Cake aux agrumes

Recette pour gourmands pressés

Je suis une écolo-gourmande-pressée. Traduction ? J’aime savourer des plats et desserts faits maison mais je n’ai pas toujours le temps de cuisiner. Or je viens de trouver une recette qui répond parfaitement à ces contraintes : le cake aux agrumes ! Seulement quelques ingrédients, on mixe le tout et hop au four… Trop facile ! Je partage.

J’ai découvert ce gâteau à l’orange sur le compte Instagram d’une Américaine. La recette était donc en anglais. Mais surtout avec les unités de mesures américaines… Et dans un reel – une vidéo courte. J’ai donc fait une capture d’écran, convertit les poids et je me suis lancée. Le principe est de mixer les ingrédients dont l’orange avec la peau dans un robot puis de cuire au four le mélange. C’était très rapide et très bon. Puis quelques jours après, j’ai découvert une recette similaire en français sur le très joli compte de Marie Chioca. Une recette qu’elle partage sur son blog Saines Gourmandises. Cette fois, c’était avec des clémentines et cuit dans un plat à cake. J’ai donc réédité avec ces mesures, un moule à cake et c’était parfait !

cake agrumes recette express et facile

J’étais dubitative de l’utilisation des agrumes avec la peau. Finalement, cela revient à réaliser un gâteau avec le jus de l’agrume et des zestes. Mais sans perdre le temps de presser et zester le fruit ! Le cake a bien le gout du fruit et n’est pas sec. Une recette idéale pour satisfaire une envie sucrée fait-maison avec de bons ingrédients en 45 minutes ! Temps de cuisson compris. La recette de Marie Chioca est réalisée avec des clémentines ou mandarines. Mais forte de mon expérience « américaine », elle peut se décliner avec tous les agrumes selon votre goût ou les fruits disponibles chez vous ! Oranges, citrons, mandarines, clémentines…

Les ingrédients du cake agrumes

  • 180 à 200 d’agrumes : 1 orange ou 2 citrons ou quelques clémentines. Privilégiez les variétés à la peau fine, bio ou avec le moins de traitement possible.
  • 100 g d’huile. Marie Chioca conseille l’huile d’olive mais j’avais peur de son goût prononcé dans un gâteau, j’ai donc remplacé une fois par de l’huile de tournesol. Puis une autre fois par un mélange huile d’olive et tournesol. Vous pouvez aussi remplacer par de l’huile de pépin de raison ou encore la même quantité de beurre fondu.
  • 180 g de farine semi-complète de petit épeautre ou de blé. Que vous pouvez remplacer par de la farine de blé plus blanche type 55 ou 65 (mais avec moins de nutriments car sans l’amande du grain et une partie du son). J’utilise de la farine de blé T80, semi-complète.
  • 90 g de sucre
  • 1 sachet de poudre à lever que je remplace par une cuillère à soupe rase de bicarbonate alimentaire. Aparté : j’ai acheté 100 g de bicarbonate alimentaire en vrac il y a 2 ans pour quelques euros. J’en ai encore. Incomparable avec le prix de la levure chimique vendu en sachet !
  • 3 œufs
  • 1 pincée de fleur de sel
les ingrédients du cake agrumes

La recette du cake agrumes

Pour les agrumes, fruits bio ou pas, prenez soin de les laver avec un petite brosse. Coupez les en 4 en prenant soin d’enlever avant les extrémités. Voire les pépins s’il y en a. Mixer tous les ingrédients dans un blender ou mixeur.

mélange au robot des ingrédients du cake agrumes

Transvaser ce mélange dans un plat à gâteau ou à cake beurré ou huilé. Faire cuire à 180 °C pendant 35 à 45 minutes selon votre four. C’est prêt ! Aussi simple que ça !

J’avais réalisé la première recette américaine dans un plat à manqué puis la seconde française dans un plat à cake. Je préfère en format cake. J’aime la croute du gâteau et je trouve que c’est plus simple à couper, partager. Mais les 2 sont possibles.

Le robot ou mixeur

[Aparté obsolescence programmée]
J’ai eu un robot moderne acheté dans une enseigne discount, il a duré 3 ans. Batteur, mélangeur en utilisation intensive pour le pain, les pâtisseries. Durée de vie : 3 ans ! Parallèlement, j’utilisais pour râper carottes, fromages, viande un « vieux » robot qui appartenait à mes parents. Le Moulinex Masterchef 47. Depuis la disparition prématurée du moderne, j’ai appris à utiliser toutes les fonctions du papy : il râpe, taille, mélange, hache, émulsionne, monte chantilly, blanc en neige et mixe. L’ancêtre du robot de cuisine dont le plastique a légèrement jauni. Mais qui fonctionne toujours parfaitement !

robot moulinex masterchef 47 pour mixer les ingrédients du cake aux agrumes

Variantes du cake agrumes

  • Avec des épices : 4 épices, cannelle…
  • Plus moelleux et plus parfumé : à la sortie du four, versez le jus d’une demi orange, une clémentine ou un citron. Laissez imbiber pendant le refroidissement.
  • Remplacer la moitié de l’huile et du sucre par 50 g de beurre d’arachides, amandes, noisettes, noix de cajou ou cacahuètes ! Soit 2 grosses cuillères à soupe environ. J’ai eu la chance de recevoir en cadeau un pot de beurre de cacahuètes de la ferme Darrigade, producteur landais de cacahuètes. En pâte à tartiner, son goût est trop sucré pour moi. Composé de cacahuètes de Soustons, sucre de canne, beurre de cacao, huile de noix de coco et de sel, il représente une bonne alternative au sucre et à la matière grasse en cuisine. Et surtout en pâtisserie. Je l’ai testé dans des muffins banane-chocolat et avec ce cake. Oui il est gras donc contient beaucoup de calories. Mais il reste intéressant car il est riche en fibres et en protéines végétales ce qui n’est pas le cas de l’huile ou du sucre ! Il joue donc parfaitement le rôle de substitut partiel tout en apportant des éléments nutritifs. Et un léger goût de cacahuètes !
  • Avec des pépites de chocolat pour la version à l’orange ou aux clémentines… Ou napper d’un glaçage en chocolat. Je ne peux pas m’en empêcher… Variante à fins médicales évidemment, pour l’apport en magnésium…
cake agrumes recette express et très facile
Le cake agrumes express, parfait au petit-déjeuner, goûter, pour accompagner un thé ou une tisane !

Hej herr ikea*

Ou comment j’ai commencé l’année en montant tes meubles

*Bonjour monsieur Ikea. La nouvelle année à peine démarrée, j’ai déboulé chez toi le 2 janvier 2024. Pourtant, j’ai essayé de résister, de trouver une alternative à tes meubles en kit neufs. Mais j’ai échoué… Entre culpabilité d’achat et satisfaction d’avoir réussi à les monter malgré le le mode d’emploi succinct, je souhaitais te faire part de mon expérience. Afin d’améliorer la qualité de tes services évidemment et œuvrer pour le bien commun. Évidemment.

montage meuble ikea micke experience
Spoiler alert : j’ai réussi !

Notre histoire

Lorsque tu es arrivé en France en 1981, en région parisienne, j’avais 7 ans. Après des années de tendance rustique, notre pays a découvert la décoration d’intérieur avec toi et à prix accessible. Souvent, tu as représenté notre sortie du dimanche. J’ai grandi avec toi. Ado, toute ma chambre était meublée et décorée Ikea. Jeune adulte, tu as dominé l’intérieur de mon premier appartement. J’ai poursuivi ce rituel d’aller te rendre visite pour me changer les idées. Et signe que tu faisais bien ton travail, je repartais avec de nouveaux objets inutiles, délestée de 200 ou 300 francs… Une autre époque. Triste époque.

Puis j’ai eu des enfants, déménagé en province où tu n’existais pas. J’ai découvert les brocantes, l’achat de seconde-main. Parallèlement, ma maternité a développé une conscience écologique. Moins consommer, mieux consommer. Histoire de laisser à mes enfants une planète pas complètement fichue. J’ai donc totalement arrêté de te fréquenter. Sans souffrir de cette rupture. Pire, lorsque tu as ouvert un magasin à Bayonne en 2015, je ne voyais pas l’intérêt. J’y suis allé seulement une fois pour un tapis. Car, oui lorsque j’ai besoin d’un meuble ou que les enfants ont envie de changer de déco, j’achète tout d’occasion : meubles, lampes, tapis, cadres. Des achats qui nécessitent de la patience, des recherches, des réflexions. Et qui confèrent indéniablement une âme à notre intérieur. Bien loin de l’achat compulsif de meubles uniformes que l’on peut vivre chez toi.

