l’huile d’olive mais j’avais peur de son goût prononcé dans un gâteau, j’ai donc remplacé une fois par de l’huile de tournesol. Puis une autre fois par un mélange huile d’olive et tournesol. Vous pouvez aussi remplacer par de l’huile de pépin de raison ou encore la même quantité de beurre fondu.
  • 180 g de farine semi-complète de petit épeautre ou de blé. Que vous pouvez remplacer par de la farine de blé plus blanche type 55 ou 65 (mais avec moins de nutriments car sans l’amande du grain et une partie du son). J’utilise de la farine de blé T80, semi-complète.
  • 90 g de sucre
  • 1 sachet de poudre à lever que je remplace par une cuillère à soupe rase de bicarbonate alimentaire. Aparté : j’ai acheté 100 g de bicarbonate alimentaire en vrac il y a 2 ans pour quelques euros. J’en ai encore. Incomparable avec le prix de la levure chimique vendu en sachet !
  • 3 œufs
  • 1 pincée de fleur de sel
les ingrédients du cake agrumes

La recette du cake agrumes

Pour les agrumes, fruits bio ou pas, prenez soin de les laver avec un petite brosse. Coupez les en 4 en prenant soin d’enlever avant les extrémités. Voire les pépins s’il y en a. Mixer tous les ingrédients dans un blender ou mixeur.

mélange au robot des ingrédients du cake agrumes

Transvaser ce mélange dans un plat à gâteau ou à cake beurré ou huilé. Faire cuire à 180 °C pendant 35 à 45 minutes selon votre four. C’est prêt ! Aussi simple que ça !

J’avais réalisé la première recette américaine dans un plat à manqué puis la seconde française dans un plat à cake. Je préfère en format cake. J’aime la croute du gâteau et je trouve que c’est plus simple à couper, partager. Mais les 2 sont possibles.

Le robot ou mixeur

[Aparté obsolescence programmée]
J’ai eu un robot moderne acheté dans une enseigne discount, il a duré 3 ans. Batteur, mélangeur en utilisation intensive pour le pain, les pâtisseries. Durée de vie : 3 ans ! Parallèlement, j’utilisais pour râper carottes, fromages, viande un « vieux » robot qui appartenait à mes parents. Le Moulinex Masterchef 47. Depuis la disparition prématurée du moderne, j’ai appris à utiliser toutes les fonctions du papy : il râpe, taille, mélange, hache, émulsionne, monte chantilly, blanc en neige et mixe. L’ancêtre du robot de cuisine dont le plastique a légèrement jauni. Mais qui fonctionne toujours parfaitement !

robot moulinex masterchef 47 pour mixer les ingrédients du cake aux agrumes

Variantes du cake agrumes

  • Avec des épices : 4 épices, cannelle…
  • Plus moelleux et plus parfumé : à la sortie du four, versez le jus d’une demi orange, une clémentine ou un citron. Laissez imbiber pendant le refroidissement.
  • Remplacer la moitié de l’huile et du sucre par 50 g de beurre d’arachides, amandes, noisettes, noix de cajou ou cacahuètes ! Soit 2 grosses cuillères à soupe environ. J’ai eu la chance de recevoir en cadeau un pot de beurre de cacahuètes de la ferme Darrigade, producteur landais de cacahuètes. En pâte à tartiner, son goût est trop sucré pour moi. Composé de cacahuètes de Soustons, sucre de canne, beurre de cacao, huile de noix de coco et de sel, il représente une bonne alternative au sucre et à la matière grasse en cuisine. Et surtout en pâtisserie. Je l’ai testé dans des muffins banane-chocolat et avec ce cake. Oui il est gras donc contient beaucoup de calories. Mais il reste intéressant car il est riche en fibres et en protéines végétales ce qui n’est pas le cas de l’huile ou du sucre ! Il joue donc parfaitement le rôle de substitut partiel tout en apportant des éléments nutritifs. Et un léger goût de cacahuètes !
  • Avec des pépites de chocolat pour la version à l’orange ou aux clémentines… Ou napper d’un glaçage en chocolat. Je ne peux pas m’en empêcher… Variante à fins médicales évidemment, pour l’apport en magnésium…
cake agrumes recette express et très facile
Le cake agrumes express, parfait au petit-déjeuner, goûter, pour accompagner un thé ou une tisane !

Hej herr ikea*

Ou comment j’ai commencé l’année en montant tes meubles

*Bonjour monsieur Ikea. La nouvelle année à peine démarrée, j’ai déboulé chez toi le 2 janvier 2024. Pourtant, j’ai essayé de résister, de trouver une alternative à tes meubles en kit neufs. Mais j’ai échoué… Entre culpabilité d’achat et satisfaction d’avoir réussi à les monter malgré le le mode d’emploi succinct, je souhaitais te faire part de mon expérience. Afin d’améliorer la qualité de tes services évidemment et œuvrer pour le bien commun. Évidemment.

montage meuble ikea micke experience
Spoiler alert : j’ai réussi !

Notre histoire

Lorsque tu es arrivé en France en 1981, en région parisienne, j’avais 7 ans. Après des années de tendance rustique, notre pays a découvert la décoration d’intérieur avec toi et à prix accessible. Souvent, tu as représenté notre sortie du dimanche. J’ai grandi avec toi. Ado, toute ma chambre était meublée et décorée Ikea. Jeune adulte, tu as dominé l’intérieur de mon premier appartement. J’ai poursuivi ce rituel d’aller te rendre visite pour me changer les idées. Et signe que tu faisais bien ton travail, je repartais avec de nouveaux objets inutiles, délestée de 200 ou 300 francs… Une autre époque. Triste époque.

