Contre Amazon

uN MANIFESTE DE jORGE cARRION

Harcelée par les injonctions à participer au « black friday » et à quelques jours de la course aux cadeaux de Noël, je ne peux pas m’empêcher de vous recommander la lecture d’un livre : Contre Amazon, manifeste de Jorge Carrión, publié aux Éditions Le nouvel Attila ! Je vous avais déjà expliqué dans un post pourquoi et comment je boycottais Amazon. Cet essai appuie avec des arguments imparables pourquoi il faut arrêter de consommer via ce géant sans principes !

Contre Amazon manifeste de Jorge Carrion

J’ai découvert ce manifeste dans ma librairie indépendante préférée, Le Vent Délire à Capbreton pour ne pas la citer. Oui je défends la librairie indépendante contre la vente en ligne. Et Amazon représente selon moi la pire des alternatives de la vente en ligne. D’abord parce que les frais de port gratuit constitue un contournement de la loi sur le prix unique du livre en France et représente donc une concurrence déloyale. Ensuite parce que ce géant de l’Internet est loin d’être libraire. Si on ajoute à cela que la société de Jeff Bezos s’arrange pour payer le moins d’impôts possible… Et a été maintes fois accusée par des employés de cadences de travail infernales et de contrats précaires, vous l’avez compris je ne suis pas une adepte de ce supermarché en ligne !

J’étais déjà convaincue. Mais pour appuyer mon propos, j’ai eu envie de lire cet essai de Jorge Carrión, romancier et critique espagnol, spécialiste mondial des librairies. Dans ce livret de 32 pages qui vaut la modique somme de 3 €, l’auteur expose les 7 raisons pour lesquelles il est contre Amazon.

Contre Amazon 1 manifeste 7 raisons

Un manifeste 7 raisons

1- Parce qu’il refuse de cautionner une expropriation symbolique. Oui la société de Jeff Bezos tue le petits commerce et les centre-villes dans le monde entier.
[Nota Bene] Ne manquez pas de lire la démonstration du député et ancien secrétaire d’État au Numérique Mounir Mahjoubi dans son enquête intitulée  » Amazon : Vers l’infini et Pôle emploi ! ».

2- Parce que nous sommes tous des cyborgs mais pas des robots. Vissés à nos téléphones portables, nous sommes des cyborgs humains. Toutefois nous ne sommes pas obligés de cautionner le travail de robot que la société impose à ses employés ni à nier le facteur humain dans le travail comme dans la rapport commercial.

3- Parce qu’il refuse l’hypocrisie. Celle d’une société manipulatrice qui vent des livres négationnistes, nazis ou pro pédophiles au nom de la liberté… Tandis qu’elle censure des auteurs ou des éditeurs qui osent critiquer son modèle…

4- Parce qu’il ne veut pas être complice… De ce nouvel empire qui n’emploie aucun libraire au profit de la rapidité. Chez Amazon le libraire est un algorithme. Il ne veut pas non plus être complice d’un empire qui fait la promotion d’un accès illimité à l’information tandis qu’elle fait signer des clauses de confidentialités à ses employés et élabore des stratégies pour ne pas payer d’impôts dans les pays où il s’installe.

5- Parce qu’il ne veut pas être espionné durant sa lecture. Comme c’est le cas avec la plateforme Kindle qui sait tout de vos lectures. L’auteur nous invite à ne pas nous méprendre sur la campagne mondiale Kindle reading fund soi disant pour promouvoir la lecture dans les pays pauvres alors qu’il s’agit en fait de former la nouvelle génération à lire sur écran pour les étudier et obtenir des données…

6- Parce qu’il défend la lenteur accélérée, la proximité relative. Le temps de désirer un livre, d’aller dans une librairie le trouver, le feuilleter, hésiter, l’acheter ou pas, le lire ou pas.

7- Parce qu’il n’est pas naïf. Jorge Carrion achète des livres en ligne sur un site racheté par Amazon, fait des recherches google et utilise facebook, les « 3 ténors de la globalisation ». Mais il croit à une résistance minime et nécessaire.