Tes casseroles

Depuis mon changement de mode de consommation, les casseroles que tu traines – tout géant suédois que tu es – n’ont fait que renforcer notre rupture : la part d’ombre du père fondateur, sympathisant nazi et évadé fiscal, la condamnation de ta filiale française pour espionnage de ses employés ou encore la violation d’obligation d’information sur l’origine du bois que tu utilises, voire les soupçons d’abattage illégal de bois… Nous n’avons décidément pas les mêmes valeurs !

Nos retrouvailles

Fin 2023, ma fille Violette a souhaité troqué sa chambre de petite fille contre un modèle ado. J’allais lui proposer d’aller dans une brocante, chercher en ligne un nouveau bureau en seconde main. Mais non. Horreur. Elle avait repéré ton bureau Micke et ses modules de rangement… Désireuse de rester fidèles à mes principes, j’ai cherché ce fichu bureau en occasion sur Internet. Et je l’ai trouvé, plusieurs fois. Vendu en moyenne 30% moins cher par rapport au neuf. Avec des rayures, des éclats… Et une foule d’autocollants Panini ou Bella Sara sur le plateau. 70 € au lieu de 100 avec des heures de travail derrière et sans certitude d’obtenir un meuble décent… Les gens ? Sérieusement ?

Comme souvent depuis que je suis maman, ma conscience écologique a lutté contre mon envie de faire plaisir à ma fille. J’ai par exemple cousu pendant plusieurs années des « costumes » à mes enfants pour ne pas acheter des déguisements en matière synthétique made in China. Puis j’ai accompagné un jour l’un d’eux à un Mardi gras de l’école. J’ai réalisé combien mes créations les rendaient ridicules (j’ai oublié de préciser que je n’étais pas couturière…). Et qu’ils étaient – par mon extrémisme écologique – l’objet de moqueries qu’ils avaient tues pour ne pas me blesser. J’ai foncé acheter costumes synthétiques de princesse et pirate…

Ikea en 2024

Dans le cas qui nous intéresse, mon instinct maternel, boosté par la promesse de ma fille que sa chambre allait être rangée, a fini par me faire craquer. Le 2 janvier, je suis allé chez toi, chercher notre nouveau copain Micke avec son petit frère, un caisson à tiroir, ainsi qu’un tapis. Tiraillée par la culpabilité, j’avoue n’avoir pris aucun plaisir à parcourir tes allées. J’ai été surprise de constater que de nombreux objets étaient vendus à des prix supérieurs à ce que l’on peut trouver en seconde main. Le rayon occasion en fin de magasin n’a pas évolué depuis 20 ans. C’est un vrai bazar où l’on ne trouve rien. Et les prix sont beaucoup trop chers par rapport à l’état des objets…

Je me suis donc contentée d’acheter ce que j’avais prévu, sans craquer pour du superflu ou de l’inutile. Avec beaucoup de culpabilité. Mélangée à la fierté de réaliser que je ne faisais vraiment plus partie du même monde que toi. Sentiment accentué à la caisse où l’on doit absolument passer en paiement libre-service lorsque l’on paye par carte… Réduire les coûts de tout pour faire plus de marge ?

À la maison, j’ai apaisé cette culpabilité en allant porter à la déchetterie un semainier – meuble haut de plusieurs tiroirs – acheté en 1990 chez toi par mes parents pour ma chambre. En 34 ans, il a été repeint 4 fois, déménagé 6 fois et a meublé ma chambre puis celles de mes enfants. Je l’ai jeté car les tiroirs, les côtés ne tenaient plus. Mais ces 34 ans de bons et loyaux services ont atténué mon impression négative à propos de tes meubles en série.

Le montage

Maman solo, pas vraiment bricoleuse, j’angoissais à propos du montage. J’ai donc endossé mon rôle de bonne élève, ouvert le carton et commencé la lecture de la notice de montage. Et quelle surprise de constater que la première indication était de ne pas être seule pour le montage. Monsieur Ikea, sérieusement ? En 2024 ? Une étude Insee de 2020 indique qu’en France, une famille sur 4 est monoparentale ! Et quid des étudiants ? Alors oui, nous avons des amis, merci ! Mais comme nous sommes de vrais amis, nous ne leur demandons pas de venir nous aider à monter un meuble le dimanche !

montage bureau ikea experience
Preuve que je suis bien entourée, j’ai obtenu du renfort pour le montage du meuble Ikea…

Seule et rebelle, forte et confiante, je poursuis donc la lecture de la notice. Notice internationale car sans un mot – il n’y a pas de petites économies, hein, monsieur Ikea. Des économies de papier, c’est très bien. Mais des économies de traduction aussi. Je ne suis pas convaincue que ce parti-pris soit motivé par la seule protection de l’environnement. Des notices digitales pourraient exister dans plusieurs langues… Bref.

Sexiste et simpliste

Et je découvre que la personne qui indique les étapes est un homme. Un croquis simpliste certes mais clairement un homme. Ok. Donc je pars vraiment mal. Je ne suis pas accompagnée et je suis une femme. Désolée monsieur Ikea de ne pas rentrer dans ton modèle d’acheteur-type… En 2019, une plainte avait été déposée contre toi en Israël, pour discrimination sexuelle, faute de la présence de femmes dans ton catalogue. Depuis, elles sont revenues, tout comme des hommes en cuisine, c’est bien. Manque plus qu’une figure féminine pour faire le montage et tu seras dans l’ère du temps.

notice ikea pas claire et pas inclusive experience
Notice pas inclusive et pas claire

Des dessins seulement donc pour expliquer les étapes. On pourrait croire que ces croquis simplistes ont le mérite d’aller à l’essentiel pour une débutante comme moi. Comment te dire… Non ! Les notices ne sont pas claires. Nous ne sommes pas tous menuisier ou ébéniste. Le dessin qui fait l’inventaire des vis est trop approximatif. J’ai fini par comprendre qui était qui en procédant pas élimination… Idem pour les dessins des étapes. L’indication de chaque visserie à utiliser est minuscule. Il a fallu à chaque fois que je parcours la notice en entier pour être certaine d’utiliser les bonnes… Idem pour les planches à prendre et dans quel sens. Les détails de chacune sont minuscules. Il faut être plus qu’attentif pour ne pas se tromper…

notice ikea minimmaliste
Truc et Astuce pour savoir quelle vis à insérer dans quel trou de quelle planche : bien nettoyer ses lunettes et plisser les yeux bien fort.

Tout est bien qui finit bien

J’ai donc réfléchi, transpiré, vissé, parfois dévissé (au sens propre et figuré). Mais j’ai réussi à venir à bout des 2 frangins Micke ! Seule, sans homme. Et avec ta notice très limitée. Une expérience forte en émotions. Et qui je l’espère se poursuivra avec les déménagements, peintures et autres évolutions de ces 2 meubles de ma fille pendant au moins une trentaine d’années. Et pendant ces années à venir monsieur Ikea, pour ne pas me perdre définitivement, je ne saurai trop que de te conseiller de :

  • développer correctement le réseau de seconde main de ton mobilier : les meubles et accessoires défectueux des magasins mais aussi ceux que les clients souhaitent revendre (remise en état, côte et vente)
  • ne pas oublier les femmes dans tes catalogues et notices
  • mettre un peu plus d’humanité dans ta gestion des ressources humaines et des clients : tes employés ne respirent pas la joie de travailler et les caisses libre-service, non, ne sont pas un progrès social.

Réduire ton impact sur l’environnement, assurer équité et égalité… Ces valeurs sont bien indiquées sur ton site mais les polémiques de ces dernières années et mon expérience en janvier démontrent que tu peux faire mieux encore. Je compte sur toi monsieur Ikea. Gott nytt år!*

*Allez, bonne année !