Puis j’ai eu des enfants, déménagé en province où tu n’existais pas. J’ai découvert les brocantes, l’achat de seconde-main. Parallèlement, ma maternité a développé une conscience écologique. Moins consommer, mieux consommer. Histoire de laisser à mes enfants une planète pas complètement fichue. J’ai donc totalement arrêté de te fréquenter. Sans souffrir de cette rupture. Pire, lorsque tu as ouvert un magasin à Bayonne en 2015, je ne voyais pas l’intérêt. J’y suis allé seulement une fois pour un tapis. Car, oui lorsque j’ai besoin d’un meuble ou que les enfants ont envie de changer de déco, j’achète tout d’occasion : meubles, lampes, tapis, cadres. Des achats qui nécessitent de la patience, des recherches, des réflexions. Et qui confèrent indéniablement une âme à notre intérieur. Bien loin de l’achat compulsif de meubles uniformes que l’on peut vivre chez toi.

Tes casseroles

Depuis mon changement de mode de consommation, les casseroles que tu traines – tout géant suédois que tu es – n’ont fait que renforcer notre rupture : la part d’ombre du père fondateur, sympathisant nazi et évadé fiscal, la condamnation de ta filiale française pour espionnage de ses employés ou encore la violation d’obligation d’information sur l’origine du bois que tu utilises, voire les soupçons d’abattage illégal de bois… Nous n’avons décidément pas les mêmes valeurs !

Nos retrouvailles

Fin 2023, ma fille Violette a souhaité troqué sa chambre de petite fille contre un modèle ado. J’allais lui proposer d’aller dans une brocante, chercher en ligne un nouveau bureau en seconde main. Mais non. Horreur. Elle avait repéré ton bureau Micke et ses modules de rangement… Désireuse de rester fidèles à mes principes, j’ai cherché ce fichu bureau en occasion sur Internet. Et je l’ai trouvé, plusieurs fois. Vendu en moyenne 30% moins cher par rapport au neuf. Avec des rayures, des éclats… Et une foule d’autocollants Panini ou Bella Sara sur le plateau. 70 € au lieu de 100 avec des heures de travail derrière et sans certitude d’obtenir un meuble décent… Les gens ? Sérieusement ?

Comme souvent depuis que je suis maman, ma conscience écologique a lutté contre mon envie de faire plaisir à ma fille. J’ai par exemple cousu pendant plusieurs années des « costumes » à mes enfants pour ne pas acheter des déguisements en matière synthétique made in China. Puis j’ai accompagné un jour l’un d’eux à un Mardi gras de l’école. J’ai réalisé combien mes créations les rendaient ridicules (j’ai oublié de préciser que je n’étais pas couturière…). Et qu’ils étaient – par mon extrémisme écologique – l’objet de moqueries qu’ils avaient tues pour ne pas me blesser. J’ai foncé acheter costumes synthétiques de princesse et pirate…

Ikea en 2024

Dans le cas qui nous intéresse, mon instinct maternel, boosté par la promesse de ma fille que sa chambre allait être rangée, a fini par me faire craquer. Le 2 janvier, je suis allé chez toi, chercher notre nouveau copain Micke avec son petit frère, un caisson à tiroir, ainsi qu’un tapis. Tiraillée par la culpabilité, j’avoue n’avoir pris aucun plaisir à parcourir tes allées. J’ai été surprise de constater que de nombreux objets étaient vendus à des prix supérieurs à ce que l’on peut trouver en seconde main. Le rayon occasion en fin de magasin n’a pas évolué depuis 20 ans. C’est un vrai bazar où l’on ne trouve rien. Et les prix sont beaucoup trop chers par rapport à l’état des objets…

Je me suis donc contentée d’acheter ce que j’avais prévu, sans craquer pour du superflu ou de l’inutile. Avec beaucoup de culpabilité. Mélangée à la fierté de réaliser que je ne faisais vraiment plus partie du même monde que toi. Sentiment accentué à la caisse où l’on doit absolument passer en paiement libre-service lorsque l’on paye par carte… Réduire les coûts de tout pour faire plus de marge ?

À la maison, j’ai apaisé cette culpabilité en allant porter à la déchetterie un semainier – meuble haut de plusieurs tiroirs – acheté en 1990 chez toi par mes parents pour ma chambre. En 34 ans, il a été repeint 4 fois, déménagé 6 fois et a meublé ma chambre puis celles de mes enfants. Je l’ai jeté car les tiroirs, les côtés ne tenaient plus. Mais ces 34 ans de bons et loyaux services ont atténué mon impression négative à propos de tes meubles en série.

Le montage

Maman solo, pas vraiment bricoleuse, j’angoissais à propos du montage. J’ai donc endossé mon rôle de bonne élève, ouvert le carton et commencé la lecture de la notice de montage. Et quelle surprise de constater que la première indication était de ne pas être seule pour le montage. Monsieur Ikea, sérieusement ? En 2024 ? Une étude Insee de 2020 indique qu’en France, une famille sur 4 est monoparentale ! Et quid des étudiants ? Alors oui, nous avons des amis, merci ! Mais comme nous sommes de vrais amis, nous ne leur demandons pas de venir nous aider à monter un meuble le dimanche !

montage bureau ikea experience
Preuve que je suis bien entourée, j’ai obtenu du renfort pour le montage du meuble Ikea…

Seule et rebelle, forte et confiante, je poursuis donc la lecture de la notice. Notice internationale car sans un mot – il n’y a pas de petites économies, hein, monsieur Ikea. Des économies de papier, c’est très bien. Mais des économies de traduction aussi. Je ne suis pas convaincue que ce parti-pris soit motivé par la seule protection de l’environnement. Des notices digitales pourraient exister dans plusieurs langues… Bref.