7 bonnes raisons de lire contre amazon

Alors je ne vais pas vous résumer les 32 pages d’arguments de Jorge Carrion. Ce serait réduire leur portée. Je vais vous donner 7 bonnes raisons de lire ce livre !
1- C’est votre devoir de vous informer sur votre pouvoir d’achat et le manifeste de l’auteur est truffé d’exemples sur les conséquences destructrices du système. Il décortique ce qui se cache derrière la simplicité et la rapidité : le monopole, la domination, l’exploitation, l’asservissement, l’uniformisation et le contrôle.
2- L’auteur argumente son propos en remontant aux racines de la société motivée déjà par l’intérêt du profit.
3- L’auteur ne se place pas du seul point de vue du lecteur mais également de celui de l’éditeur et du travailleur.
4- L’auteur est sincère : il convient qu’il participe parfois au système. Cela n’empêche de rester conscient et de résister dans la mesure du possible.
5- Son auteur, un amoureux du livre, nous rappelle très justement le caractère sacré du livre papier, de l’objet au désir en passant par la lecture. Une expérience qui participe au plaisir de la lecture.
6- Contre Amazon est un manifeste humaniste d’un point de vue économique, social, littéraire et politique !
7- Il est primordial de replacer un acte d’achat qui vous semble facile et insignifiant comme adhésion à un système dévastateur !

Contre Amazon de Jorge Carrion 4eme de couverture

Par un spécialiste des librairies

Romancier et critique espagnol, Jorge Carrión est un spécialiste mondial des librairies, auxquelles il a consacré une monographie, Librairies, Itinéraire d’une passion (Seuil, 2016). Directeur du master en création littéraire de Barcelone, et de la revue Quimera, il a vécu en Argentine et aux États-Unis.

Ce texte traduit de l’espagnol par Mickaël Gomez Guthart est publié aux éditions Le Nouvel Attila. Il a été diffusé en avant-première aux Rencontres nationales de la Librairie, en partenariat avec le SLF, le 1er juillet à Marseille. Mais il avait d’abord été publié en ligne par un magazine espagnol en 2017 puis en anglais dans une traduction de Peter Bush : en format numérique sur le site Literary Hub, et en format papier offert par l’éditeur canadien Biblioasis à 300 libraires et journalistes. Le manifeste a suscité un tel écho que l’éditeur Dan Wells à fini par envoyer 3 000 exemplaires à des professionnels du monde entier !

L’éditeur qui met du sang dans son vin

Un texte qui interpelle, qui fait mouche. Et dont nous devons la publication française à l’éditeur Le Nouvel Attila, « L’éditeur qui met du sang dans son vin » ! Nées en 2007, les éditions Attila se sont scindées en 2013 en 2 structures Le Nouvel Attila et Le Tripode. La spécificité du Nouvel Attila ? « De la littérature étrange et étrangère, avec une préférence pour les genres hybrides et les mauvaises herbes littéraires ». C’est le cas encore avec le manifeste de Jorge Carrión. Contre Amazon, livret de 32 pages imprimé sur un beau papier bleu turquoise et dans une typo bleu marine pour la modique somme de 3 €. Achetez-le, lisez-le, offrez-le !

Contre Amazon, de Jorge Carrión, Éditions Le Nouvel Attila, 3 €.

en complément

Le rapport d’Olivia LaVecchia et de Stacy Mitchell de l’institut de recherche américain ILSR (Institute for Local Self-Reliance) : Amazon, cette inexorable machine de guerre qui étrangle la concurrence, dégrade le travail et menace nos centres-villes. Le SLF, syndicat de la librairie française propose une synthèse et une traduction de ce rapport américain. Un vrai texte d’horreur car il décortique dans le détail l’invasion et la domination d’Amazon dans tous les domaines…

La vie, c’est comme un tricot

Je viens de terminer un tricot. Un pull d’été en coton achevé à l’automne… Nouvel ouvrage qui confirme que je tricote comme j’avance dans la vie. Avec fougue et à tâtons. Toujours en léger décalage. Et sans vraiment suivre le mode d’emploi…

Pull en coton d'été fini à l'automne, en progrès !

Ce pull n’était pas prémédité. J’ai craqué pour le coton couleur menthe à l’eau en passant devant la vitrine d’une boutique Phildar pendant les soldes de juillet. Le phil Madrague 100% coton coloris Lagon. À cet instant de séduction s’est ajouté le choix instantané d’un modèle dans la boutique : il fallait trouver un piste d’exploitation pour légitimer mon achat impulsif. Sauf que ce n’était pas le moment. J’étais pressée, en route pour un rendez-vous. J’ai donc laissé la vendeuse choisir pour moi un modèle simple pour mon niveau et associer une autre couleur au vert menthe à l’eau.

