Dépôt de bilan de compétences, de David Snug

Le sens du travail, revu et corrigé

Pendant le confinement, j’ai lu Dépôt de bilan et de compétences, la dernière B.D. de David Snug parue aux éditions Nada en février. Je l’avais acheté lors de mes dernières vacances dans le Tarn à la superbe librairie-café Plum à Lautrec (#bonneadresse). La crise sanitaire et économique a provoqué de nombreuses réflexions sur la nécessité, le sens du travail. La lecture de cette bande dessinée n’en a été que plus pertinente !

chronique de dépôt de bilan de compétences de david snug éditions Nada

Dans ce titre autobiographique, David Snug part de ses expériences professionnelles pour nous livrer ses réflexions sur le travail, de l’absurdité du salariat aux dérives du capitalisme. CDD, intérim, chômage… En racontant des épisodes de sa vie, il aborde la question du déterminisme social, de la pénibilité du travail à la chaîne, du vide des formations professionnelles… Bref, toutes les absurdités et dérives du système.

Chômeur actif

Ce n’est pas tant la notion de travail que l’auteur remet en cause ! Car il écrit, dessine et partage des planches de BD tous les jours sur son blog ou les réseaux sociaux. Il répète avec son groupe et donne régulièrement des concerts. Il ne chôme pas même s’il est chômeur ! C’est plus la notion d’obligation du travail et sa déclinaison en salariat qui le rebute. Et la recherche de liberté qui l’anime et qui devrait tous nous animer finalement…

https://www.youtube.com/watch?v=pFkkowTLJbg

Quand il raconte dans le livre ses expériences de travail dit  » non-qualifié  » et sous-payé, le manque d’intérêt et la longueur des missions, la répétitivité des tâches démontrent que ces boulots nécessitent pourtant des qualifications ! De patience, de courage, de concentration et de précisions. Clairement, peu de grands patrons ou d’homme politiques seraient capables de les exercer. Et dans le sens de cette qualification, il apparait déraisonnable de les sous-payer. Alors que les dirigeants amassent des ponts d’or. C’est cette réalité que l’auteur dénonce avec humour et intelligence. Sans avoir peur de mettre les pieds dans le plat.

Plaidoyer en faveur d’un salaire minimum

Placer ce livre entre les mains de grands patrons ou d’hommes politiques pourraient leur faire réaliser la nécessaire augmentation du salaire minimum. Et la condition de David Snug, artiste qui participe à sa manière au fonctionnement et à l’équilibre de notre société, leur donnerait aussi – peut-être – la bonne idée de mettre un place un revenu minimum pour tous. Mais je crains que ces hommes réputés pour leur premier degré soit détournés de l’intelligence du propos par le dessin insolent et l’humour ravageur de David Snug.

Râleries salutaires

David Snug est en réalité Guillaume Cardin. Il a choisi ce pseudo pour faire plus américain. Originaire de Caen, il vit désormais à Paris. Je l’ai découvert en 2011 à la parution de son titre 64 ans en 2039 aux éditions Les enfant rouges dans lequel il raconte les aventures de son double projeté dans le futur et résistant à l’implant d’une puce dans le rectum. J’ai immédiatement été séduite par son irrévérence qui dénonce avec humour les travers de nos sociétés modernes. C’est un râleur qui fait preuve d’un sens critique plus développé que chez le commun des mortels. Un de ceux à qui on ne l’a fait pas. Bref, un être essentiel.

Et dans ces récits largement autobiographiques, on retrouve souvent son aversion pour l’industrie musicale, la publicité, le travail en général, les enfants et les cons en particulier. Depuis, j’ai savouré tous ces livres avec un plaisir immense. Comme Lionel J et les PD du cul, publié chez Marwanny, encore un formidable pamphlet qui fait coup double à la fois contre l’industrie de la musique et les hommes politiques. Mais aussi J’aime pas la musique, autre récit autobiographique, BD d’apprentissage où il raconte comment, son rejet pour l’ordre et les normes l’ont amené au punk et à la BD underground.