Lisière fantôme de Jérôme Lafargue

roman inventif et réjouissant

Les vacances de fin d’année et la période de Noël arrivant bientôt, j’en profite pour partager un coup de cœur littéraire : Lisière fantôme, le 6ème roman de Jérôme Lafargue sorti en mars au Éditions Quidam. Une lecture réjouissante à s’offrir ou à offrir. Une lecture qui me fait sortir de mon silence depuis presque un an ici. La faute à une vie intense. Mais surtout à une légère saturation informatique. J’utilise beaucoup cet outil dans mon travail. Et ces derniers mois, j’ai préféré passer mon temps libre limité en extérieur avec le poilu ! Mais l’écriture me manque. Un exemple de dissonance cognitive ? Certainement ! Mais là n’est pas le sujet aujourd’hui. Je me note de vous en reparler.

Revenons donc à notre fantôme. Celui de Jérôme Lafargue dans son dernier roman. Direction la province, à Horcaviot, une ville qui n’existe pas mais semble être en Gascogne. Le héros Augustin Loeyna exerce un métier un peu particulier, il recherche et écrit pour les autres, des ministères, des sociétés, des enseignants. Il recherche et compile des informations, rédige des rapports. Une activité qui requiert une certaine rigueur. Un métier tout à fait adéquat pour cette âme solitaire, qui travaille dans le silence des bibliothèques et a pour compagnon de vie un chat. Une vie provinciale bien tranquille qui se trouve chamboulée par un événement étrange qui le mène sur la piste d’une bergère du XIIème siècle.

Roman historique, fantastique et contemporain

Voilà pour le point de départ de ce roman pluriel. Fiction historique, récit fantastique, enquête, roman de mœurs, histoire d’amour, Lisière fantôme est tout cela à la fois ! Dans cette aventure historique et contemporaine, l’auteur nous emmène entre Gascogne et Landes, dans une cité balnéaire imaginaire là encore. Au fil des chapitres, on y croise une foule de personnages hétéroclites, un universitaire, une surfeuse, des bibliothécaires, des bandits, des personnages historiques, une libraire… Ils ne viennent pas des mêmes sphères sociales ni des mêmes siècles. Pourtant, leur destin convergent dans cette histoire palpitante menée de main de maître par Jérôme Lafargue. Les protagonistes sont à la fois originaux et crédibles. Loin d’être parfaits mais tous très attachants sans pour autant sembler convenus ou lisses.

À travers les aventures de son anti-héros légèrement bourru et impulsif, solitaire, hors du temps, l’auteur mêle la petite histoire et la grande, en abordant des thèmes comme le déterminisme social, les secrets de famille ou encore les croyances. Esprits cartésiens et ésotériques s’y retrouveront dans cette fiction à plusieurs tiroirs construite magistralement. Tout se déroule naturellement, les nombreux personnages, les rebondissements, les atmosphères et les références se tiennent, s’enchainent, se répondent. Jérôme Lafargue signe un livre qui s’inscrit indéniablement dans une littérature de haut vol. Celle qui séduit, divertit et fait réfléchir. Par l’originalité de son histoire et les univers qu’elle convoque. Par son style aussi, une langue fluide et moderne qui ne s’encombre pas de superflu. Les lecteurs exigeants tout comme les lecteurs du dimanche apprécierons.

Littérature intelligente et divertissante

Lisière fantôme, c’est à la fois Da Vinci Code, les amours de Anna Gavalda et les polars du Poulpe. Une littérature inventive et réjouissante, loin des œuvres d’écrivains autocentrés de Saint-Germain-des-Prés ! Je vous préviens, quand vous l’aurez commencé, vous ne pourrez plus le lâcher ! Le romancier tient son lecteur et le mobilise pleinement : lorsque l’on lit Lisière fantôme, on réfléchit, on se passionne, on sourit, on tremble et on trépigne !

Jérôme Lafargue, né dans les Landes, a signé plus d’une dizaine de titres. Dont L’Ami Butler – Prix Initiales 2007, Prix ENS Cachan 2008, Prix des lycéens 2008 Fondation Prince Pierre de Monaco. Ses titres qui brouillent les pistes et les codes de la littérature, sont régulièrement salués par la critique. Parallèlement à sa carrière d’écrivain, il est sociologue, maître de conférences en Sciences politiques à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour. Il a publié de nombreux articles et travaux, notamment sur le domaine du surf.

Quidam éditeur depuis 20 ans

Son œuvre de romancier est pour la plupart édité chez Quidam éditeur, une maison fondée par Pascal Arnaud en région parisienne en 2002 et qui se consacre à la littérature contemporaine, française et étrangère. Éditeur indépendant, il publie peu mais bien – le catalogue compte 183 titres. Des textes rigoureusement choisi qu’il va chercher : j’ai lu que seulement 10 % du catalogue étaient des textes reçus par la poste. Pour les reconnaître en librairie, un indice : le logo de la maison d’édition est un des personnages d’une BD de Mœbius offert par le dessinateur à l’éditeur. Quidam a fêté ses 20 ans l’an dernier et a pour l’occasion lancé Les nomades, sa propre collection de poches. Un moyen de redonner vie au catalogue de fond de la maison, d’éditer des titres anciens qui n’ont pas eu une diffusion méritée au moment de leurs sortie. Mais aussi de publier à nouveau des livres indisponibles.

À lire aussi : L’ami Butler

À l’occasion de la sortie de Lisière fantôme, Quidam éditeur a publié dans cette collection de poche L’ami Butler le premier roman de Jérôme Lafargue. Un premier roman qualifié par Télérama au moment de sa sortie de « virtuose, vertigineux, démoniaque ». L’ami Butler, que je vous recommande aussi. Génial d’inventivité, de réflexions, d’humanité. Un roman époustouflant, première pierre de son œuvre poétique, insolite et réjouissante dans le paysage littéraire français. Une œuvre qu’il a su construire tout en se renouvelant. La preuve avec Lisière fantôme, son dernier roman !

Lisière fantôme, de Jérôme Lafargue, collection Made In Europe, Quidam Éditeur, 212 pages – 20 €
L’ami Butler, collection Les Nomades, Quidam Éditeur, 228 pages – 9 €

 

Too Good To Go

J’ai adopté l’Appli anti-gaspi alimentaire

À défaut de pouvoir sauver le monde d’ultra-consommation dans lequel nous évoluons, je poursuis humblement mon cheminement vers une vie plus censée et modeste. J’utilise depuis quelques mois l’application Too Good To go ! Lancée en 2016 par une jeune Scandinave, elle permet aux commerçants de mettre en vente leurs invendus du jour et aux consommateurs de les acheter à moindre coût. Des produits alimentaires principalement. Je l’avais téléchargée au moment de son lancement mais pas utilisée car le nombre de commerçants participants dans mon coin du Sud des Landes n’étaient pas très conséquents. J’avais fini par la désinstaller.

Aujourd’hui, je suis toujours dans le Sud des Landes mais dans une commune plus importante. Et l’appli, après quelques années, a conquis plus de commerçants. Je l’ai donc réinstallée et cette fois, je l’utilise !

panier too good to go boulangerie snacking
L’un des derniers paniers Too Goog To Go réservé en boulangerie !

Le fonctionnement de Too Good To Go

Le principe est simple : après avoir créé votre compte, il suffit de géolocaliser les commerçants qui proposent leurs invendus du jour. En général, le panier anti-gaspi d’une valeur de 12 € est vendu 3,99 €. Le contenu est surprise en fonction des invendus du jour. L’appli précise l’adresse du commerçant, le nombre de kilomètres qui vous sépare et les heures de récupération du panier. Si tout vous convient, vous payez en ligne. Pendant la tranche horaire indiquée, vous allez récupérer votre panier en montrant votre réservation sur votre téléphone. Vous pouvez ensuite noter le commerçant sur la valeur et la qualité des produits, l’accueil, etc.

J’ai toujours été une adepte des rayons promos alimentaires dans les épiceries ou supermarchés. D’abord parce que cela permet de faire des économies. Mais surtout parce que je ne supporte pas le gâchis. Étudiante, j’ai travaillé dans un supermarché. Le dérèglement climatique et la protection de l’environnement n’étaient pas encore des sujets d’actualité. Pourtant, déjà à l’époque, j’ai été traumatisée par les kilos quotidiens d’aliments jetés à la poubelle dans ce supermarché !

