Dépôt de bilan de compétences, de David Snug

Le sens du travail, revu et corrigé

Pendant le confinement, j’ai lu Dépôt de bilan et de compétences, la dernière B.D. de David Snug parue aux éditions Nada en février. Je l’avais acheté lors de mes dernières vacances dans le Tarn à la superbe librairie-café Plum à Lautrec (#bonneadresse). La crise sanitaire et économique a provoqué de nombreuses réflexions sur la nécessité, le sens du travail. La lecture de cette bande dessinée n’en a été que plus pertinente !

chronique de dépôt de bilan de compétences de david snug éditions Nada

Dans ce titre autobiographique, David Snug part de ses expériences professionnelles pour nous livrer ses réflexions sur le travail, de l’absurdité du salariat aux dérives du capitalisme. CDD, intérim, chômage… En racontant des épisodes de sa vie, il aborde la question du déterminisme social, de la pénibilité du travail à la chaîne, du vide des formations professionnelles… Bref, toutes les absurdités et dérives du système.

Chômeur actif

Ce n’est pas tant la notion de travail que l’auteur remet en cause ! Car il écrit, dessine et partage des planches de BD tous les jours sur son blog ou les réseaux sociaux. Il répète avec son groupe et donne régulièrement des concerts. Il ne chôme pas même s’il est chômeur ! C’est plus la notion d’obligation du travail et sa déclinaison en salariat qui le rebute. Et la recherche de liberté qui l’anime et qui devrait tous nous animer finalement…

https://www.youtube.com/watch?v=pFkkowTLJbg

Quand il raconte dans le livre ses expériences de travail dit  » non-qualifié  » et sous-payé, le manque d’intérêt et la longueur des missions, la répétitivité des tâches démontrent que ces boulots nécessitent pourtant des qualifications ! De patience, de courage, de concentration et de précisions. Clairement, peu de grands patrons ou d’homme politiques seraient capables de les exercer. Et dans le sens de cette qualification, il apparait déraisonnable de les sous-payer. Alors que les dirigeants amassent des ponts d’or. C’est cette réalité que l’auteur dénonce avec humour et intelligence. Sans avoir peur de mettre les pieds dans le plat.

Plaidoyer en faveur d’un salaire minimum

Placer ce livre entre les mains de grands patrons ou d’hommes politiques pourraient leur faire réaliser la nécessaire augmentation du salaire minimum. Et la condition de David Snug, artiste qui participe à sa manière au fonctionnement et à l’équilibre de notre société, leur donnerait aussi – peut-être – la bonne idée de mettre un place un revenu minimum pour tous. Mais je crains que ces hommes réputés pour leur premier degré soit détournés de l’intelligence du propos par le dessin insolent et l’humour ravageur de David Snug.

Râleries salutaires

David Snug est en réalité Guillaume Cardin. Il a choisi ce pseudo pour faire plus américain. Originaire de Caen, il vit désormais à Paris. Je l’ai découvert en 2011 à la parution de son titre 64 ans en 2039 aux éditions Les enfant rouges dans lequel il raconte les aventures de son double projeté dans le futur et résistant à l’implant d’une puce dans le rectum. J’ai immédiatement été séduite par son irrévérence qui dénonce avec humour les travers de nos sociétés modernes. C’est un râleur qui fait preuve d’un sens critique plus développé que chez le commun des mortels. Un de ceux à qui on ne l’a fait pas. Bref, un être essentiel.

Et dans ces récits largement autobiographiques, on retrouve souvent son aversion pour l’industrie musicale, la publicité, le travail en général, les enfants et les cons en particulier. Depuis, j’ai savouré tous ces livres avec un plaisir immense. Comme Lionel J et les PD du cul, publié chez Marwanny, encore un formidable pamphlet qui fait coup double à la fois contre l’industrie de la musique et les hommes politiques. Mais aussi J’aime pas la musique, autre récit autobiographique, BD d’apprentissage où il raconte comment, son rejet pour l’ordre et les normes l’ont amené au punk et à la BD underground.