Impertinence et manque de tact

Même rigolade dans La vie est trop Kurt, Éditions Même pas mal, où on le suit débarqué à Paris, nouvelle terre d’énergumènes bons à être fustigés ! Ou encore Je n’ai pas de projet professionnel, en 2017 chez le même éditeur. Là encore autobiographie satyrique du monde de la musique en général et des structures musicales subventionnées en particulier. David Snug semble ne rien s’interdire. Il brille par sa pertinence saupoudrée de manque de tact (définition de l’impertinence ?). Le lire est une vraie bouffé d’air frais pour la petite bobo de province que je suis devenue. Je suis aussi très fan de son trait, à la fois simpliste et naïf, tout en rondeur, mais aussi dense et rageur avec ses textures, hachures, points qui ne sont pas sans évoquer le style de Crumb.

Critique sociale

Ce dernier titre Dépôt de bilan de compétences est publié chez Nada, maison d’édition indépendante spécialisée notamment dans la publication d’essais ou des récits ayant trait à la critique et à l’histoire sociales. Ce n’est donc pas une maison d’édition B.D. mais un éditeur tout à fait cohérent pour publier le dernier pamphlet de David Snug sur le travail. Car sa critique du travail bien que décalée est largement documentée, en témoigne la bibliographie à la fin de l’ouvrage.

Les idées de David Snug ne sont pas des diatribes dignes du café du commerce. Dans Dépôt de bilan de compétences, la force de son propos repose sur la mise en perspective de son expérience avec toutes ses lectures sur la notion de travail, de paresse, de liberté et d’aliénation. En fin d’ouvrage, le très sérieux sociologue et docteur en tourisme Julien Bordier, resitue très intelligemment aussi le propos de la B.D. La notion de travail, sa construction historique, l’idéologie et le sens du travail.

Dépôt de bilan de compétences de David Snug éditions Nada 4eme de couverture

Lire ou écouter, inutile de choisir

Bref 96 pages passionnantes pour la modique somme de 15 € qui ont le mérite de nous faire marrer et de nous faire réfléchir. De bonnes pistes pour donner un sens à nos 7 heures de labeur quotidiennes (ou pas).

Et, ô joie, David snug est à l’affiche du festival pluridisciplinaire le Make noise fest ! Organisé le 18 juillet par le tiers-lieu Container à Angresse dans les Landes. Pour une rencontre et expo de ses planches mais aussi un concert de son groupe Trotsky musique. Je croise les doigts tous les jours pour que le festival ait bien lieu. Tout en craignant une rencontre avec lui dans le cadre d’une interview radiophonique… Si je me régale de son propos critique, je réfléchis déjà à la pertinence de mes questions pour ne pas me faire afficher par le maître !

En attendant, je vous invite à lire Dépôt de bilan de compétences. À lire toute son œuvre. À le suivre sur son blog et les réseaux sociaux, Instagram et Facebook. Et à écouter son groupe Trotski Nautique ! Voire, à lire toute son œuvre en écoutant son groupe !

Dépôt de bilan de compétences, de David Snug, Éditions Nada, 96 pages, 15 €.

Formica, de FABCARO

Tragédie comique irrésistible

Souvent, au sein de nos magnifiques sociétés modernes et dites évoluées, nous pouvons ressentir de la colère, de l’indignation ou de la triste face à la bêtise humaine, des élites ou du commun des mortels. Dans ces cas là, on peut s’adresser à un professionnel de la psychologie pour apprendre à supporter les 95% de névrosés et 5% de psychopathes qui nous entourent. On peut lire aussi. Si vous optez pour cette solution, non remboursée par la Sécurité Sociale, je vous recommande toute l’œuvre de Fabcaro en général et son dernier titre en particulier : Formica, paru aux éditions 6 Pieds sous terre.

chronique de formica, BD de Fabcaro, éditions 6 pieds sous terre

Drame familial

Avec Formica, Une tragédie en 3 actes, vous ne vivrez plus les réunions de famille de la même manière. Dans cette BD, l’auteur dessinateur nous invite à passer le fameux traditionnel déjeuner du dimanche en compagnie d’une famille bien sous tous rapports. Mais ce moment dominical sacré, de partage et d’amour, prend une tout autre tournure lorsque les membres de cette famille se posent la question : mais de quoi va t-on bien pouvoir parler ? Et là c’est le drame. L’auteur l’annonce sur la couverture, ce livre est une tragédie. Telle une tragédie grecque, Formica nous emmène dans les tréfonds de l’âme – avec des morts, des drames et tout – sauf que c’est super drôle.