Quand j’achète un aliment le jour de sa date de péremption, j’ai l’impression de faire ma part. Too Good To Go représente un outil parfait pour moi ! L’application fonctionne très bien. C’est très simple : réserver un panier prends quelques secondes. Tout comme la récupération puisque tout est payé ! Les commerçants qui se débarrassent jouent bien le jeu et les paniers sont toujours bien garnis, voire dépassent la valeur initiale de 12 €.

Exemples de paniers to good to go

J’ai une épicerie bio à quelques mètres de chez moi qui est inscrite sur l’appli. Je peux donc acheter des produits bio 4 € au lieu de 12 € et aller les chercher à pied en passant par la forêt avec le poilu sans polluer la planète. Anti-gaspi + économies + promenade + déplacement doux + surprise du panier = immense source de satisfaction pour l’extrémiste que je suis. L’un des derniers paniers de cette épicerie comprenaient : 1 salade, 1 kilo de tomates (les dernières de la saison), 1 betterave crue, 500 g de champignons de Paris, 1 oignon, 1 banane, 4 yaourts au lait de brebis. Pour 3,99 € !

Autre exemple dans une épicerie de centre-ville : 1 sachet de mâche, 1 paquet de gâteaux secs au chocolat et bio, 4 tranches de jambon blanc, 1 magret de canard, 1 paquet de muffins, 1 édam au cumin.
Une autre fois : 1 pot de rillettes de poulet rôti, 2 sachets de mâche et roquette, 4 petits pot de crème café, 1 gros pot de fromage blanc, 1 fromage de brebis, 1 pot de Houmous, 1 sachet de pain de mie.
À chaque fois, 3,99 € pour au moins 12 € de valeur !

Mon dernier achat Too Good To Go en boulangerie cette semaine : 2 salades composées, 2 wraps et 2 donuts. Ce jour-là, j’étais sans enfant et le frigo vide. J’ai donc payé 3,99 € pour 2 repas équilibrés et savoureux. J’adooore !

Les avantages de Too Good To Go

  • Participer à la protection de l’environnement en évitant le gâchis alimentaire. L’appli précise que « chaque repas sauvé permet d’économiser 2,5 kg de CO2. Autant que de charger votre smartphone 422 fois ! »
  • Économiser de l’argent : 70 % en moyenne sur un panier. Autant vous dire que pour une maman solo de 3 enfants, c’est un argument non-négligeable. Toutes les fois, les paniers étaient bien garnis.
  • Mettre de la fantaisie dans son quotidien. Je sais que le fait que le panier soit surprise ne convient pas à tout le monde. Moi j’adore ! J’aime cuisiner mais trouver des idées de repas représente un casse-tête chinois presque quotidien. Inévitablement, j’ai tendance à tourner en rond avec les mêmes ingrédients, les mêmes recettes. Avec ce panier surprise, je m’adapte et improvise de nouvelles recettes. En plus, certains produits sont de marques que j’achète rarement. Cela permet de faire des découvertes, de tester. À chaque panier, j’ai le sentiment que l’on devient des super-héros – on a sauvé des aliments de la poubelle. Mais aussi des aventuriers culinaires ! J’ai découvert par exemple que je n’aimais vraiment pas les yaourts au lait de soja mais qu’avec la confiture maison de framboise de ma copine Sophie, ils étaient très bons !
exemple panier boulangerie appli too good to go
Un autre exemple de panier boulangerie : 2 pains bagnat, des chouquettes et une excellente tarte amandes-abricots-raisins pour 4 à 6 personnes… Le tout pour 3,99 € !

Les inconvénients de Too Good To Go

  • La composition surprise : certaines personnes aiment consommer uniquement les produits qu’ils connaissent. J’ai recommandé l’appli à mon fils étudiant à Bordeaux mais ce n’est pas un aventurier du goût. Ce petit papy de 21 ans aime savoir ce qu’il achète, acheter toujours les mêmes produits et les mêmes marques.
  • La fraîcheur des aliments : pour les produits d’épicerie, la date de péremption est en général celle du jour donc rien de grave, vous pouvez les consommez quelques jours après. Pour les aliments frais, il faut parfois les consommer le jour même. Je pense aux légumes parfois défraichis. Pour la viande, il est toujours possible de la congeler mais il faut avoir un congélateur.
  • Le type d’aliments : quelques fois, le panier comporte un aliment de base pour faire un repas (une viande, des légumes). Mais il arrive qu’il contiennent plus des produits « snacking ». Cela ne dérangera pas les plus jeunes qui vivent seul ou les gens qui aiment manger sur le pouce. Mais si, vous souhaitez préparer un repas, ne comptez pas uniquement sur le panier Too Good To Go ! Selon le commerçant et le panier du jour, c’est parfois seulement un complément.

Éviter le gâchis mais ne pas surconsommer

Certains restaurateurs proposent des plats. Mais je n’ai pas encore testé. J’ai même aperçu une vente d’une serre avec des plantes soldés. Je n’en avais pas besoin donc je n’ai rien acheté. Cela peut devenir le risque avec cette appli. Les prix sont très attractifs. On pourrait être tenté d’acheter sans en avoir vraiment besoin. Il faut alors se rappeler pourquoi on l’utilise : éviter le gâchis ! Et privilégier son utilisation les jours de frigo vide. Comme je n’aime pas jeter, je ne fais jamais de plein de courses. Donc le frigo est souvent vide… Définitivement, des clients parfaits pour Too Good To Go 😉

Fraude qui peut ! de Sébastien Girard

BD sur Bloom face aux industriels de la pêche électrique

Ma recommandation de lecture aujourd’hui s’adresse aux lecteurs de bandes dessinées. Ainsi qu’à tous ceux qui ne sont pas des adeptes du 9ème art mais concernés par la protection de l’environnement et à ce qu’ils mettent dans leur assiette. Il s’agit de Fraude qui peut !, une BD de Sébastien Girard, sortie le mois dernier chez Delachaux et Niestlé. Et sous-titrée : Bloom face aux industriels de la pêche électrique.

fraude qui peut bd sur bloom

Je suis le combat de l’association Bloom depuis de nombreuses années. Association fondée en 2005 par Claire Nouvian et qui œuvre pour la protection des écosystèmes marins. De mémoire, je m’intéresse à cette association depuis son combat contre la pêche en chalut et en eaux profondes. Bataille qu’ils ont remporté avec une interdiction de l’Union européenne.

Depuis, l’ONG poursuit un autre combat : celui de la pêche électrique. Bien que je sois attentive à ce dossier, je n’étais pas certaine de tout comprendre tant les lobbies sont experts dans l’art de contourner les lois… Et tant la législation est à la fois complexe et pas très claire. En découvrant cette bande dessinée en librairie, je me suis tout de suite dit que c’était une excellente occasion d’y voir plus clair. Et je n’ai pas été déçue !

L’histoire d’un combat pour le vivant

La pêche électrique est une méthode de pêche en chalut qui utilise de « gros filets » équipés d’électrodes. Le champ électrique généré fait décoller les poissons du fond marin pour les attraper avec le filet… Dans cet ouvrage, Sébastien Girard raconte en textes et en images le combat titanesque du pot de terre contre le pot de fer. À savoir le dossier de la pêche électrique défendu par cette petite ONG contre un puissant groupe d’industriels. À travers la voix du calamar cochonnet, symbole de Bloom. On comprend parfaitement comment ce combat est né au sein de l’association. ONG pourtant épuisée après des années de lutte au sujet du chalutage en eaux profondes.

La pêche électrique, une méthode de pêche très destructrice mais évidemment très efficace et rentable, est interdite par la loi. Mais les industriels de cette pêche se sont armés d’une armée de lobbyistes qui travaillent sans cesse à obtenir des dérogations à cette loi. La BD relate comment ces derniers mènent une intense activité au sein de la Commission européenne et auprès des politiques des pays concernés. Tel un reporter, Sébastien Girard expose, après avoir suivi l’équipe de Bloom, comment ces quelques personnes seulement, menée par Laetitia Bisiaux, chargée de projet sur la pêche électrique, font face à ces manœuvres pas toujours légales pour tenter de faire respecter la loi.