Le tricot, reflet de la vie

Le soir même, j’ai mis de côté le pull en cours pour m’atteler à ce nouvel ouvrage. J’ai toujours eu une « légère » tendance boulimique. Un rapport pathologique à la nourriture qui se décline dans d’autres aspects de la vie. Selon les périodes, les envies, le travail, la lecture, les achats, le tricot… Cette fois encore, j’ai abandonné la lecture, l’écriture pour le tricot du pull en coton. Sauf qu’à la moitié du dos, la première pièce de l’ouvrage, j’ai réalisé que je n’aimais pas les pulls en coton, ni le point jersey envers. Tout comme l’association du gris avec le vert menthe à l’eau… Consciente et agacée par ma manie de m’engager en courant pour finalement faire demi-tour, je me suis imposée l’obligation de le finir. Fin août, j’ai fini le dos puis je l’ai mis de côté. Pour revenir à un tricot de saison. Encore un ouvrage inachevé…

Tricoter, c’est choisir

Le printemps suivant, ce pull en coton est réapparu dans mes pensées. Enfin, plutôt l’acte d’achat déraisonnable de la matière. Et le choix du modèle tout aussi irréfléchi. La culpabilité m’a fait ressortir l’ouvrage. J’ai pris la décision de le retourner pour tricoter sur l’endroit.
[ Aparté : quelle est l’idée du jersey sur l’envers ? Porter un pull à l’envers ? Dans le Larousse, l’endroit désigne le  » Beau côté d’une étoffe, d’un vêtement, d’un objet à deux faces, celui qui a été fait pour être montré. » Pourquoi donc afficher l’envers ? J’aime certaines excentricités vestimentaires mais j’avoue que je ne suis pas convaincue par celle-ci. ]

Modèle du pull en coton Phildar, catalogue Printemps Été 2018.
Le modèle, tricoté sur l’envers…
Issu du catalogue Printemps-Éte 2018 N°685

Vivre c’est choisir. J’ai donc choisi l’endroit. Je n’étais toujours pas convaincue par l’association du gris et du vert. Et encore moins des rayures. Je n’ai jamais été fan des marinières. Pourquoi donc me lancer dans la confection d’un pull rayé ? Mais j’ai mis ce jugement de côté. Je me suis focalisée sur l’avancée de l’ouvrage. Une fois le dos et le devant terminés, j’ai réalisé qu’il allait me manquer des pelotes grises pour avoir des manches rayées identiques. Impossible d’en acheter d’autres car les pelotes soldées l’an dernier n’étaient évidemment plus disponibles. J’ai fait le choix de tricoter les manches dépareillées, en « freestyle » de rayures. Et miracle, cette décision a déclenché l’envie. Ce pull allait enfin me ressembler ! Et je l’ai achevé en septembre. Une fois terminé, je l’ai passé et je l’aime bien finalement. Ouf, un pull fait à la main et terminé que je vais mettre !

Pull en coton Madrague de chez Phildar.
Le mien, à l’endroit, avec ses rayures asymétriques !

Tricoter pour donner du sens

Je tricote depuis toujours. C’est ma maman qui m’a appris. Après une pause pendant mon grand saut dans la vie d’adulte, j’ai repris le tricot lorsque j’étais enceinte de mon premier enfant. Il a 18 ans aujourd’hui et je n’ai plus jamais arrêté. De tricoter pour mes enfants, les autres ou pour moi. Le tricot représente l’activité zen par excellence qui me permet d’atteindre le « flow ». Ce fameux état mental – à la mode aujourd’hui – que l’on atteint lorsque l’on est concentré sur une tâche au point de tout oublier. Un engagement total qui procure beaucoup de satisfaction dans l’accomplissement. Réaliser une activité manuelle participe à ce plaisir : fabriquer, accomplir une tâche utile donne du sens là où la vie moderne en manque parfois.

Je tricote donc je suis

Ultra sensible, le tricot représente un prolongement de mon état d’esprit. Je ne peux pas tricoter lorsque je me sens trop mal. Je tricote comme j’avance dans la vie. Sans modération. Sans réfléchir. Et sans trop suivre le mode d’emploi. Je tricote à peu près. Des pulls trop petits ou trop grands. Et parfois des modèles parfaits.
Je tricote pour les gens que j’aime, je leur donne un bout de moi. J’avais commencé par exemple un pull pour un amoureux. À chaque conflit, tension, j’arrêtais de tricoter ce pull. Pendant les périodes apaisées, je le reprenais. Ce tricot est l’image de notre vie de couple pendant 8 ans… Après notre séparation, le pull est resté inachevé dans mon panier. Puis je l’ai repris et enfin terminé. Pour moi ! Porter ce pull d’homme représente une étape symbolique : celle où j’ai commencé à faire des choses pour moi. Celle où j’ai réussi à surmonter le passé pour me concentrer sur le présent. La vie, c’est comme un tricot. Et le tricot, c’est la vie !