Familles dysfonctionnelles

Fabcaro a l’habitude d’être piquant sur le couple, la société de consommation et la connerie humaine en général en dessinant son absurdité à l’extrême. Il va encore plus loin dans Formica. Il a définitivement rayé l’expression politiquement correct de son processus de création et c’est hilarant. Dans cette famille par exemple, les enfants jouent au jeux des 7 familles dysfonctionnelles qui comprend la famille Boulghour et curcuma avec la mère ergothérapeute, la famille Manif pour tous avec le père qui a un pull sur les épaules ou encore la famille Chassé-croisé du 15 août dont le père est décédé. Je vous avais prévenu, c’est trash et irrésistible. J’ai eu honte de rire parfois car comme toute bonne occidentale marquée par l’héritage judéo-chrétien, je me traine encore quelques blocages. Mais j’ai ri, je suis sur la bonne voie !

Planche BD de Formica de Fabcaro éditions 6 pieds sous terre.
© Fabcaro / 6 Pieds sous terre

Dans les 3 actes de cette tragédie comique, le dessin appuie le propos – la vacuité des réunions de familles ennuyantes et hypocrites – avec un trait fin et léger, des couleurs criardes seulement pour les personnages. Comme dans une pièce de théâtre, Fabcaro construit son récit avec une unité de lieu et de temps. L’auteur le rythme en utilisant la mise en abyme. Via un chœur antique qui s’introduit dans la réunion de famille. Des scénettes d’une page sur un vol aérien low coast. Ou encore des voyageurs de métro déguisés en nourriture. C’est absurde et magnifique. Vous n’allez pas sourire en lisant Formica, vous allez rire au éclats. On tourne les pages et on secouent les épaules sans ne plus rien contrôler. C’est tellement bon.

Fabcaro fan club

Oui dans mon émission radio littéraire Délivrez-moi sur Wave Radio, j’ai chroniqué il y a peu Open bar de Fabcaro. Oui je lis et chronique toutes les BD de cet auteur. C’est objectivement justifié : il est excellent et productif ! Ce n’était pas encore le cas sur le blog, c’est réparé ! Faites-vous du bien, lisez et offrez La bredoute, -20% sur l’esprit de la foret, Et si l’amour c’était aimer, Open bar… Et évidemment Zaï Zaï Zaï Zaï, paru en 2015 et auréolé de nombreux prix : Prix du public Sud-Ouest/Quai des bulles à St-Malo, Prix RTL BD du mois, Album d’or Festival de Brignais, Mention spéciale du Président du jury du prix Landerneau 2015, Prix des Libraires de bandes dessinées 2016, Prix de l’association des critiques (ACBD) 2016, Prix SNCF du Polar 2016 !

Indispensable 6 pieds sous terre

Formica, comme de nombreuses œuvres de Fabcaro, est publié chez l’excellente maison d’édition 6 Pieds sous terre, une maison indépendante, éditeur de bandes dessinées moderne et alternatives, fondée en 1991 à Montpellier par Jean-Philippe Garçon, Jean-Christophe Lopez et Jérôme Sié. Une maison d’édition indispensable qui publie des auteurs indispensables comme Edmond Baudoin, Guillaume Bouzard, Gilles Rochier, James, Loïc Dauvillier, Manu Larcenet, Matthias Lehman, Terreur Graphique, Tanx et bien d ‘autres ! Des lectures savoureuses qui devraient être remboursées par la Sécu.