Impertinence et manque de tact

Même rigolade dans La vie est trop Kurt, Éditions Même pas mal, où on le suit débarqué à Paris, nouvelle terre d’énergumènes bons à être fustigés ! Ou encore Je n’ai pas de projet professionnel, en 2017 chez le même éditeur. Là encore autobiographie satyrique du monde de la musique en général et des structures musicales subventionnées en particulier. David Snug semble ne rien s’interdire. Il brille par sa pertinence saupoudrée de manque de tact (définition de l’impertinence ?). Le lire est une vraie bouffé d’air frais pour la petite bobo de province que je suis devenue. Je suis aussi très fan de son trait, à la fois simpliste et naïf, tout en rondeur, mais aussi dense et rageur avec ses textures, hachures, points qui ne sont pas sans évoquer le style de Crumb.

Critique sociale

Ce dernier titre Dépôt de bilan de compétences est publié chez Nada, maison d’édition indépendante spécialisée notamment dans la publication d’essais ou des récits ayant trait à la critique et à l’histoire sociales. Ce n’est donc pas une maison d’édition B.D. mais un éditeur tout à fait cohérent pour publier le dernier pamphlet de David Snug sur le travail. Car sa critique du travail bien que décalée est largement documentée, en témoigne la bibliographie à la fin de l’ouvrage.

Les idées de David Snug ne sont pas des diatribes dignes du café du commerce. Dans Dépôt de bilan de compétences, la force de son propos repose sur la mise en perspective de son expérience avec toutes ses lectures sur la notion de travail, de paresse, de liberté et d’aliénation. En fin d’ouvrage, le très sérieux sociologue et docteur en tourisme Julien Bordier, resitue très intelligemment aussi le propos de la B.D. La notion de travail, sa construction historique, l’idéologie et le sens du travail.

Dépôt de bilan de compétences de David Snug éditions Nada 4eme de couverture

Lire ou écouter, inutile de choisir

Bref 96 pages passionnantes pour la modique somme de 15 € qui ont le mérite de nous faire marrer et de nous faire réfléchir. De bonnes pistes pour donner un sens à nos 7 heures de labeur quotidiennes (ou pas).

Et, ô joie, David snug est à l’affiche du festival pluridisciplinaire le Make noise fest ! Organisé le 18 juillet par le tiers-lieu Container à Angresse dans les Landes. Pour une rencontre et expo de ses planches mais aussi un concert de son groupe Trotsky musique. Je croise les doigts tous les jours pour que le festival ait bien lieu. Tout en craignant une rencontre avec lui dans le cadre d’une interview radiophonique… Si je me régale de son propos critique, je réfléchis déjà à la pertinence de mes questions pour ne pas me faire afficher par le maître !

En attendant, je vous invite à lire Dépôt de bilan de compétences. À lire toute son œuvre. À le suivre sur son blog et les réseaux sociaux, Instagram et Facebook. Et à écouter son groupe Trotski Nautique ! Voire, à lire toute son œuvre en écoutant son groupe !

Dépôt de bilan de compétences, de David Snug, Éditions Nada, 96 pages, 15 €.

Dans la forêt, de Jean Hegland

Roman bouleversant des éditions Gallmeister

Dans la forêt… Il existe des livres qui vous interpellent si bien que vous avez hâte de les retrouver le soir après votre journée de travail. Des romans dont vous dévorez les 250 premières pages en quelques heures puis faites durer le plaisir des 50 dernières sur plusieurs soirées… Dans la forêt, de Jean Hegland, fait indéniablement partie de ceux là.

Dans la forêt, roman de Jean Hegland paru aux editions GallmeisterJ’avais envie de le lire car je fonce toujours les yeux fermés pour une publication des éditions Gallmeister. Et j’étais intriguée car le roman de l’américaine publié dans son pays en 1996 n’avait jamais connu d’édition française. J’en ai déduit que si Gallmeister nous propose sa traduction 20 ans après, c’est que le texte promettait d’être une belle découverte. Et c’est plus que le cas.