Sexiste et simpliste

Et je découvre que la personne qui indique les étapes est un homme. Un croquis simpliste certes mais clairement un homme. Ok. Donc je pars vraiment mal. Je ne suis pas accompagnée et je suis une femme. Désolée monsieur Ikea de ne pas rentrer dans ton modèle d’acheteur-type… En 2019, une plainte avait été déposée contre toi en Israël, pour discrimination sexuelle, faute de la présence de femmes dans ton catalogue. Depuis, elles sont revenues, tout comme des hommes en cuisine, c’est bien. Manque plus qu’une figure féminine pour faire le montage et tu seras dans l’ère du temps.

notice ikea pas claire et pas inclusive experience
Notice pas inclusive et pas claire

Des dessins seulement donc pour expliquer les étapes. On pourrait croire que ces croquis simplistes ont le mérite d’aller à l’essentiel pour une débutante comme moi. Comment te dire… Non ! Les notices ne sont pas claires. Nous ne sommes pas tous menuisier ou ébéniste. Le dessin qui fait l’inventaire des vis est trop approximatif. J’ai fini par comprendre qui était qui en procédant pas élimination… Idem pour les dessins des étapes. L’indication de chaque visserie à utiliser est minuscule. Il a fallu à chaque fois que je parcours la notice en entier pour être certaine d’utiliser les bonnes… Idem pour les planches à prendre et dans quel sens. Les détails de chacune sont minuscules. Il faut être plus qu’attentif pour ne pas se tromper…

notice ikea minimmaliste
Truc et Astuce pour savoir quelle vis à insérer dans quel trou de quelle planche : bien nettoyer ses lunettes et plisser les yeux bien fort.

Tout est bien qui finit bien

J’ai donc réfléchi, transpiré, vissé, parfois dévissé (au sens propre et figuré). Mais j’ai réussi à venir à bout des 2 frangins Micke ! Seule, sans homme. Et avec ta notice très limitée. Une expérience forte en émotions. Et qui je l’espère se poursuivra avec les déménagements, peintures et autres évolutions de ces 2 meubles de ma fille pendant au moins une trentaine d’années. Et pendant ces années à venir monsieur Ikea, pour ne pas me perdre définitivement, je ne saurai trop que de te conseiller de :

  • développer correctement le réseau de seconde main de ton mobilier : les meubles et accessoires défectueux des magasins mais aussi ceux que les clients souhaitent revendre (remise en état, côte et vente)
  • ne pas oublier les femmes dans tes catalogues et notices
  • mettre un peu plus d’humanité dans ta gestion des ressources humaines et des clients : tes employés ne respirent pas la joie de travailler et les caisses libre-service, non, ne sont pas un progrès social.

Réduire ton impact sur l’environnement, assurer équité et égalité… Ces valeurs sont bien indiquées sur ton site mais les polémiques de ces dernières années et mon expérience en janvier démontrent que tu peux faire mieux encore. Je compte sur toi monsieur Ikea. Gott nytt år!*

*Allez, bonne année !

Lisière fantôme de Jérôme Lafargue

roman inventif et réjouissant

Les vacances de fin d’année et la période de Noël arrivant bientôt, j’en profite pour partager un coup de cœur littéraire : Lisière fantôme, le 6ème roman de Jérôme Lafargue sorti en mars au Éditions Quidam. Une lecture réjouissante à s’offrir ou à offrir. Une lecture qui me fait sortir de mon silence depuis presque un an ici. La faute à une vie intense. Mais surtout à une légère saturation informatique. J’utilise beaucoup cet outil dans mon travail. Et ces derniers mois, j’ai préféré passer mon temps libre limité en extérieur avec le poilu ! Mais l’écriture me manque. Un exemple de dissonance cognitive ? Certainement ! Mais là n’est pas le sujet aujourd’hui. Je me note de vous en reparler.

Revenons donc à notre fantôme. Celui de Jérôme Lafargue dans son dernier roman. Direction la province, à Horcaviot, une ville qui n’existe pas mais semble être en Gascogne. Le héros Augustin Loeyna exerce un métier un peu particulier, il recherche et écrit pour les autres, des ministères, des sociétés, des enseignants. Il recherche et compile des informations, rédige des rapports. Une activité qui requiert une certaine rigueur. Un métier tout à fait adéquat pour cette âme solitaire, qui travaille dans le silence des bibliothèques et a pour compagnon de vie un chat. Une vie provinciale bien tranquille qui se trouve chamboulée par un événement étrange qui le mène sur la piste d’une bergère du XIIème siècle.

Roman historique, fantastique et contemporain

Voilà pour le point de départ de ce roman pluriel. Fiction historique, récit fantastique, enquête, roman de mœurs, histoire d’amour, Lisière fantôme est tout cela à la fois ! Dans cette aventure historique et contemporaine, l’auteur nous emmène entre Gascogne et Landes, dans une cité balnéaire imaginaire là encore. Au fil des chapitres, on y croise une foule de personnages hétéroclites, un universitaire, une surfeuse, des bibliothécaires, des bandits, des personnages historiques, une libraire… Ils ne viennent pas des mêmes sphères sociales ni des mêmes siècles. Pourtant, leur destin convergent dans cette histoire palpitante menée de main de maître par Jérôme Lafargue. Les protagonistes sont à la fois originaux et crédibles. Loin d’être parfaits mais tous très attachants sans pour autant sembler convenus ou lisses.

À travers les aventures de son anti-héros légèrement bourru et impulsif, solitaire, hors du temps, l’auteur mêle la petite histoire et la grande, en abordant des thèmes comme le déterminisme social, les secrets de famille ou encore les croyances. Esprits cartésiens et ésotériques s’y retrouveront dans cette fiction à plusieurs tiroirs construite magistralement. Tout se déroule naturellement, les nombreux personnages, les rebondissements, les atmosphères et les références se tiennent, s’enchainent, se répondent. Jérôme Lafargue signe un livre qui s’inscrit indéniablement dans une littérature de haut vol. Celle qui séduit, divertit et fait réfléchir. Par l’originalité de son histoire et les univers qu’elle convoque. Par son style aussi, une langue fluide et moderne qui ne s’encombre pas de superflu. Les lecteurs exigeants tout comme les lecteurs du dimanche apprécierons.