Quoique c’est un vrai plaisir de dépenser quelques euros pour de si bonnes lectures. C’est comme une thérapie, le paiement fait partie intégrante des bénéfices. Foncez sur leur site pour découvrir leur catalogue. Et foncez chez votre libraire vous procurer Formica de Fabcaro !

Formica, Une tragédie en 3 actes, de Fabcaro, 64 pages, 13 €, Éditions 6 Pieds sous terre.

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, d’Emil Ferris

Bijou graphique et littéraire

Dans mes lectures, j’aime être bouleversée, bousculée, intriguée, fascinée, inspirée. Et le livre que je vous recommande aujourd’hui a produit tous ces sentiments ! Il s’agit de Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, un roman graphique d’Emil Ferris publié chez Monsieur Toussaint Louverture. Je n’ai pas été la seule séduite par ce bijou littéraire et artistique. Emil Ferris vient d’obtenir le Fauve d’Or au Festival International de bande dessinée d’Angoulême cette année. Après avoir remporté trois Eisner Awards, récompenses BD aux États-Unis, ainsi que le prix ACBD (Association des critiques et journalistes de bande dessinée) en France en 2018. Un coup de maître pour le premier livre de cette américaine de 56 ans !

Moi ce que j'aime c'est les monstres, bd d'emil ferris editions monsieurs toussaint louverture fauve d'or angouleme

Chicago dans les années 60

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres nous emporte à Chicago, à la fin des années 60 dans le monde de Karen Reyes, une petite fille de dix ans qui comme le titre l’indique adore les monstres, fantômes, vampires et morts-vivants. Pour survivre dans l’Amérique de cette période, elle s’imagine même être un loup-garou. Plus facile que d’être dans la peau d’une petite fille. Lorsque sa voisine se suicide d’une balle en plein cœur, Karen n’y croit pas et décide de mener l’enquête. Entre l’Allemagne nazie du passé de la voisine, son quartier prêt à éclater et les propres secrets de sa famille, elle rencontre des monstres, enfin des êtres humains comme les autres, c’est à dire des hommes et des femmes torturés, pétris de contradictions et de sentiments négatifs.

Journal intime

Les 416 pages couleurs du livre représentent donc le journal intime de la petite fille. Plus de 400 pages de réflexions, d’analyse et de sentiments sur le monde qui l’entoure et sur la manière dont elle l’appréhende. Ces réflexions et émotions sont retranscrites avec des textes assez forts, utilisant le langage d’une petite fille de 10 ans mûre et sans tabou. Mais également en dessins, pleines pages couleurs des scènes de la vie ou de son esprit, croquis des êtres qui l’habitent ou qui évoluent dans son quotidien. Pour mieux comprendre et accepter la réalité, Karen la retranscrit en mots et en dessins telle qu’elle la perçoit dans son esprit. Et le résultat est tout simplement fascinant, bouleversant.

J’ai acheté ce livre à l’automne 2018 et je ne le chronique que plusieurs mois après car j’ai savouré chaque page. Chaque détail d’un dessin riche et foisonnant. J’ai répété chaque mot de son esprit en ébullition permanente. Avec ses yeux, ses mains, son esprit d’enfant, la petite Karen a ouvert en moi la brèche de ma perception du monde. Tel que je le vois et comment je peux le supporter.

Extrait de Moi ce que j'aime c'est les monstres, BD d'emil Ferris aux éditions Monsieur Toussaint Louverture

Roman graphique protéiforme

Moi, Ce que j’aime, c’est les monstres est un un vrai roman : à la fois une enquête, un drame familial, une fiction historique. Mais surtout avec son histoire, Emil Ferris révèle le monstre qui vit dans chaque être opprimé, oublié, écrasé et quelle direction chacun de nous peut lui donner. Livre d’une mineure pour les minorités, pour les femmes ou tout être brimé, il représente un souffle de liberté, une clef pour exister. Les monstres ne sont finalement pas ceux que l’on croit.