Le pot de terre contre le pot de fer car l’équipe de Bloom est évidement bien moins nombreuses que les armées de lobbyistes… Et que l’association dispose aussi de bien moindres moyens financiers que les industriels de la pêche. C’est vrai que derrière toutes les actions de communication de Bloom, toujours bien pensées et écrites, on pourrait penser que c’est une ONG gigantesque composée d’une centaine de personnes engagées à travers le monde. Et bien pas du tout… Et le livre a le mérite de resituer ce contexte aussi.

Violation de la loi en toute impunité

Fraude qui peut ! représente aussi une bande dessinée indispensable pour comprendre les rouages politico-industriels impitoyables en faveur du seul profit et au détriment de la vie marine. Malgré la complexité de ce dossier, l’auteur et dessinateur restitue parfaitement ce combat de manière pédagogique. Les dessins sont simples et parlants. Comme pour démontrer la multiplication des flottes de bateaux de pêche électriques largement supérieures à ce qu’autorise la loi. La bande dessinée est bavarde car les lois, les chiffres, les infos sont nombreuses. Mais l’auteur a su synthétiser l’essentiel pour rendre ce dossier digeste.

Surtout dans le texte comme dans le dessin, il ne manque pas d’humour pour traiter l’absurdité de la réalité : le contournement pur et simple de la loi, les manigances honteuses des industriels, les blocages et lenteurs de l’administration, des États ou de l’Union européenne. Les faits relatés démontrent que les hors la loi parviennent à leurs fins avec la complicité des Pays Bas et le mutisme de la Commission européenne. C’est vrai qu’il vaut mieux en rire que d’en pleurer ! Mais les raisons de pleurer sont nombreuses…

Un scénariste et dessinateur engagé

Raconter ce combat de Bloom en BD est une excellente idée. Cela permettra indéniablement de sensibiliser un public plus large à la protection de la vie sous-marine. Et de mettre en lumière l’action de cette formidable association Bloom tout comme les pratiques dégoutantes des industriels. Une BD qui éveille pour que nous puissions ensuite exercer notre pouvoir de citoyen en votant aux élections – y compris les européennes… Tout comme notre pouvoir de consommateur en vérifiant les méthodes de pêche des poissons sur l’étal. Afin de boycotter ces malheureuses victimes de la pêche électrique…

Enquêter, relayer des dysfonctionnements de notre société en roman graphique, c’est la pâte de Sébastien Girard. Il avait déjà signé Chronique d’un kidnapping aux Éditions Félès en 2021. Une BD sur l’enlèvement d’une petite fille à sa famille par le système judiciaire français. Avec ce livre réalisé après un an d’analyse des témoignages et des rapports, il tentait de comprendre comment un tel drame avait pû arriver. Dans ces 2 ouvrages, le scénariste et dessinateur ne prend pas parti. Il se contente d’exposer les faits. Et dans Fraude qui peut, ce sont bien ces données factuelles seules qui se révèlent à chargent contre les industriels, les Pays Bas et la Commission européenne…

Cette bande dessinée coûte 14,90 €. Et Sébastien Girard reverse tous les droits d’auteurs de ce livre au profit de l’association Bloom. Donc en l’achetant et le lisant, vous vous informez et soutenez le combat de Bloom ! Enfin, si vous avez envie de sensibiliser les plus jeunes, en mai cette année, est également sorti aux Éditions Thierry Magnier l’album Maman les petits bateaux, en partenariat avec Bloom. Un album jeunesse qui, partant de la célèbre comptine, dénonce la pêche industrielle. Vous trouverez évidemment ces 2 titres chez tous les bons libraires.

maman les petits bateaux album jeunesse bloom
Maman Les petits bateaux, de Pauline Kalioujny, Éd. Thierry Magnier – 14,50 €
fraude qui peut bd sur bloom peche electrique
Fraude qui peut ! de Sébastien Girard, Éd. Delachaux et Niestlé – 14,90 €

Bienséance 2.0

Ou la disparition de la politesse dans les relations numériques

Oui, cela fait de nombreuses semaines que je ne me suis pas manifestée ici. Et je reviens avec un billet d’humeur à propos de la bienséances 2.0. Soit des usages en communication numérique. On ne se refait pas…

Tous les jours et depuis de nombreuses années maintenant, je suis étonnée et – légèrement – agacée par la disparition croissante de formules de civilité dans les échanges numériques. Disparition proportionnelle à l’augmentation des possibilités d’échanges numériques…

Tout a commencé avec l’apparition des courriers électroniques et des téléphones portables. Avant, lorsque vous contactiez quelqu’un, la conversation démarrait automatiquement par le salut. Au choix, bonjour, salut, hello. Puis peu à peu, la facilité et la rapidité des conversations a engendré la disparition de ces formules. Les gens communiquent désormais sans se saluer. Alors même qu’ils ne se sont pas vus ou parlés depuis des jours, des semaines ou des mois…

politesse 2.0

Pendant des années, j’ai observé ce phénomène se développer. Désormais, le manque de savoir-vivre se généralise dans la sphère professionnelle. Je reçois tous les jours des mails, des messages de personnes qui démarrent par le sujet de l’échange sans se donner la peine de saluer. Les grands gagnants ? Ceux qui communiquent sans formule de politesse… ni même un message ! Des artistes, qui par exemple souhaitent être programmés à la radio, envoient un lien d’écoute de leur musique sans dire bonjour, se présenter ou expliquer pourquoi ils nous contactent. J’imagine que nous sommes censés deviner. Mais je suis un peu bête alors je ne réponds pas…

Il y a aussi les patrons d’établissements qui organisent des concerts et souhaiteraient voir leurs événements relayer dans l’agenda de la radio. Dans ce cas, nous avons le droit au visuel du concert sans un mot. Je ne réponds pas non plus. Ou parfois je réponds « Bonjour ».

La civilité, une marque de respect ?

J’ai beau essayer de comprendre ou d’expliquer ce type de comportement, je ne trouve pas de raisons acceptables. Certains proches m’ont expliqué que dans le cadre de rapports numériques réguliers, les mails, messages envoyés pendant plusieurs jours ou semaines forment une même conversation qui dispense de salut. Sauf qu’entre chaque message, la nuit est tombée et le jour s’est levé. Et dans l’usage, ce nouveau jour implique un bonjour… Lorsque l’on retrouve ses collègues de travail tous les jours, on leur dit bonjour quotidiennement ! On ne se contente pas de le faire le lundi… De la même manière, dans toutes les correspondances épistolaires au long cours, vous remarquerez que les correspondants ne manquent jamais de s’adresser des marques de civilités…

En cherchant la définition de Saluer dans le dictionnaire, j’ai trouvé chez Larousse : « Donner à quelqu’un une marque extérieure de civilité, de respect, quand on se trouve en sa présence ou quand on le quitte ». Une définition qui lie donc le salut à une présence physique. Implicitement, certains ont donc acquis qu’un échange numérique n’implique pas de salut. Et j’en déduis que le numérique se dispense de civilité et de respect… Dans ce cas, je me sens légitime à ne pas pas répondre puisque la notion de respect n’est plus d’actualité ! Le premier geste d’une interaction sociale n’a pas eu lieu, je me sens libre d’y couper court.

Communication plus rapide mais de piètre qualité

Lorsque je me suis permise de seulement répondre « Bonjour » à certains, les réactions sont plurielles. Si la plupart s’excuse et me saluent en retour, certains semblent froissés de ma réponse laconique. Et se justifient par la même explication : ils sont débordés et font « au plus vite ». Je trouve cette raison un peu facile. J’ai des journées professionnelles également bien remplies. J’écris entre 50 et 100 messages, mails, courriers chaque jour et j’arrive à prendre le temps de saluer mes interlocuteurs. Et même de leur souhaiter une bonne journée avant de signer ! Ne pas sacrifier les formules de politesse dans la communication numérique est tout à fait réalisable. Sans être un super-héros.

Je pense surtout que cette excuse représente l’un des symptômes des effets néfastes du tout-numérique. Cette possibilité d’immédiateté, de rapidité à l’échelle de la planète engendre une baisse de considération et de réflexion. Les messages sont écrits aussi rapidement qu’ils s’envoient, sans prendre le temps de penser à leur teneur, à la formulation et à accorder une certaine considération au destinataire. C’est un contre-pied extrême – certes – mais avant d’envoyer une lettre ou un télégramme, l’envoyeur réfléchissait et s’appliquait pour écrire. Car l’envoi nécessitait du temps et des moyens. Cette action n’était pas anodine. D’un point de vue technologique, les messages numériques facilitent la communication. D’un point de vue sociale, ils nous font régresser…

Nouveau monde, nouvelles règles ?