Littérature intelligente et divertissante

Lisière fantôme, c’est à la fois Da Vinci Code, les amours de Anna Gavalda et les polars du Poulpe. Une littérature inventive et réjouissante, loin des œuvres d’écrivains autocentrés de Saint-Germain-des-Prés ! Je vous préviens, quand vous l’aurez commencé, vous ne pourrez plus le lâcher ! Le romancier tient son lecteur et le mobilise pleinement : lorsque l’on lit Lisière fantôme, on réfléchit, on se passionne, on sourit, on tremble et on trépigne !

Jérôme Lafargue, né dans les Landes, a signé plus d’une dizaine de titres. Dont L’Ami Butler – Prix Initiales 2007, Prix ENS Cachan 2008, Prix des lycéens 2008 Fondation Prince Pierre de Monaco. Ses titres qui brouillent les pistes et les codes de la littérature, sont régulièrement salués par la critique. Parallèlement à sa carrière d’écrivain, il est sociologue, maître de conférences en Sciences politiques à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Il a publié de nombreux articles et travaux, notamment sur le domaine du surf.

Quidam éditeur depuis 20 ans

Son œuvre de romancier est pour la plupart édité chez Quidam éditeur, une maison fondée par Pascal Arnaud en région parisienne en 2002 et qui se consacre à la littérature contemporaine, française et étrangère. Éditeur indépendant, il publie peu mais bien – le catalogue compte 183 titres. Des textes rigoureusement choisi qu’il va chercher : j’ai lu que seulement 10 % du catalogue étaient des textes reçus par la poste. Pour les reconnaître en librairie, un indice : le logo de la maison d’édition est un des personnages d’une BD de Mœbius offert par le dessinateur à l’éditeur. Quidam a fêté ses 20 ans l’an dernier et a pour l’occasion lancé Les nomades, sa propre collection de poches. Un moyen de redonner vie au catalogue de fond de la maison, d’éditer des titres anciens qui n’ont pas eu une diffusion méritée au moment de leurs sortie. Mais aussi de publier à nouveau des livres indisponibles.

À lire aussi : L’ami Butler

À l’occasion de la sortie de Lisière fantôme, Quidam éditeur a publié dans cette collection de poche L’ami Butler le premier roman de Jérôme Lafargue. Un premier roman qualifié par Télérama au moment de sa sortie de « virtuose, vertigineux, démoniaque ». L’ami Butler, que je vous recommande aussi. Génial d’inventivité, de réflexions, d’humanité. Un roman époustouflant, première pierre de son œuvre poétique, insolite et réjouissante dans le paysage littéraire français. Une œuvre qu’il a su construire tout en se renouvelant. La preuve avec Lisière fantôme, son dernier roman !

Lisière fantôme, de Jérôme Lafargue, collection Made In Europe, Quidam Éditeur, 212 pages – 20 €
L’ami Butler, collection Les Nomades, Quidam Éditeur, 228 pages – 9 €

 

Too Good To Go

J’ai adopté l’Appli anti-gaspi alimentaire

À défaut de pouvoir sauver le monde d’ultra-consommation dans lequel nous évoluons, je poursuis humblement mon cheminement vers une vie plus censée et modeste. J’utilise depuis quelques mois l’application Too Good To go ! Lancée en 2016 par une jeune Scandinave, elle permet aux commerçants de mettre en vente leurs invendus du jour et aux consommateurs de les acheter à moindre coût. Des produits alimentaires principalement. Je l’avais téléchargée au moment de son lancement mais pas utilisée car le nombre de commerçants participants dans mon coin du Sud des Landes n’étaient pas très conséquents. J’avais fini par la désinstaller.

Aujourd’hui, je suis toujours dans le Sud des Landes mais dans une commune plus importante. Et l’appli, après quelques années, a conquis plus de commerçants. Je l’ai donc réinstallée et cette fois, je l’utilise !

panier too good to go boulangerie snacking
L’un des derniers paniers Too Goog To Go réservé en boulangerie !

Le fonctionnement de Too Good To Go

Le principe est simple : après avoir créé votre compte, il suffit de géolocaliser les commerçants qui proposent leurs invendus du jour. En général, le panier anti-gaspi d’une valeur de 12 € est vendu 3,99 €. Le contenu est surprise en fonction des invendus du jour. L’appli précise l’adresse du commerçant, le nombre de kilomètres qui vous sépare et les heures de récupération du panier. Si tout vous convient, vous payez en ligne. Pendant la tranche horaire indiquée, vous allez récupérer votre panier en montrant votre réservation sur votre téléphone. Vous pouvez ensuite noter le commerçant sur la valeur et la qualité des produits, l’accueil, etc.

J’ai toujours été une adepte des rayons promos alimentaires dans les épiceries ou supermarchés. D’abord parce que cela permet de faire des économies. Mais surtout parce que je ne supporte pas le gâchis. Étudiante, j’ai travaillé dans un supermarché. Le dérèglement climatique et la protection de l’environnement n’étaient pas encore des sujets d’actualité. Pourtant, déjà à l’époque, j’ai été traumatisée par les kilos quotidiens d’aliments jetés à la poubelle dans ce supermarché !

Quand j’achète un aliment le jour de sa date de péremption, j’ai l’impression de faire ma part. Too Good To Go représente un outil parfait pour moi ! L’application fonctionne très bien. C’est très simple : réserver un panier prends quelques secondes. Tout comme la récupération puisque tout est payé ! Les commerçants qui se débarrassent jouent bien le jeu et les paniers sont toujours bien garnis, voire dépassent la valeur initiale de 12 €.

Exemples de paniers to good to go

J’ai une épicerie bio à quelques mètres de chez moi qui est inscrite sur l’appli. Je peux donc acheter des produits bio 4 € au lieu de 12 € et aller les chercher à pied en passant par la forêt avec le poilu sans polluer la planète. Anti-gaspi + économies + promenade + déplacement doux + surprise du panier = immense source de satisfaction pour l’extrémiste que je suis. L’un des derniers paniers de cette épicerie comprenaient : 1 salade, 1 kilo de tomates (les dernières de la saison), 1 betterave crue, 500 g de champignons de Paris, 1 oignon, 1 banane, 4 yaourts au lait de brebis. Pour 3,99 € !