La force du récit s’appuie évidemment sur les dessins. Chaque page, chaque dessin représente une œuvre d’art à part entière. Tous les dessins ont été réalisés au stylo bille. Avec des traits déterminés et déterminants. Des coups de stylo posés comme une urgence. Il y a du Crumb, il y a du Sendak dans le trait et l’univers graphique d’Emil Ferris. Mais surtout il y a du Emil Ferris. Un style inimitable et tout simplement subjuguant.

Extrait de Moi ce que j'aime c'est les monstres, BD d'emil Ferris aux éditions Monsieur Toussaint Louverture, Fauve d'Or à Angoulême.

Refusé par plus de 40 éditeurs…

L’impact de cette œuvre s’explique par le génie de son auteur mais aussi par l’histoire de sa création. En 2002, Emil Ferris, mère célibataire et illustratrice, gagne sa vie en dessinant des jouets et en participant à la production de films d’animations. Lors de la fête de son quarantième anniversaire, elle se fait piquer par un moustique et ne reprend connaissance que trois semaines plus tard à l’hôpital. Suite à une méningo-encéphalite, l’une des formes les plus graves du syndrome du Nil occidental. Les médecins lui annoncent qu’elle ne pourra sans doute plus jamais marcher. Pire encore, sa main droite, ne peut plus tenir un stylo…

Sans avenir, installé chez sa mère, Emil Ferris décide de se battre encouragée par sa mère, sa fille et des femmes qui s’occupent de ses soins. Elle recommence le dessin en attachant un stylo à sa main. Puis s’inscrit au Chicago Art Institute, dont elle sortira, diplômée. C’est à cette époque qu’elle commence l’écriture de son roman graphique dont l’idée est bien plus ancienne. Elle mettra six ans à réaliser cette œuvre de 800 pages. Après 48 refus, l’éditeur indépendant Fantagraphics accepte le manuscrit. Le premier tome de Moi, Ce que j’aime, c’est les monstres paraît aux États-Unis en février 2017. Et c’est le succès.

Critiques dithyrambiques méritées

« Emil Ferris est une des plus grandes artistes de bande dessinée de notre temps. » — Art Spiegelman, le pape du roman graphique notamment auteur de la fabuleuse série Maus.

« Une des œuvres les plus profondes, ambitieuses et abouties parues ces dix dernières années, tous supports confondus. Rarement des mots et des images ont fonctionné ensemble de manière aussi fluide au sein d’une histoire de cette complexité. » — Forbes

Cher Monsieur Toussaint Louverture

La version française est éditée par le fabuleux Monsieur Toussaint Louverture, structure éditoriale indépendante fondée en 2014 par Dominique Bordes. À l ‘instar de ce titre, Monsieur Toussaint Louverture s’intéresse aux textes oubliés ou méconnus de littérature étrangère. Par exemple, Le dernier stade de la soif et À l’épreuve de la faim de Frederick Exley ou Enig Marcheur de Russell Hoban.
Preuve de l’originalité et de la qualité des textes, les choix éditoriaux de Dominique Bordes rencontre un public large. Surtout pour une maison d’édition indépendante. Le linguiste était presque parfait, de David Carkeet, a été vendu à plus de 15 000 exemplaires. Karoo sorti en 2012 et maintes fois réimprimé, atteint près de 50 000 exemplaires. Publié en 2013, Et quelquefois j’ai comme une grande idée, de Ken Kesey, l’auteur de Vol au dessus d’un nid de coucou, a lui aussi touché des milliers de lecteurs. Plus de 30 000 en 2015 selon les derniers chiffres trouvés.

Des livres différents et beaux

Monsieur Toussaint Louverture publie peu, seulement 3 ou 4 ouvrages par an. Et seulement 3 BD depuis ses débuts ! Mais des livres différents qui trouvent à chaque fois leur public. Des livres denses qui font la part belle aux perdants et nous font sentir moins seuls. Des livres-objet beaux qui donnent envie de les posséder avant même de les lire (j’ai précommandé chez ma libraire préférée Ce que cela coûte, de W.C. Heinz à paraître début février sans même connaitre le sujet…). Format, typo, papier, grammage, rabat, couverture, rien n’est laissé au hasard. C’est encore le cas avec le livre premier de Moi ce que j’aime c’est les monstres. Déjà réédité plusieurs fois, sélectionné parmi les « 100 livres de l’année » du magazine Lire. Distingué par de nombreux prix. Merci Monsieur Toussaint Louverture. Vivement le livre second !