Les règles de politesse et courtoisie édictées dans le vrai monde ne seraient plus applicables dans le monde numérique ? Certains ont pensé que la différence de moyens nécessitait un nouveau code des usages de conduite et politesse. Le premier document de Netiquette – contraction de Net, éthique et étiquette – a été publié (en ligne) en 1994. Une charte de bonne conduite qui, exceptées quelques explications techniques, énonce des banalités et des évidences qui résumées signifient : ne faites pas sur Internet ce que vous ne feriez pas dans la vraie vie. Ne vous abstenez pas, donc, de dire bonjour !

Même si 1994 semble être l’âge des dinosaures avec l’évolution et la généralisation fulgurante des moyens de communication, ce bon sens rappelé dans la Netiquette me semble toujours d’actualité. Mais je suis encore plus vieille que cette charte. Et il s’avère que la conduite numérique évolue tout comme les manques de repères. Pour pallier ces absences, des logiciels, des robots sont désormais développés pour vous assister dans vos échanges et leur formulation… Une sorte d’assistant aux bonnes manières. Finalement, le monde numérique n’invente rien. Cicéron a écrit les règles de civilité à l’intention de son fils dans un Traité de devoirs en -45 av. J.C.

La sélection digitale

Ce manque de savoir-vivre numérique a le mérite de me faire gagner du temps dans mon travail. Sollicitée par de nombreuses demandes, j’ai choisi de privilégier les interlocuteurs courtois au détriment des « pressés mal polis ». On apprend aux enfants que l’on obtient rien sans formule de politesse. J’élargis aux adultes. Après la sélection naturelle, est née l’ère de la sélection digitale. Et naïve que je suis, j’imagine que si tout le monde réagit de la sorte, les malotrus devront revoir leur mode de communication pour obtenir réponse !

“La politesse coûte peu et achète tout.”

Michel de Montaigne

Écrire sur ce sujet aujourd’hui représente d’abord une forme d’exutoire. Je me sentirais peut-être moins agacée lors des prochains messages après m’être confiée à propos de cette contrariété. L’effet secondaire indirect : je sais que vous n’oublierez pas de me saluer ! J’ai déjà eu cette conversation avec des amis. Lorsqu’ils leur arrivent de m’écrire dans la précipitation sans me dire bonjour, ils se rattrapent immédiatement avec un second message de salut ! Je ris à chaque fois. Mon obstination à maintenir le bon usage des civilités dans les rapports numériques a des effets 😉

Et si j’utilise par facilité ces modes de communication 2.0 dans ma vie professionnelle et personnelle, j’ai repris la plume, la vraie, pour écrire des lettres à certains de mes proches. Du beau papier, des lettres manuscrites bien formées, des formules de politesse, du temps de réflexion pour écrire sa pensée et des mots d’affection. Face à la masse de messages quotidiens que nous échangeons, recevoir du courrier dans une vraie boîte aux lettres et prendre le temps de se poser pour l’écrire et le lire… Régression ou retour du plaisir du soin, de la lenteur, de la considération ?

Moon River de Fabcaro

Médicament & Bonbon

Attendu que l’époque est plus que morose. Attendu que le nouveau monde promis en mars 2020 pendant le premier confinement n’est jamais arrivé. Et attendu que j’ai comme l’impression que les gens sont encore plus stupides-égoïstes-agressifs qu’avant la pandémie, je me réfugie vers des valeurs sûres. Des œuvres salutaires comme la dernière bande dessinée de Fabcaro : Moon River, publié en septembre 2021 aux éditions Six Pieds Sous Terre.

Moon River de Fabcaro Chronique d'une BD drole et intelligente

Comme à son habitude, Fabcaro nous embarque dans son monde absurde riche en dérision. Après notre société de consommation contemporaine dans Zaï Zaï Zaï Zaï, les réunions de famille dans Formica, c’est le Hollywood des années 50 qui en prend pour son grade dans Moon River. Via une enquête policière – en atteste l’empreinte digitale sur la couverture. Il est question d’une actrice en vogue, Betty Pennyway, victime d’un crime abominable : pendant la nuit, quelqu’un s’est introduit chez elle pour lui dessiner une bite sur la joue ! On suit donc au fil des 80 pages la délicate enquête de l’inspecteur Hernie Baxter…

Absurdes fiction & réalité

Au cœur de cette enquête palpitante et hilarante dessinée de son trait esquisse axé uniquement sur les personnages en bichromie, on savoure aussi des pages en couleurs pour les scènes du western que sont en train de tourner les acteurs. Et comme à son habitude, à la fiction se mêlent des scènes de vie de l’auteur au moment où il réalise la BD. Telle l’incrédulité de son entourage quand ils découvrent les premières pages de la BD qui tourne autour d’une actrice des années 50 qui a une bite dessinée sur la joue. Mais aussi sa souffrance et les divers traitements de sa hernie, et là vous comprenez mieux le nom de l’inspecteur Hernie Baxter.

Fabcaro se moque gentiment des gens qui se prennent trop au sérieux ou qui manque de cohérence, de consistance. Ici l’industrie du cinéma, la presse people, le monde de la pub, les polars. Il ne manque pas de d’écorcher lui-même… Auteur-dessinateur, parfois en mal d’inspiration, victime d’une hernie discale et néorural se faisant malmener par l’agricultrice qui lui vent du foin. Ne vous méprenez pas, on n’est pas dans le burlesque ou l’humour façon Fluide Glacial. Ici, le trait est sérieux, le langage soutenu. L’irrévérencieux apparait au détour d’un gros mot qui surgit d’une phrase ampoulée, d’une expression en verlan, ou d’une idée incongrue. Dans ce joyeux bazar, Fabcaro maitrise l’art du du contre-pied. Il se moque, de lui, de nous, du passé, du présent. C’est drôle, je ris à chaque page. Mais que je l’aime !

Prisme du détournement

Depuis la Bredoute, détournement du catalogue de La Redoute en 2007 chez Six Pieds Sous Terre, c’est devenu sa pâte. Ce prisme du détournement de petites choses façon Monty Phyton se retrouvent dans toutes ses œuvres. Alors on pourrait s’en lasser, débusquer les ficelles mais pas du tout. Fabcaro ne s’essouffle pas. C’est toujours aussi surprenant et hilarant à la lecture. En tout cas sur moi ça fonctionne toujours aussi bien ! Même Télérama aime !

Ce bijou du génie de l’absurde est parfaitement mis en valeur dans l’édition de Six Pieds Sous Terre. Couverture noire cartonnée gaufrée avec la typo du titre en argent. Et une empreinte de doigt. J’aime les livres en tant qu’objet donc ça compte. J’avais précommandé la BD cet été dès l’annonce de sa sortie à ma librairie préférée. Je suis allée la chercher le jour de la sortie comme une urgence. Mais je ne l’ai pas lue tout de suite. Comme un bon gâteau que l’on attend avant de déguster.

Moon River de Fabcaro chronique BD

Remède à notre fichu monde

Dès le premier jour de sa sortie, des critiques dithyrambiques de libraires et de lecteurs ont été postées sur les réseaux sociaux. Cela m’a encore plus donné envie de prendre mon temps pour le savourer. Un arrêt maladie en novembre a représenté l’occasion parfaite. De bien m’installer, de l’ouvrir et de savourer chaque case, chaque dessin, chaque réplique. Un vrai plaisir de lecture. Avec Moon River, Fabcaro m’a fait rire, m’a détendue. Et comme souvent avec ses livres, je me suis sentie moins seule dans ce monde un peu con. Tout en proposant une autre lecture de celui-ci. Donc si je résume : Moon River est hilarant, rassurant et intelligent. Bravo et merci Mr Fabcaro !

Moon River, de Fabcaro, Éditions Six Pieds Sous Terre , 16€

Nouvelle année

Nouvelle porte ?

