Hej herr ikea*

Ou comment j’ai commencé l’année en montant tes meubles

*Bonjour monsieur Ikea. La nouvelle année à peine démarrée, j’ai déboulé chez toi le 2 janvier 2024. Pourtant, j’ai essayé de résister, de trouver une alternative à tes meubles en kit neufs. Mais j’ai échoué… Entre culpabilité d’achat et satisfaction d’avoir réussi à les monter malgré le le mode d’emploi succinct, je souhaitais te faire part de mon expérience. Afin d’améliorer la qualité de tes services évidemment et œuvrer pour le bien commun. Évidemment.

montage meuble ikea micke experience
Spoiler alert : j’ai réussi !

Notre histoire

Lorsque tu es arrivé en France en 1981, en région parisienne, j’avais 7 ans. Après des années de tendance rustique, notre pays a découvert la décoration d’intérieur avec toi et à prix accessible. Souvent, tu as représenté notre sortie du dimanche. J’ai grandi avec toi. Ado, toute ma chambre était meublée et décorée Ikea. Jeune adulte, tu as dominé l’intérieur de mon premier appartement. J’ai poursuivi ce rituel d’aller te rendre visite pour me changer les idées. Et signe que tu faisais bien ton travail, je repartais avec de nouveaux objets inutiles, délestée de 200 ou 300 francs… Une autre époque. Triste époque.

Puis j’ai eu des enfants, déménagé en province où tu n’existais pas. J’ai découvert les brocantes, l’achat de seconde-main. Parallèlement, ma maternité a développé une conscience écologique. Moins consommer, mieux consommer. Histoire de laisser à mes enfants une planète pas complètement fichue. J’ai donc totalement arrêté de te fréquenter. Sans souffrir de cette rupture. Pire, lorsque tu as ouvert un magasin à Bayonne en 2015, je ne voyais pas l’intérêt. J’y suis allé seulement une fois pour un tapis. Car, oui lorsque j’ai besoin d’un meuble ou que les enfants ont envie de changer de déco, j’achète tout d’occasion : meubles, lampes, tapis, cadres. Des achats qui nécessitent de la patience, des recherches, des réflexions. Et qui confèrent indéniablement une âme à notre intérieur. Bien loin de l’achat compulsif de meubles uniformes que l’on peut vivre chez toi.

Tes casseroles

Depuis mon changement de mode de consommation, les casseroles que tu traines – tout géant suédois que tu es – n’ont fait que renforcer notre rupture : la part d’ombre du père fondateur, sympathisant nazi et évadé fiscal, la condamnation de ta filiale française pour espionnage de ses employés ou encore la violation d’obligation d’information sur l’origine du bois que tu utilises, voire les soupçons d’abattage illégal de bois… Nous n’avons décidément pas les mêmes valeurs !

Nos retrouvailles

Fin 2023, ma fille Violette a souhaité troqué sa chambre de petite fille contre un modèle ado. J’allais lui proposer d’aller dans une brocante, chercher en ligne un nouveau bureau en seconde main. Mais non. Horreur. Elle avait repéré ton bureau Micke et ses modules de rangement… Désireuse de rester fidèles à mes principes, j’ai cherché ce fichu bureau en occasion sur Internet. Et je l’ai trouvé, plusieurs fois. Vendu en moyenne 30% moins cher par rapport au neuf. Avec des rayures, des éclats… Et une foule d’autocollants Panini ou Bella Sara sur le plateau. 70 € au lieu de 100 avec des heures de travail derrière et sans certitude d’obtenir un meuble décent… Les gens ? Sérieusement ?

Comme souvent depuis que je suis maman, ma conscience écologique a lutté contre mon envie de faire plaisir à ma fille. J’ai par exemple cousu pendant plusieurs années des « costumes » à mes enfants pour ne pas acheter des déguisements en matière synthétique made in China. Puis j’ai accompagné un jour l’un d’eux à un Mardi gras de l’école. J’ai réalisé combien mes créations les rendaient ridicules (j’ai oublié de préciser que je n’étais pas couturière…). Et qu’ils étaient – par mon extrémisme écologique – l’objet de moqueries qu’ils avaient tues pour ne pas me blesser. J’ai foncé acheter costumes synthétiques de princesse et pirate…

Ikea en 2024

Dans le cas qui nous intéresse, mon instinct maternel, boosté par la promesse de ma fille que sa chambre allait être rangée, a fini par me faire craquer. Le 2 janvier, je suis allé chez toi, chercher notre nouveau copain Micke avec son petit frère, un caisson à tiroir, ainsi qu’un tapis. Tiraillée par la culpabilité, j’avoue n’avoir pris aucun plaisir à parcourir tes allées. J’ai été surprise de constater que de nombreux objets étaient vendus à des prix supérieurs à ce que l’on peut trouver en seconde main. Le rayon occasion en fin de magasin n’a pas évolué depuis 20 ans. C’est un vrai bazar où l’on ne trouve rien. Et les prix sont beaucoup trop chers par rapport à l’état des objets…

Je me suis donc contentée d’acheter ce que j’avais prévu, sans craquer pour du superflu ou de l’inutile. Avec beaucoup de culpabilité. Mélangée à la fierté de réaliser que je ne faisais vraiment plus partie du même monde que toi. Sentiment accentué à la caisse où l’on doit absolument passer en paiement libre-service lorsque l’on paye par carte… Réduire les coûts de tout pour faire plus de marge ?