Je précise que vous pouvez devenir l’heureux propriétaire de cette œuvre d’art pour la modique somme de 34,90 € ! Et je vais finir par saluer le travail de Jean-Charles Khalifa, le traducteur ainsi que le lettrage à la main de Amandine Boucher et Emmanuel Justo .

Moi, Ce que j’aime, c’est les monstres, d’Emil Ferris, Éditions Monsieur Toussant Louverture, 34,90 €.


Fake news, de manu larcenet

recueil inclassable et magnifique

Je voulais partager mon gros coup de cœur pour Fake news du talentueux Manu Larcenet publié aux éditions Les Rêveurs. Ce n’est pas un roman, pas une bd, pas un essai, c’est un recueil inclassable, riche, drôle et émouvant.

Alors pourquoi inclassable ? Car ce n’est pas une BD ou un roman graphique classique. Il s’agit d’un recueil de dessins de Manu Larcenet accompagnés chacun d’une fake news. Cette expression, très utilisée par un président orangé, signifie littéralement en anglais fausse nouvelle, fausse actu.

[ Digression ]

Mais l’expression chère à Donald Trump retranscrit aussi le caractère délibérée de la fausse information comme l’explique le Journal Officiel : information « mensongère ou délibérément biaisée », servant par exemple « à défavoriser un parti politique, à entacher la réputation d’une personnalité ou d’une entreprise, ou à contrer une vérité scientifique établie ». Alors comme la traduire ? La commission d’enrichissement de la langue française a tranché, après plusieurs mois, pour traduire « fake news » par le terme « information fallacieuse » ou par le néologisme « infox », forgé à partir des mots « information » et « intoxication ». Cette digression explique sûrement pourquoi Manu Larcenet a préféré utilisé l’expression en anglais !

Fake News authentiques de Manu Larcenet aux éditions Les Reveurs.
© Les Rêveurs

Fake news authentiques

Manu Larcenet nous propose 200 pages de Fake News en précisant dès le début de l’ouvrage que dans un soucis de totale honnêteté vis à vis du lecteur, « toutes les fakes news présentées dans cet ouvrage sont absolument authentiques ». Un soucis de transparence qui rassure le lecteur sur la teneur de la suite ! Histoire, art, politique, extrémisme, religion, économie, Manu Larcenet nous distille ses fausses actus sur tous les sujets. Stéréotypes plus vrais que nature d’articles de presse, ces fake news se moquent, divertissent et dénoncent.

Pour vous donner une idée de l’absurde et de la drôlerie de ces news, voici quelques titres :
– Atteint de la maladie d’Alzheimer, le président du groupe Laure et HALL, leader du marché des cosmétiques, lègue sa fortune à un promeneur.
– Apparition puis disparition de la vierge.
– Le gouvernement s’attaque au sujet sensible des toiles d’araignées.
Et pour vous donner le ton de ces fake news, voilà celle de la page 63 :
 » Proche orient
Le prince saoudien Ahmed Ben Iznogoud vient d’autoriser les femmes à conduire et a promis qu’elles pourraient aussi acheter de l’essence dans moins de 200 ans. « 

Le dessin en point de départ

Pour la forme, un dessin, une illustration accompagne chaque actu. Il faut savoir que Manu Larcenet a d’abord réalisé les dessins et ce sont ces dessins qui lui ont inspiré les textes. Des illustrations magnifiques dans le trait, les détails, les expressions, les couleurs. Des dessins à l’image des textes, parfois sombres, parfois colorés, mais aussi drôles, poétiques, inspirants. J’ai lu sur le site de l’éditeur Les rêveurs que Manu Larcenet avaient réalisé tous les dessins à la tablette ! Mais en observant le trait, j’ai du mal à y croire ! Le rendu apparait encore plus incroyable.