Retour sur le blog avant la nouvelle année, yeah ! Un silence numérique de plusieurs mois expliqué – entre autres – par : la publication d’1 magazine, la réalisation de 144 interviews radio, 1 passage en 6ème, 1 en terminale, 1 en seconde année de fac, 1 main cassée, 1 déménagement, 1 petite opération chirurgicale. Bref, la vie est décidément une aventure. Et vous comprendrez, après cette énumération, pourquoi j’ai eu moins le temps de vous la conter…

bullet journal nouvelle année 2022

Cette année 2021 se termine comme les précédentes pour moi. C’est-à-dire sans réfléchir à de bonnes résolutions. Étant de nature pragmatique et réaliste, je n’ai jamais été adepte de ces projections utopistes. En se promettant d’arrêter de fumer, de manger plus sainement, de faire plus de sport ou d’être plus zen, soyons honnêtes… Nous nous mentons. Censées nous motiver pour avancer, devenir une meilleure version de nous-mêmes, les bonnes résolutions finissent généralement par nous miner le moral, faute de s’être réalisées…

Les bonnes résolutions « scientifiquement » inutiles

Ne vous méprenez pas : je ne suis pas négative ! Jeune adulte, j’ai été enthousiaste à l’idée de me faire plein de promesses. Rapidement, cet emballement est retombé après quelques bilans de fin d’année plutôt négatifs. J’ai expérimenté. Puis j’ai laissé tomber ! Et la science a confirmé mon auto-analyse. Une étude du psychologue britannique Richard Wiseman menée en 2007 a indiqué que seulement 12 % d’entre nous parviennent à tenir leurs bonnes résolutions. Un score pas vraiment positif confirmé par un sondage réalisé par l’agence d’intérim Qapa en 2019 : 85 % des sondés n’atteignent aucun de leurs objectifs fixés.

Forte de ce constat, j’ai donc arrêté de me plier à cette tradition. Ainsi, je ne me promets rien. Et je ne suis pas déçue. Inutile également de faire le point en fin d’année sur les promesses tenues le 1er janvier. Malgré tout, je ressens chaque fin d’année comme un changement d’atmosphère. Une sorte de possible renouveau plane. Le sentiment qu’une page se tourne et qu’une nouvelle peut être écrite…

Le calendrier dicte le renouveau

Le calendrier, système de division du temps, est lié aux rythmes de la lune et du soleil. Notre calendrier actuel, le grégorien – car promulgué par le Pape Grégoire VIII en 1582 – a été inventé par les hommes pour se repérer. Et fortement influencé par la religion. Le mois de janvier par exemple doit son nom au dieu Janus. Dieu romain aux deux visages, un dans chaque direction à surveiller : dedans et dehors, devant et derrière, le passé et l’avenir.

« Dieu des commencements et des passages, Janus protège tout ce qui a un rapport concret ou symbolique avec la porte (janua en latin) : les entrées et les sorties, les départs comme les retours. (…) Toujours nommé le premier dans les prières et cérémonies religieuses, il est le dieu du matin (Matutinus Pater), du premier jour de chaque mois et surtout celui qui ouvre la porte de l’année, d’où le nom de son mois, januarius (janvier en latin). »

éduscol | Ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports – Direction générale de l’enseignement scolaire

Nouvelle année = nouvelle porte

Je ne suis pas croyante et je n’ai pas suivi d’éducation religieuse. Pourtant, je ressens ce sentiment d’ouverture, de possibilités qui accompagne le mois de janvier. Alors que les ventes de substituts nicotiniques explosent en janvier, je vais indéniablement continuer de fumer en 2022 (je sais c’est mal). Tout comme les abonnements en salles de sports se multiplient en début d’année, je confirme qu’il y a une très faible probabilité que je me mette à faire du sport. Pas de fausses promesses donc. Pourtant, je me place dans certaines dispositions. Je clôture les comptes comme ma vie. Je range mon bureau, des placards. J’archive les souvenirs. Les mauvaises expériences s’évaporent. Je m’extirpe de la dynamique de l’année passée. Et la perspective d’ouvrir cette nouvelle porte m’allège le corps et l’esprit. Je me réjouis de cette impression de nouveauté, d’éventualité. Comme une nouvelle respiration. Alors j’inspire. Et je vous souhaite une excellente nouvelle année.

Pains marocains

Recette facile pour du pain maison express

Avant de vous partager cette recette, petit point météo : moins présente sur ce blog car beaucoup de boulot. Je continue à promener le poilu, cuisiner, lire, broder, utiliser mon bullet journal. Clairement, j’ai intégré l’équipe « Je m’occupe l’esprit pour supporter la vie qui n’est pas un long fleuve tranquille ». Forcément, je trouve moins le temps d’écrire. Mais je prends quand même un quart d’heure pour partager cette recette de pains marocains maison qui a révolutionné mon quotidien – et je pèse mes mots.

Je m’explique : faire son pain maison est simple et rapide mais demande d’anticiper. Pour un bon pain chaud le soir, il faut penser à faire la pâte la veille ou le matin. Et ces derniers mois, j’ai perdu ce réflexe. J’ai cuisiné un tajine il y a quelques semaines et j’ai trouvé cette recette de pains marocains sur Marmiton pour l’accompagner. Un délice. Et surtout, il suffit de 30 min pour la levée. Depuis j’ai donc adopté cette recette pour toutes les fois où j’ai une envie de pain dans l’heure qui vient !

recette pains marocains maison

Aujourd’hui par exemple, en fin de matinée, j’ai réalisé que je n’avais pas de pain pour le brunch. Sauf que je revenais d’une grande balade avec le poilu donc un peu la flemme de ressortir acheter une baguette. On est aussi dimanche – le jour du cheveux gras – donc un peu la honte de montrer mon allure. Le temps de me doucher et laver ma chevelure, la boulangerie aurait fermé. Bref, un dilemme bien trop complexe pour un dimanche matin… La recette des pains marocains m’a sauvée ! Car ils accompagnent parfaitement les plats en sauce comme les tajines. Mais ces galettes levées sont aussi un régal avec les œufs brouillés, les salades, le fromage. Ainsi qu’en version sucrée au petit-déj avec du miel ou de la confiture. Ou pour l’apéro à tremper dans un houmous ou du tzatziki. Bref, la recette passe-partout, bonne et inratable.

Ingrédients pour 4 petits marocains

  • 300 ml d’eau chaude
  • 500 g de farine : la recette ne précise pas de quel type. J’ai essayé avec de la farine de blé T65 et T80, c’est très bien.
  • 1 sachet de levure boulangère (évidemment remplaçable par du levain maison)
  • 2 cuillères à café de sel

Réalisation des pains marocains

  • Mélangez tous les ingrédients, à la main ou au robot.
  • Divisez le pâton en 4 boules puis les aplatir pour former des galettes d’environ 15 cm de diamètre.
  • Laisser lever une 1/2 heure sous un torchon (à l’abri des courants d’air)
  • Cuire chaque pain à la poêle à feu moyen (sans matière grasse) environ 5 minutes de chaque côté
  • C’est prêt !

Conservation des pains marocains

Si vous êtes seulement un ou deux gourmands, n’hésitez pas à faire cette recette pour 4 petits pains. Ils se conservent très bien quelques jours dans un torchon. Vous pouvez même les faire réchauffer au grille-pain ou quelques minutes au four.

Merci à Lyame pour cette chouette recette 😉

Anne de Green Gables, de lucy Maud Montgomery

chef d’œuvre en série

Je reprends enfin le clavier pour vous parler d’un livre lu pendant les vacances de février. Une lecture bienfaitrice comme je n’en avais pas connue depuis de nombreuses années. Anne de Green Gables, de Lucy Maud Montgomery, publié aux éditions Monsieur Toussaint Louverture. Une lecture que vous ne pouvez pas quitter. Un roman que vous lisez le matin au réveil. Puis, dès que vous trouvez un moment dans la journée (quitte à en créer). Et que vous êtes heureux de retrouver le soir. Le genre de livre qui se dévore en quelques heures, quelques jours.

Anne de Green Gables et Anne de Avonlea éditions Monsieur Toussaint Louverture

Je suis une fan inconditionnelle des publications de Monsieur Toussaint Louverture. Pourtant je ne sais pas comment j’étais passée à côté de celle-là. Ce roman est sorti en octobre 2020 sans que je ne le remarque. Je ne sais pas ce que je faisais en octobre 2020, certainement pas grand chose pendant ce second confinement. Bref j’ai déconné.