Autre exemple dans une épicerie de centre-ville : 1 sachet de mâche, 1 paquet de gâteaux secs au chocolat et bio, 4 tranches de jambon blanc, 1 magret de canard, 1 paquet de muffins, 1 édam au cumin.
Une autre fois : 1 pot de rillettes de poulet rôti, 2 sachets de mâche et roquette, 4 petits pot de crème café, 1 gros pot de fromage blanc, 1 fromage de brebis, 1 pot de Houmous, 1 sachet de pain de mie.
À chaque fois, 3,99 € pour au moins 12 € de valeur !

Mon dernier achat Too Good To Go en boulangerie cette semaine : 2 salades composées, 2 wraps et 2 donuts. Ce jour-là, j’étais sans enfant et le frigo vide. J’ai donc payé 3,99 € pour 2 repas équilibrés et savoureux. J’adooore !

Les avantages de Too Good To Go

  • Participer à la protection de l’environnement en évitant le gâchis alimentaire. L’appli précise que « chaque repas sauvé permet d’économiser 2,5 kg de CO2. Autant que de charger votre smartphone 422 fois ! »
  • Économiser de l’argent : 70 % en moyenne sur un panier. Autant vous dire que pour une maman solo de 3 enfants, c’est un argument non-négligeable. Toutes les fois, les paniers étaient bien garnis.
  • Mettre de la fantaisie dans son quotidien. Je sais que le fait que le panier soit surprise ne convient pas à tout le monde. Moi j’adore ! J’aime cuisiner mais trouver des idées de repas représente un casse-tête chinois presque quotidien. Inévitablement, j’ai tendance à tourner en rond avec les mêmes ingrédients, les mêmes recettes. Avec ce panier surprise, je m’adapte et improvise de nouvelles recettes. En plus, certains produits sont de marques que j’achète rarement. Cela permet de faire des découvertes, de tester. À chaque panier, j’ai le sentiment que l’on devient des super-héros – on a sauvé des aliments de la poubelle. Mais aussi des aventuriers culinaires ! J’ai découvert par exemple que je n’aimais vraiment pas les yaourts au lait de soja mais qu’avec la confiture maison de framboise de ma copine Sophie, ils étaient très bons !
exemple panier boulangerie appli too good to go
Un autre exemple de panier boulangerie : 2 pains bagnat, des chouquettes et une excellente tarte amandes-abricots-raisins pour 4 à 6 personnes… Le tout pour 3,99 € !

Les inconvénients de Too Good To Go

  • La composition surprise : certaines personnes aiment consommer uniquement les produits qu’ils connaissent. J’ai recommandé l’appli à mon fils étudiant à Bordeaux mais ce n’est pas un aventurier du goût. Ce petit papy de 21 ans aime savoir ce qu’il achète, acheter toujours les mêmes produits et les mêmes marques.
  • La fraîcheur des aliments : pour les produits d’épicerie, la date de péremption est en général celle du jour donc rien de grave, vous pouvez les consommez quelques jours après. Pour les aliments frais, il faut parfois les consommer le jour même. Je pense aux légumes parfois défraichis. Pour la viande, il est toujours possible de la congeler mais il faut avoir un congélateur.
  • Le type d’aliments : quelques fois, le panier comporte un aliment de base pour faire un repas (une viande, des légumes). Mais il arrive qu’il contiennent plus des produits « snacking ». Cela ne dérangera pas les plus jeunes qui vivent seul ou les gens qui aiment manger sur le pouce. Mais si, vous souhaitez préparer un repas, ne comptez pas uniquement sur le panier Too Good To Go ! Selon le commerçant et le panier du jour, c’est parfois seulement un complément.

Éviter le gâchis mais ne pas surconsommer

Certains restaurateurs proposent des plats. Mais je n’ai pas encore testé. J’ai même aperçu une vente d’une serre avec des plantes soldés. Je n’en avais pas besoin donc je n’ai rien acheté. Cela peut devenir le risque avec cette appli. Les prix sont très attractifs. On pourrait être tenté d’acheter sans en avoir vraiment besoin. Il faut alors se rappeler pourquoi on l’utilise : éviter le gâchis ! Et privilégier son utilisation les jours de frigo vide. Comme je n’aime pas jeter, je ne fais jamais de plein de courses. Donc le frigo est souvent vide… Définitivement, des clients parfaits pour Too Good To Go 😉

Fraude qui peut ! de Sébastien Girard

BD sur Bloom face aux industriels de la pêche électrique

Ma recommandation de lecture aujourd’hui s’adresse aux lecteurs de bandes dessinées. Ainsi qu’à tous ceux qui ne sont pas des adeptes du 9ème art mais concernés par la protection de l’environnement et à ce qu’ils mettent dans leur assiette. Il s’agit de Fraude qui peut !, une BD de Sébastien Girard, sortie le mois dernier chez Delachaux et Niestlé. Et sous-titrée : Bloom face aux industriels de la pêche électrique.

fraude qui peut bd sur bloom

Je suis le combat de l’association Bloom depuis de nombreuses années. Association fondée en 2005 par Claire Nouvian et qui œuvre pour la protection des écosystèmes marins. De mémoire, je m’intéresse à cette association depuis son combat contre la pêche en chalut et en eaux profondes. Bataille qu’ils ont remporté avec une interdiction de l’Union européenne.

Depuis, l’ONG poursuit un autre combat : celui de la pêche électrique. Bien que je sois attentive à ce dossier, je n’étais pas certaine de tout comprendre tant les lobbies sont experts dans l’art de contourner les lois… Et tant la législation est à la fois complexe et pas très claire. En découvrant cette bande dessinée en librairie, je me suis tout de suite dit que c’était une excellente occasion d’y voir plus clair. Et je n’ai pas été déçue !