Dessins somptueux de Manu Larcenet publiés aux éditions Les Rêveurs.
© Les Rêveurs


Ce titre n’est pas un coup d’essai de Manu Larcenet pour le genre du livre de dessins accompagnés de textes. Il avait déjà publié les sublimes Peu de gens savent en 2010 puis Nombreux sont ceux qui ignorent en 2012.
Avec ces livres, il représente pour moi l’un des auteurs les plus brillants de la bande dessinée aujourd’hui.
Il a déjà le mérité de m’avoir fait aimé ce genre littéraire, moi lectrice septique de la BD belge. J’ai dévoré Le retour à la terre, avec Jean-Yves Ferri au scénario. J’ai succombé à l’émotion du Combat ordinaire. Et j’ai été subjugué par la série Blast achevée en 2014. Et ce ne sont que quelques titres parmi tous ceux qu’il a réalisé !

Expérimentation supplémentaire

Par la force de son dessin, ses idées, Manu Larcenet nous rend moins cons, moins moches, nous touchent et c’est encore le cas avec son recueil Fake News, publié chez Les Rêveurs, la maison d’édition qu’il a cofondée avec Nicolas Lebedel en 1997. Une structure d’édition créée pour expérimenter. Et quand vous vous plongez dans leur catalogue, tout comme dans ce livre, vous réalisez que les textes, le dessin non formatés représentent vraiment une bouffée d’air frais. Pas un caprice de bobo : chacun de leur ouvrage est réfléchi, justifié. Vous pouvez découvrir leurs publications sur leur site.

Parallèlement à la sortie de Fake news de Manu Larcenet en octobre 2018, ils ont également publié fin août Krazy Kat, George Herriman Une vie en noir et blanc, par Michael Tisserand, la première biographie en Français de George Herriman, auteur majeur de comic strip. Et en septembre, Mutts – Dimanches Soir de Patrick McDonnell, le troisième recueil inédit en France des strips du dimanche en couleur, des années 2003 et 2004 qui mettent en scène un chien Earl et un chat Mooch.

en réimpression !

Les Rêveurs, c’est donc une petite maison d’édition qui publie peu mais bien. Chacun de leur ouvrage est également parfaitement réalisé. On sent les amoureux de l’objet livre. Fake News présente une magnifique couverture couleur cartonné et un signet, ruban qui fait office de marque page et permet de ne pas abimer ce travail sublime. J’ai lu fin 2018 que Manu Larcenet s’étonnait sur sa page Facebook de la démesure du tirage initial – 8 000 exemplaires pour ce titre -, doutant que le recueil atteigne autant de lecteurs. Et d’annoncer ensuite que ce tirage initial était épuisé ! Bonne nouvelle pour cet ouvrage et cette maison d’édition qui le méritent.

Fake News de Manu Larcenet, éditions les Rêveurs, un beau livre.
© Les Rêveurs


Sur le Net, j’ai aussi appris que Manu Larcenet travaillait sur un nouveau tome du retour à la terre, 10 ans après le dernier. J’espère que ce n’est pas une infox ! En attendant ce prochain plaisir, régalez-vous des ces authentiques fake news !

Fake News, Manu Larcenet, éditions Les Rêveurs, octobre 2018, 22 €.

Les Zenfants presque Zéro Déchet : drôle et intelligent !

Les Zenfants presque zéro déchet, à offrir à tous les enfants !

Les Zenfants presque zéro déchet, Ze mission, de Jérémie Pichon et Bénédicte Moret (Famille Zero Dechet), publié chez Thierry Souccar Editions fait partie des titres jeunesse indispensable à offrir aux enfants !

Les Znfants presque zéro déchet, livre jeunesse indispensable !