J’ai fini par le découvrir en janvier cette année quand l’éditeur a annoncé la publication du second volume des aventures de Anne. Immédiatement séduite par la beauté du livre, l’illustration, les couleurs, la présentation, j’ai acheté le premier volet chez ma librairie préférée Le vent Délire à Capbreton afin de le lire avant la sortie du tome 2 le 18 février.

Fifi Brindacier dans la prairie mais en mieux

Et la magie a opéré. J’ai été complètement happée par les aventures de Anne Shirley, jeune orpheline de 11 ans adopté par un frère et une sœur. Adoptée par erreur car le vieux garçon et la vieille fille avait commandé un garçon pour les aider à la ferme. Mais leur humanité a pris le pas sur le sens pratique ; et surtout, la bonne humeur, la joie de vivre de cette petite pipelette a fini de les convaincre.

Nous sommes à la fin du XIXème siècle au Canada sur l’île de du Prince Édouard. Lucy Maud Montgomery raconte les péripéties de la fillette de 11 à 16 ans dans cette ferme de Green Gables près du village d’Avonlea. Oui, on n’est pas loin de La petite maison dans la prairie. Ou encore des 4 filles du docteur March, de Fifi Brindacier. Sauf qu’Anne de Green Gables est bien plus que ça.

Anne de Green Gables premier volet de la série de Lucy Maud Montgomery

Roman d’apprentissage et de mœurs

Ce livre est un roman d’apprentissage. On suit son éducation, son cheminement à travers sa vie de famille, sa scolarité, ses amitiés, le tout riche en rebondissements. C’est aussi un roman historique dans le sens où on y découvre le mode de vie au XIXème siècle au Canada. Les vêtements, les habitudes alimentaires, les métiers, les conventions, la politique…

Anne de Green Gables représente également un roman de mœurs car il traite de la vie insulaire, familiale. De l’amitié, celle qui apparaît comme une évidence et celle qui se gagne. De l’amour et de la fidélité qui impliquent nécessairement de parfois moins penser à soi pour prendre soin et respecter ceux que l’on aime. Il y est question de l’acception de la différence, à travers le destin de cette héroïne hors normes évidemment. Mais également via les personnages plus secondaires comme la taciturne Marilla pourtant si brave ; ou encore la moralisatrice Rachel Lynde finalement assez humble. Ce roman apprend à voir au delà des apparences à ses protagonistes et donc à nous.

Roman féministe et œuvre de nature writing

Anne de Green Gables est aussi un livre résolument féministe. Lucy Maud Montgomery l’a écrit au début du XXème siècle et le premier tome est paru en 1908 au Canada. Quelle modernité sur la place de la femme dans cette société patriarcale et parfois archaïque. L’enfant à la chevelure rousse et avec la peau couverte de tâches de rousseurs apparait parfois comme une sorcière pour les habitants. Mais c’est surtout son attitude qui lui vaut ce jugement. Elle, si libre dans ses réactions, ses envies, son rapport à la nature, ses émotions. Elle se soucie peu des conventions et représente ainsi les prémices du féminisme, de la liberté de la femme.

Enfin, Anne de Green Gables est clairement une œuvre de nature writing. La nature y tient une place centrale dans l’équilibre de la fillette, dans la vie du village et donc dans le roman. À chaque chapitre, elle est omniprésente. L’auteur ne manque pas de la dépeindre si clairement que l’on imagine les paysages et les saisons. Ces décors participent à nous embarquer sur l’île.

Anne de Green Gables : Feel good book profond

L’héroïne déborde de mots, d’imagination, de pensées, d’idées, d’envies, de romantisme, de sentiments, de joie de vivre. Elle est excessive et positive. C’est assez exaltant et inspirant. Pourtant la force du livre n’est pas que cela. Sa réussite tient dans l’équilibre délicat de cette force positive avec la part sombre de l’humanité. L’auteur utilise plusieurs nuances de gris pour raconter les difficultés de l’enfance à cette époque, la nécessaire cruauté des êtres parfois pour survivre à cette vie austère, le poids de l’éducation presbytérienne… Ces tristes réalités parfaitement distillées tout au long du livre donne encore plus de poids et de valeur à l’énergie de vivre et l’idéalisme de l’héroïne.

Dans une langue riche et poétique

Pour raconter le destin de cette héroïne, Lucy Maud Montgomery utilise un langage soutenu, à la fois sobre et paradoxalement d’une grande richesse lexicale. Jamais vous ne trouverez les mêmes adjectifs pour décrire un arbre ou une fleur. On sent que l’auteur aime les mots et jouer avec. Elle les manie si bien qu’elle nous fait les aimer aussi. Les émotions, les pensées, les intrigues, la nature, tout est précisément décrit sans lourdeur. Sans que l’on ne s’aperçoive de rien sauf à être plongé dans l’ambiance de cette bourgade et dans les aventures de Anne. Le style est si fluide qu’il résonne parfois comme de la poésie, une musique. Il mêle poésie et humour avec une grâce solaire. C’est un délice de lecture. Et je salue le travail de cette nouvelle traduction de Hélène Charrier pour l’édition de Monsieur Toussaint Louverture.

Un second volume à la hauteur

J’aurai pu être triste de quitter cette héroïne pétrie d’humanité après ces quelques heures de lecture délicieuse. Mais cela n’a pas été le cas car Anne de Avonlea, le tome 2 sortait seulement quelques jours après, le 18 février ! Depuis je me délecte des nouvelles aventures de Anne devenue institutrice à 17 ans. Je savoure ses idées modernes à propos de l’éducation, la confrontation de ses rêves avec la réalité de l’existence, je grandis avec elle. Et je prends mon temps. J’essaye de ne pas faire preuve de gloutonnerie pour apprécier tous les mots de Lucy Maud Montgomery, cette fois traduits par Isabelle Gadoin. Car il faudra patienter jusqu’au mois d’août cette année pour découvrir le 3ème volet de la série. En attendant, la densité d’émotions et de plaisir est tout aussi grande dans cette suite.

Anne de Avonlea second volume de la série de Lucy Maud Montgomery

Nouvelle édition sublime de Monsieur TOussaint Louverture

Née en 1874 et morte en 1942, Lucy Maud Montgomery est l’autrice canadienne la plus lue dans le monde. Débordant de la même créativité et énergie que son héroïne, elle a écrit plus d’une vingtaine de romans, 500 nouvelles et autant de poèmes. En France, Anne de Green Gables est paru pour la première fois en 1964 sous le titre Anne et le bonheur chez Hachette dans la collection Bibliothèque verte. Il n’a apparemment pas connu le même succès qu’outre-Atlantique. Mais c’est certainement ce malencontreux choix éditoriale à le classer en littérature jeunesse.

Heureusement cet affront a été réparé par Monsieur Toussaint Louverture qui a compris la densité de cette œuvre. Et a choisi de lui rendre hommage avec une nouvelle traduction et une édition dans un livre objet magnifique. Relié et cartonné dans la pure tradition des livres d’antan, recouvert de papier nacré dans des tons parfaits, avec une couverture illustrée par Paul Blow, illustration à la fois poétique et moderne à l’image du contenu. L’intérieur du livre est à la hauteur de la couverture et reliure puisque les 384 pages sont en papier Munken pure de 90 g… Ce qui ne vous dit certainement rien mais assure un aspect et toucher velouté bien appréciable.

Anne de Green Gables Anne de Avonlea de Lucy Maud Montgomery éditions monsieur toussaint louverture

Devant la qualité des finitions, j’ai été assez étonnée du prix car il ne coute que 16,50 €. C’est incroyable ! Alors merci merci Monsieur Louverture pour la bonne idée de rééditer cette série et pour le soin que vous y avez accordé. Merci pour ce plaisir infini de lecture qui va durer puisque la série de Anne compte 11 volumes. Si vous ne faites pas encore partie des 60 millions de lecteurs de cette œuvre, traduite dans plus de trente langues, laissez-vous tenter !

Anne de Green Gables / Anne de Avonlea, de Lucy Maud Montgomery, Éditions Monsieur Toussaint Louverture, 16,50 € le volume.