L’histoire d’un combat pour le vivant

La pêche électrique est une méthode de pêche en chalut qui utilise de « gros filets » équipés d’électrodes. Le champ électrique généré fait décoller les poissons du fond marin pour les attraper avec le filet… Dans cet ouvrage, Sébastien Girard raconte en textes et en images le combat titanesque du pot de terre contre le pot de fer. À savoir le dossier de la pêche électrique défendu par cette petite ONG contre un puissant groupe d’industriels. À travers la voix du calamar cochonnet, symbole de Bloom. On comprend parfaitement comment ce combat est né au sein de l’association. ONG pourtant épuisée après des années de lutte au sujet du chalutage en eaux profondes.

La pêche électrique, une méthode de pêche très destructrice mais évidemment très efficace et rentable, est interdite par la loi. Mais les industriels de cette pêche se sont armés d’une armée de lobbyistes qui travaillent sans cesse à obtenir des dérogations à cette loi. La BD relate comment ces derniers mènent une intense activité au sein de la Commission européenne et auprès des politiques des pays concernés. Tel un reporter, Sébastien Girard expose, après avoir suivi l’équipe de Bloom, comment ces quelques personnes seulement, menée par Laetitia Bisiaux, chargée de projet sur la pêche électrique, font face à ces manœuvres pas toujours légales pour tenter de faire respecter la loi.

Le pot de terre contre le pot de fer car l’équipe de Bloom est évidement bien moins nombreuses que les armées de lobbyistes… Et que l’association dispose aussi de bien moindres moyens financiers que les industriels de la pêche. C’est vrai que derrière toutes les actions de communication de Bloom, toujours bien pensées et écrites, on pourrait penser que c’est une ONG gigantesque composée d’une centaine de personnes engagées à travers le monde. Et bien pas du tout… Et le livre a le mérite de resituer ce contexte aussi.

Violation de la loi en toute impunité

Fraude qui peut ! représente aussi une bande dessinée indispensable pour comprendre les rouages politico-industriels impitoyables en faveur du seul profit et au détriment de la vie marine. Malgré la complexité de ce dossier, l’auteur et dessinateur restitue parfaitement ce combat de manière pédagogique. Les dessins sont simples et parlants. Comme pour démontrer la multiplication des flottes de bateaux de pêche électriques largement supérieures à ce qu’autorise la loi. La bande dessinée est bavarde car les lois, les chiffres, les infos sont nombreuses. Mais l’auteur a su synthétiser l’essentiel pour rendre ce dossier digeste.

Surtout dans le texte comme dans le dessin, il ne manque pas d’humour pour traiter l’absurdité de la réalité : le contournement pur et simple de la loi, les manigances honteuses des industriels, les blocages et lenteurs de l’administration, des États ou de l’Union européenne. Les faits relatés démontrent que les hors la loi parviennent à leurs fins avec la complicité des Pays Bas et le mutisme de la Commission européenne. C’est vrai qu’il vaut mieux en rire que d’en pleurer ! Mais les raisons de pleurer sont nombreuses…

Un scénariste et dessinateur engagé

Raconter ce combat de Bloom en BD est une excellente idée. Cela permettra indéniablement de sensibiliser un public plus large à la protection de la vie sous-marine. Et de mettre en lumière l’action de cette formidable association Bloom tout comme les pratiques dégoutantes des industriels. Une BD qui éveille pour que nous puissions ensuite exercer notre pouvoir de citoyen en votant aux élections – y compris les européennes… Tout comme notre pouvoir de consommateur en vérifiant les méthodes de pêche des poissons sur l’étal. Afin de boycotter ces malheureuses victimes de la pêche électrique…

Enquêter, relayer des dysfonctionnements de notre société en roman graphique, c’est la pâte de Sébastien Girard. Il avait déjà signé Chronique d’un kidnapping aux Éditions Félès en 2021. Une BD sur l’enlèvement d’une petite fille à sa famille par le système judiciaire français. Avec ce livre réalisé après un an d’analyse des témoignages et des rapports, il tentait de comprendre comment un tel drame avait pû arriver. Dans ces 2 ouvrages, le scénariste et dessinateur ne prend pas parti. Il se contente d’exposer les faits. Et dans Fraude qui peut, ce sont bien ces données factuelles seules qui se révèlent à chargent contre les industriels, les Pays Bas et la Commission européenne…

Cette bande dessinée coûte 14,90 €. Et Sébastien Girard reverse tous les droits d’auteurs de ce livre au profit de l’association Bloom. Donc en l’achetant et le lisant, vous vous informez et soutenez le combat de Bloom ! Enfin, si vous avez envie de sensibiliser les plus jeunes, en mai cette année, est également sorti aux Éditions Thierry Magnier l’album Maman les petits bateaux, en partenariat avec Bloom. Un album jeunesse qui, partant de la célèbre comptine, dénonce la pêche industrielle. Vous trouverez évidemment ces 2 titres chez tous les bons libraires.

maman les petits bateaux album jeunesse bloom
Maman Les petits bateaux, de Pauline Kalioujny, Éd. Thierry Magnier – 14,50 €
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Fraude qui peut ! de Sébastien Girard, Éd. Delachaux et Niestlé – 14,90 €

Bienséance 2.0

Ou la disparition de la politesse dans les relations numériques

Oui, cela fait de nombreuses semaines que je ne me suis pas manifestée ici. Et je reviens avec un billet d’humeur à propos de la bienséances 2.0. Soit des usages en communication numérique. On ne se refait pas…

Tous les jours et depuis de nombreuses années maintenant, je suis étonnée et – légèrement – agacée par la disparition croissante de formules de civilité dans les échanges numériques. Disparition proportionnelle à l’augmentation des possibilités d’échanges numériques…

