Confinement

Journal d’un isolement

Se confiner : S’enfermer, être enfermé dans un lieu (Larousse). Notre Président n’a pas prononcé ce verbe mais c’est pourtant bien ce qu’il se passe. Cet isolement contraint nous pousse tous à réinventer le quotidien et à réfléchir sur le sens des choses. J’avais envie de raconter le notre. Journal du confinement.

Jour 1

Lundi 16 mars
C’est le premier jour sans école pour Violette et Joseph. Contrairement aux recommandations, j’ai décidé que notre vie allait s’organiser sans réveil. Il faut bien trouver des avantages à ce changement de vie ! Le lundi a ressemblé à un dimanche pour les enfants car les enseignants et professeurs n’ont pas encore envoyé de devoirs. Outre les jeux, coloriages, dessins animés, jeux vidéos, lectures, Violette a souhaité se lancer dans la réalisation de cupcakes. Ils n’étaient pas parfaits mais bien jolis et délicieux. De mon côté, j’ai bossé depuis la maison (comme d’habitude). Et j’ai donc – en plus – préparé les repas du midi et du soir, jouer à des jeux, fait assistante pâtisserie et la plonge. Ainsi que quelques courses avant le confinement total tant annoncé. J’ai réussi à trouver le principal : farine, œufs, sucre pour réaliser d’autres pâtisseries et du pain toute la semaine ! Ouf, on est sauvé !

En fin de journée, je suis allée chercher Yuri à la gare. Au chômage technique à Bordeaux – il travaille dans un restaurant -, je lui ai proposé de venir se confiner chez nous plutôt que seul dans ses quelques mètres carrés. J’ai ensuite réalisé que c’était le réflexe de beaucoup de monde ce qui n’aidait pas vraiment pour contenir la propagation du virus… Mais cette réflexion pertinente est arrivée à posteriori. Mon instinct maternel a parlé en premier. Et pour célébrer nos retrouvailles à 4 tout comme cette période particulière, je leur ai mitonné un repas du dimanche midi pour ce lundi soir : gigot d’agneau, flageolets à la tomate, purée de pommes de terre et baguettes maison. Attention, c’est juste pour le premier soir, ce n’est pas tous les jours dimanche !

Jour 2

Mardi 17 mars
Les devoirs sont arrivés par mail ou sur les espaces numériques de travail. Pour Violette en CM1, le travail est conséquent. Elle est plutôt bonne élève mais j’estime la charge de travail à presque 3 heures par jour. Je vais donc devoir jongler entre mon boulot, ces devoirs (et ceux de Jo), les 2 repas quotidiens, les promenades du poilu et des temps de loisirs pour éviter qu’ils ne passent trop de temps devant les écrans. Certaines personnes craignent de s’ennuyer… Je me demande comment ? Moi qui pensais pouvoir me lancer dans des grands projets de tricot, couture, broderie, cuisine et lectures, je vais devoir réviser mes envies à la baisse !

Les rumeurs de confinements total se sont confirmées, le Président a parlé et à partir de midi aujourd’hui les sorties sont limitées au strict minimum. Je sors donc acheter quelques fruits et légumes le matin pour éviter de sortir le reste de la semaine. Il y a la queue devant le magasin. Je n’ai pas connu la guerre ni les restrictions mais cette réalité évoquent des photos de livres d’histoire. Nous patientons donc à un mètre de distance les uns des autres car peu de personnes sont autorisées chez le primeur. Les mines sont tristes ou fermées, certains râlent. Moi qui d’habitude prend plaisir à choisir des fruits et légumes, imaginer des recettes, je me presse à fourrer dans mon sac quelques bananes, kiwis, patates, carottes et salade…
Le primeur, toujours sympathique et souriant, m’offre du persil. Le soir, je l’utilise pour réaliser un garlic bread avec les baguettes restantes de la veille. On n’en est qu’au jour 2 et je crains de prendre quelques kilos. Je compense très clairement les ondes négatives humaines par la nourriture. C’est mal.

Jour 3

Mercredi 18 mars

J’ai imprimé et rempli mon attestation de déplacement dérogatoire pour la sortie du chien en forêt. Effrayée d’utiliser une feuille par jour, j’ai piqué un stylo effaçable à Violette pour changer la date tous les jours. Proche de la forêt, nous n’avons qu’à marcher quelques centaines de mètres sur la route pour y accéder. L’atmosphère est particulière. Notre rue est assez passante aux horaires de bureau habituellement. Là, nous ne croisons que peu de véhicules. Les rues sont silencieuses et calmes comme si la ville était désertée.

Après cette balade apaisante, nous prenons le rythme des devoirs conjointement à mon travail, de la préparation des deux repas pour 4 personnes. Pour éloigner Joseph de son écran, je lui propose de préparer des crêpes pour le goûter. Il accepte. Il va donc faire autre chose de sa journée. Et je vais grossir… Pour éviter de sortir tous les jours, je prépare le maximum de choses « maison » : en plus des repas aujourd’hui, yaourts au chocolat et pain complet. Cuisine m’apaise. Les enfants se régalent. La seconde promenade du chien clôture notre journée de boulot et devoirs. On a trouvé notre rythme dans cet isolement.

BIlan des trois premiers jours

Points positifs

  • On est tous les 4 !
  • On se marre bien, entre la musique de chacun, les choix de films pouvant convenir de 9 à 45 ans, les commentaires des JT que l’on regarde pendant quelques minutes !
  • La solidarité : j’ai reçu des propositions d’aides d’amis pour des courses, de la garde d’enfants. Jusque là tout va bien donc cela n’a pas été nécessaire mais ça fait chaud au cœur. Comme toutes ses personnes qui proposent leurs services, ces restaurateurs qui offrent leur plats plutôt que de les jeter. Cet élan me redonne foi en l’humanité.
  • On reprend le temps de vivre, de se parler, de passer du temps ensemble, de s’écouter. Toutes ces choses indispensables à une famille mais que l’on ne prend pas assez le temps de faire habituellement, pris dans le rythme de la vie !
  • On relativise. Nos petites angoisses ou problèmes habituels semblent bien dérisoires face à cette crise sanitaire et à la crise économique qui risque de suivre…

Points négatifs

  • Les gens égoïstes et râleurs trouvent de multiples raisons de s’exprimer. Lorsque je les croise en courses, je ferme mes oreilles. Et j’évite les réseaux sociaux. Car ils me font perdre ma foi en l’humanité…
  • Le rythme est dense : je bosse en télé-travail, joue, cuisine, fait office de maîtresse… Ça fait beaucoup pour une seule femme !
  • Je m’inquiète légèrement pour les finances – je suis indépendante – et celles de mon fils. Je temporise en me concentrant sur le présent, chaque jour l’un après l’autre. Inutile de se projeter dans de sombres jours futurs hypothétiques !
  • je grossis à vue d’œil…

Confinement, journal du jour 4

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