La famille zéro déchet propose Ze mission aux enfants : sauver la planète en devenant des héros de la protection de l’environnement en 98 pages. Dans ce livre :  » des super héros sans pouvoirs avec des costumes pourris qui ne font que des conneries » ! Et ce n’est pas moi qui le dit mais la quatrième de couverture ! Les 2 auteurs invitent donc la jeunesse à rejoindre l’équipe de ces super héros du zéro déchets : Mali et dia, les enfants mais aussi Compostman, Zéroman, Greengirl, la Fée Letoi, Slipman.

Mi-documentaire, mi-BD

Au programme pour sauver le monde, plein de trucs & astuces : fabriquer sa propre pâte à modeler, créer des sacs en tissus personnalisés, organiser un anniv, pâques, halloween, ou noël sans déchet, faire un pique-nique sans plastique ! Bref Jérémie Pichon et Bénédicte Moret, heureux parents de 2 enfants, savent de quoi ils parlent ! Et expliquent aux jeunes lecteurs comment vivre en réduisant ses déchets.

A travers les textes courts toujours empreints d’humour de Jérémie et les dessins colorés et positifs de Bénédicte. Les thématiques sont abordées en plusieurs temps, une BD, un partie documentaire et une action pour changer le monde. Avec des activités, des jeux… C’est un format de littérature jeunesse très attractif pour les enfants.

Si vos bambins sont jeunes, vous prendrez plaisir à décortiquer ce livre avec eux. Et s’ils sont en âge de lire mais pas forcément gros lecteurs, ce parti pris mi-documentaire illustré mi-bd rend la lecture des infos très attrayante et très digeste. Le livre est conseillé à partir de 8 ans mais j’ai lu des passages à ma fille de 6 ans : elle a tout compris et était vraiment intéressée (je suis bonne pour coudre des mouchoirs lavables…).

Une tonne d’infos sur la production de déchets

L’humour et les dessins plairont aux enfants mais ne vous détrompez pas. Ce n’est pas un guide futile. Les auteurs, à défaut d’engendrer des kilos de déchets, présentent en 98 pages une tonne d’informations économiques et environnementales. Incitez les enfants à produire moins de déchets c’est bien. Mais leur expliquer pourquoi c’est nécessaire, c’est mieux ! Avant de donner leur trucs et astuces, Jérémie et Bénédicte développent à chaque fois pourquoi l’utilisation ou l’achat de certains produits est nocif pour la planète. A propos des fournitures scolaires, des jouets, des vêtements, des fêtes, des jeux, de l’hygiène, des courses… Et à chaque fois, ils proposent des solutions alternatives qui séduiront les enfants car elles nécessitent du bricolage, de la création, de l’inventivité… Et ça, c’est bien connu nos enfants en sont tout à fait capables !

Un Blog, deux livres presque zéro déchet

Cette merveille est donc l’œuvre de la famille preque Zéro Déchet. Ils animent avec humour un blog  depuis 2014, date à laquelle ils ont décidé de réduire leur déchet. Ils racontent depuis sur ce blog leur expérience au quotidien, leurs recettes, leurs trucs et astuces en texte et en image avec beaucoup d’humour. Face au succès du blog, ils ont sorti l’an dernier leur premier livre Famille presque zero déchet Ze guide. Un vrai régal et un vrai succès aussi à destination des adultes ! La recette ? Leur texte et leur dessins très personnels qui sentent le concret, le vécu, le tout enrobé dans beaucoup d’humour. Il éduquent leurs propres enfants avec cette pratique de réduction des déchets. Et ils ne sont pas égoïstes, ils partagent aujourd’hui leurs secrets pour les enfants dans ce livre Les Zenfants presque Zéro déchet, Ze mission.

Ce livre devrait figurer dans toutes les bibliothèques et classes de france. Mais vous pouvez commencez par le mettre au pied du sapin pour vos enfants, petits-enfants, neveux ou nièces, filleuls. Bref offrez-le à un enfant !

Les Zenfants presque zéro déchet, de Bénédicte Pichon & Jérémie Pichon, Thierry Souccar Editions, 96 pages, 13,90 €.