Tout a commencé avec l’apparition des courriers électroniques et des téléphones portables. Avant, lorsque vous contactiez quelqu’un, la conversation démarrait automatiquement par le salut. Au choix, bonjour, salut, hello. Puis peu à peu, la facilité et la rapidité des conversations a engendré la disparition de ces formules. Les gens communiquent désormais sans se saluer. Alors même qu’ils ne se sont pas vus ou parlés depuis des jours, des semaines ou des mois…

politesse 2.0

Pendant des années, j’ai observé ce phénomène se développer. Désormais, le manque de savoir-vivre se généralise dans la sphère professionnelle. Je reçois tous les jours des mails, des messages de personnes qui démarrent par le sujet de l’échange sans se donner la peine de saluer. Les grands gagnants ? Ceux qui communiquent sans formule de politesse… ni même un message ! Des artistes, qui par exemple souhaitent être programmés à la radio, envoient un lien d’écoute de leur musique sans dire bonjour, se présenter ou expliquer pourquoi ils nous contactent. J’imagine que nous sommes censés deviner. Mais je suis un peu bête alors je ne réponds pas…

Il y a aussi les patrons d’établissements qui organisent des concerts et souhaiteraient voir leurs événements relayer dans l’agenda de la radio. Dans ce cas, nous avons le droit au visuel du concert sans un mot. Je ne réponds pas non plus. Ou parfois je réponds « Bonjour ».

La civilité, une marque de respect ?

J’ai beau essayer de comprendre ou d’expliquer ce type de comportement, je ne trouve pas de raisons acceptables. Certains proches m’ont expliqué que dans le cadre de rapports numériques réguliers, les mails, messages envoyés pendant plusieurs jours ou semaines forment une même conversation qui dispense de salut. Sauf qu’entre chaque message, la nuit est tombée et le jour s’est levé. Et dans l’usage, ce nouveau jour implique un bonjour… Lorsque l’on retrouve ses collègues de travail tous les jours, on leur dit bonjour quotidiennement ! On ne se contente pas de le faire le lundi… De la même manière, dans toutes les correspondances épistolaires au long cours, vous remarquerez que les correspondants ne manquent jamais de s’adresser des marques de civilités…

En cherchant la définition de Saluer dans le dictionnaire, j’ai trouvé chez Larousse : « Donner à quelqu’un une marque extérieure de civilité, de respect, quand on se trouve en sa présence ou quand on le quitte ». Une définition qui lie donc le salut à une présence physique. Implicitement, certains ont donc acquis qu’un échange numérique n’implique pas de salut. Et j’en déduis que le numérique se dispense de civilité et de respect… Dans ce cas, je me sens légitime à ne pas pas répondre puisque la notion de respect n’est plus d’actualité ! Le premier geste d’une interaction sociale n’a pas eu lieu, je me sens libre d’y couper court.

Communication plus rapide mais de piètre qualité

Lorsque je me suis permise de seulement répondre « Bonjour » à certains, les réactions sont plurielles. Si la plupart s’excuse et me saluent en retour, certains semblent froissés de ma réponse laconique. Et se justifient par la même explication : ils sont débordés et font « au plus vite ». Je trouve cette raison un peu facile. J’ai des journées professionnelles également bien remplies. J’écris entre 50 et 100 messages, mails, courriers chaque jour et j’arrive à prendre le temps de saluer mes interlocuteurs. Et même de leur souhaiter une bonne journée avant de signer ! Ne pas sacrifier les formules de politesse dans la communication numérique est tout à fait réalisable. Sans être un super-héros.

Je pense surtout que cette excuse représente l’un des symptômes des effets néfastes du tout-numérique. Cette possibilité d’immédiateté, de rapidité à l’échelle de la planète engendre une baisse de considération et de réflexion. Les messages sont écrits aussi rapidement qu’ils s’envoient, sans prendre le temps de penser à leur teneur, à la formulation et à accorder une certaine considération au destinataire. C’est un contre-pied extrême – certes – mais avant d’envoyer une lettre ou un télégramme, l’envoyeur réfléchissait et s’appliquait pour écrire. Car l’envoi nécessitait du temps et des moyens. Cette action n’était pas anodine. D’un point de vue technologique, les messages numériques facilitent la communication. D’un point de vue sociale, ils nous font régresser…

Nouveau monde, nouvelles règles ?

Les règles de politesse et courtoisie édictées dans le vrai monde ne seraient plus applicables dans le monde numérique ? Certains ont pensé que la différence de moyens nécessitait un nouveau code des usages de conduite et politesse. Le premier document de Netiquette – contraction de Net, éthique et étiquette – a été publié (en ligne) en 1994. Une charte de bonne conduite qui, exceptées quelques explications techniques, énonce des banalités et des évidences qui résumées signifient : ne faites pas sur Internet ce que vous ne feriez pas dans la vraie vie. Ne vous abstenez pas, donc, de dire bonjour !

Même si 1994 semble être l’âge des dinosaures avec l’évolution et la généralisation fulgurante des moyens de communication, ce bon sens rappelé dans la Netiquette me semble toujours d’actualité. Mais je suis encore plus vieille que cette charte. Et il s’avère que la conduite numérique évolue tout comme les manques de repères. Pour pallier ces absences, des logiciels, des robots sont désormais développés pour vous assister dans vos échanges et leur formulation… Une sorte d’assistant aux bonnes manières. Finalement, le monde numérique n’invente rien. Cicéron a écrit les règles de civilité à l’intention de son fils dans un Traité de devoirs en -45 av. J.C.

La sélection digitale

Ce manque de savoir-vivre numérique a le mérite de me faire gagner du temps dans mon travail. Sollicitée par de nombreuses demandes, j’ai choisi de privilégier les interlocuteurs courtois au détriment des « pressés mal polis ». On apprend aux enfants que l’on obtient rien sans formule de politesse. J’élargis aux adultes. Après la sélection naturelle, est née l’ère de la sélection digitale. Et naïve que je suis, j’imagine que si tout le monde réagit de la sorte, les malotrus devront revoir leur mode de communication pour obtenir réponse !

“La politesse coûte peu et achète tout.”