À la maison, j’ai apaisé cette culpabilité en allant porter à la déchetterie un semainier – meuble haut de plusieurs tiroirs – acheté en 1990 chez toi par mes parents pour ma chambre. En 34 ans, il a été repeint 4 fois, déménagé 6 fois et a meublé ma chambre puis celles de mes enfants. Je l’ai jeté car les tiroirs, les côtés ne tenaient plus. Mais ces 34 ans de bons et loyaux services ont atténué mon impression négative à propos de tes meubles en série.

Le montage

Maman solo, pas vraiment bricoleuse, j’angoissais à propos du montage. J’ai donc endossé mon rôle de bonne élève, ouvert le carton et commencé la lecture de la notice de montage. Et quelle surprise de constater que la première indication était de ne pas être seule pour le montage. Monsieur Ikea, sérieusement ? En 2024 ? Une étude Insee de 2020 indique qu’en France, une famille sur 4 est monoparentale ! Et quid des étudiants ? Alors oui, nous avons des amis, merci ! Mais comme nous sommes de vrais amis, nous ne leur demandons pas de venir nous aider à monter un meuble le dimanche !

montage bureau ikea experience
Preuve que je suis bien entourée, j’ai obtenu du renfort pour le montage du meuble Ikea…

Seule et rebelle, forte et confiante, je poursuis donc la lecture de la notice. Notice internationale car sans un mot – il n’y a pas de petites économies, hein, monsieur Ikea. Des économies de papier, c’est très bien. Mais des économies de traduction aussi. Je ne suis pas convaincue que ce parti-pris soit motivé par la seule protection de l’environnement. Des notices digitales pourraient exister dans plusieurs langues… Bref.

Sexiste et simpliste

Et je découvre que la personne qui indique les étapes est un homme. Un croquis simpliste certes mais clairement un homme. Ok. Donc je pars vraiment mal. Je ne suis pas accompagnée et je suis une femme. Désolée monsieur Ikea de ne pas rentrer dans ton modèle d’acheteur-type… En 2019, une plainte avait été déposée contre toi en Israël, pour discrimination sexuelle, faute de la présence de femmes dans ton catalogue. Depuis, elles sont revenues, tout comme des hommes en cuisine, c’est bien. Manque plus qu’une figure féminine pour faire le montage et tu seras dans l’ère du temps.

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Notice pas inclusive et pas claire

Des dessins seulement donc pour expliquer les étapes. On pourrait croire que ces croquis simplistes ont le mérite d’aller à l’essentiel pour une débutante comme moi. Comment te dire… Non ! Les notices ne sont pas claires. Nous ne sommes pas tous menuisier ou ébéniste. Le dessin qui fait l’inventaire des vis est trop approximatif. J’ai fini par comprendre qui était qui en procédant pas élimination… Idem pour les dessins des étapes. L’indication de chaque visserie à utiliser est minuscule. Il a fallu à chaque fois que je parcours la notice en entier pour être certaine d’utiliser les bonnes… Idem pour les planches à prendre et dans quel sens. Les détails de chacune sont minuscules. Il faut être plus qu’attentif pour ne pas se tromper…

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Truc et Astuce pour savoir quelle vis à insérer dans quel trou de quelle planche : bien nettoyer ses lunettes et plisser les yeux bien fort.

Tout est bien qui finit bien

J’ai donc réfléchi, transpiré, vissé, parfois dévissé (au sens propre et figuré). Mais j’ai réussi à venir à bout des 2 frangins Micke ! Seule, sans homme. Et avec ta notice très limitée. Une expérience forte en émotions. Et qui je l’espère se poursuivra avec les déménagements, peintures et autres évolutions de ces 2 meubles de ma fille pendant au moins une trentaine d’années. Et pendant ces années à venir monsieur Ikea, pour ne pas me perdre définitivement, je ne saurai trop que de te conseiller de :

  • développer correctement le réseau de seconde main de ton mobilier : les meubles et accessoires défectueux des magasins mais aussi ceux que les clients souhaitent revendre (remise en état, côte et vente)
  • ne pas oublier les femmes dans tes catalogues et notices
  • mettre un peu plus d’humanité dans ta gestion des ressources humaines et des clients : tes employés ne respirent pas la joie de travailler et les caisses libre-service, non, ne sont pas un progrès social.

Réduire ton impact sur l’environnement, assurer équité et égalité… Ces valeurs sont bien indiquées sur ton site mais les polémiques de ces dernières années et mon expérience en janvier démontrent que tu peux faire mieux encore. Je compte sur toi monsieur Ikea. Gott nytt år!*

*Allez, bonne année !

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