Michel de Montaigne

Écrire sur ce sujet aujourd’hui représente d’abord une forme d’exutoire. Je me sentirais peut-être moins agacée lors des prochains messages après m’être confiée à propos de cette contrariété. L’effet secondaire indirect : je sais que vous n’oublierez pas de me saluer ! J’ai déjà eu cette conversation avec des amis. Lorsqu’ils leur arrivent de m’écrire dans la précipitation sans me dire bonjour, ils se rattrapent immédiatement avec un second message de salut ! Je ris à chaque fois. Mon obstination à maintenir le bon usage des civilités dans les rapports numériques a des effets 😉

Et si j’utilise par facilité ces modes de communication 2.0 dans ma vie professionnelle et personnelle, j’ai repris la plume, la vraie, pour écrire des lettres à certains de mes proches. Du beau papier, des lettres manuscrites bien formées, des formules de politesse, du temps de réflexion pour écrire sa pensée et des mots d’affection. Face à la masse de messages quotidiens que nous échangeons, recevoir du courrier dans une vraie boîte aux lettres et prendre le temps de se poser pour l’écrire et le lire… Régression ou retour du plaisir du soin, de la lenteur, de la considération ?

Moon River de Fabcaro

Médicament & Bonbon

Attendu que l’époque est plus que morose. Attendu que le nouveau monde promis en mars 2020 pendant le premier confinement n’est jamais arrivé. Et attendu que j’ai comme l’impression que les gens sont encore plus stupides-égoïstes-agressifs qu’avant la pandémie, je me réfugie vers des valeurs sûres. Des œuvres salutaires comme la dernière bande dessinée de Fabcaro : Moon River, publié en septembre 2021 aux éditions Six Pieds Sous Terre.

Moon River de Fabcaro Chronique d'une BD drole et intelligente

Comme à son habitude, Fabcaro nous embarque dans son monde absurde riche en dérision. Après notre société de consommation contemporaine dans Zaï Zaï Zaï Zaï, les réunions de famille dans Formica, c’est le Hollywood des années 50 qui en prend pour son grade dans Moon River. Via une enquête policière – en atteste l’empreinte digitale sur la couverture. Il est question d’une actrice en vogue, Betty Pennyway, victime d’un crime abominable : pendant la nuit, quelqu’un s’est introduit chez elle pour lui dessiner une bite sur la joue ! On suit donc au fil des 80 pages la délicate enquête de l’inspecteur Hernie Baxter…

Absurdes fiction & réalité

Au cœur de cette enquête palpitante et hilarante dessinée de son trait esquisse axé uniquement sur les personnages en bichromie, on savoure aussi des pages en couleurs pour les scènes du western que sont en train de tourner les acteurs. Et comme à son habitude, à la fiction se mêlent des scènes de vie de l’auteur au moment où il réalise la BD. Telle l’incrédulité de son entourage quand ils découvrent les premières pages de la BD qui tourne autour d’une actrice des années 50 qui a une bite dessinée sur la joue. Mais aussi sa souffrance et les divers traitements de sa hernie, et là vous comprenez mieux le nom de l’inspecteur Hernie Baxter.

Fabcaro se moque gentiment des gens qui se prennent trop au sérieux ou qui manque de cohérence, de consistance. Ici l’industrie du cinéma, la presse people, le monde de la pub, les polars. Il ne manque pas de d’écorcher lui-même… Auteur-dessinateur, parfois en mal d’inspiration, victime d’une hernie discale et néorural se faisant malmener par l’agricultrice qui lui vent du foin. Ne vous méprenez pas, on n’est pas dans le burlesque ou l’humour façon Fluide Glacial. Ici, le trait est sérieux, le langage soutenu. L’irrévérencieux apparait au détour d’un gros mot qui surgit d’une phrase ampoulée, d’une expression en verlan, ou d’une idée incongrue. Dans ce joyeux bazar, Fabcaro maitrise l’art du du contre-pied. Il se moque, de lui, de nous, du passé, du présent. C’est drôle, je ris à chaque page. Mais que je l’aime !

Prisme du détournement

Depuis la Bredoute, détournement du catalogue de La Redoute en 2007 chez Six Pieds Sous Terre, c’est devenu sa pâte. Ce prisme du détournement de petites choses façon Monty Phyton se retrouvent dans toutes ses œuvres. Alors on pourrait s’en lasser, débusquer les ficelles mais pas du tout. Fabcaro ne s’essouffle pas. C’est toujours aussi surprenant et hilarant à la lecture. En tout cas sur moi ça fonctionne toujours aussi bien ! Même Télérama aime !

Ce bijou du génie de l’absurde est parfaitement mis en valeur dans l’édition de Six Pieds Sous Terre. Couverture noire cartonnée gaufrée avec la typo du titre en argent. Et une empreinte de doigt. J’aime les livres en tant qu’objet donc ça compte. J’avais précommandé la BD cet été dès l’annonce de sa sortie à ma librairie préférée. Je suis allée la chercher le jour de la sortie comme une urgence. Mais je ne l’ai pas lue tout de suite. Comme un bon gâteau que l’on attend avant de déguster.

Moon River de Fabcaro chronique BD

Remède à notre fichu monde

Dès le premier jour de sa sortie, des critiques dithyrambiques de libraires et de lecteurs ont été postées sur les réseaux sociaux. Cela m’a encore plus donné envie de prendre mon temps pour le savourer. Un arrêt maladie en novembre a représenté l’occasion parfaite. De bien m’installer, de l’ouvrir et de savourer chaque case, chaque dessin, chaque réplique. Un vrai plaisir de lecture. Avec Moon River, Fabcaro m’a fait rire, m’a détendue. Et comme souvent avec ses livres, je me suis sentie moins seule dans ce monde un peu con. Tout en proposant une autre lecture de celui-ci. Donc si je résume : Moon River est hilarant, rassurant et intelligent. Bravo et merci Mr Fabcaro !

Moon River, de Fabcaro, Éditions Six Pieds Sous Terre , 16€