Dans la forêt est classé dans la collection Nature writing de l’éditeur car la nature tient lieu de personnage central dans cette fiction qui pourrait aussi être sommairement classée dans le genre roman d’anticipation. Je m’explique. L’amérique est en pleine apocalypse sur fond de crise énergétique, épidémies, catastrophe naturelle. L’auteur reste mystérieuse sur les causes et les détails de cette déroute car ce n’est pas le thème du roman. Le sujet du livre résulte des conséquences. Tout est fermé, les écoles, les banques, les commerces. Il n’y a plus d’électricité, Internet, ni d’essence. Et cette déroute nous est conté par la voix de Nell, une jeune fille de 17 ans qui vit au cœur de la forêt avec sa sœur Eva âgée de 18 ans. La première devait connaître un brillant avenir intellectuel puisque pratiquement admise à Harvard. Sa sœur se dirigeait vers une carrière artistique de danseuse.

Survivre à la déchéance de l’humanité

Sauf que leur avenir change de route avec l’effondrement de la civilisation. Elles vivent dans la forêt depuis toujours car elevées par des parents bohèmes et à contre-courant de la société de consommation américaine. Elles ont été habituées à un mode de vie alternatif. D’ailleurs, toute cette partie me fait penser au récent film de Matt Roos sorti en 2016 Captain fantastic sur l’histoire d’un père qui souhaite élever ses enfants en dehors de tous contacts négatifs avec la civilisation. Bref, Nell et Eva sont habituées à vivre plus ou moins en autarcie au cœur de la nature. Pourtant lorsque la crise dure, que leur parents disparaissent, elles vont devoir se débrouiller seules. Pour survivre, pour s’adapter à ce bouleversement de destinée. Et même des êtres humains mieux préparés que le commun des mortels à la survie de l’humanité vont connaître la peur, le doute, la colère…

Roman initiatique et manuel de survie

Je ne vous en dis pas plus, ce serait gâter le plaisir de lecture de ce roman magnifique. A la fois roman initiatique et manuel de curiosités naturelles, mais aussi revisite du mythe de robinson ou de l’enfant sauvage. Cette fiction passionnante est le journal intime d’un jeune fille de 17 ans déboussolée  – comme souvent – par le passage à l’âge adulte mais aussi les conséquences de l’effondrement de la civilisation (c’est moins courant). Dans la forêt est un manuel de survie. Adaptation au déclin , survie à nos chimères. Un guide profond vers l’essentiel, la communion avec la nature et les élements. Le tout porté par la voix d’une femme, ce qui reste rare en nature writing ou dans les romans d’anticipation. Cela confère à cette œuvre intense une espèce de sensualité et d’acceptation à l’horreur, à la dureté, à la résiliation.

La forêt : personnage central

L’écriture n’y est pas pour rien dans cette plongée littéraire. Beaucoup d’humilité et de sobriété dans le style qui respire l’authenticité. C’est un journal de bord d’une jeune fille teintée de son innocence. Elle nous livre son ressenti sur un ton à la fois personnel et encyclopédique, un récit ambivalent touchant de naïveté et de maturité. Surtout, au-delà de l’écriture sans faux-semblants et des personnages très attachants, ce roman classé dans la collection Nature Writing fait de la forêt un personnage central. Nature omniprésente dans l’action, dans les descriptions, dans l’atmosphère. Nature hostile mais aussi bien bienveillante. Quand on lit le roman, on sent la terre, on sent l’humidité, on sent la forêt. Une vraie bouffée d’air frais, naturelle et humaine. Un roman fabuleux !

Merci aux éditions Gallmeister d’avoir eu la bonne idée d’importer ce texte en France sorti aux Etats-Unis en 1996. Jean Hegland a publié d’autres titres dans son pays depuis. J’espère que l’ éditeur français poursuivra la traduction des œuvres de l’auteure américaine. Une écrivaine à suivre !

Adapté au cinéma

Le livre a été adapté au cinéma avec Ellen Page et Evan Rachel Wood dans les rôles principaux. Sorti en juillet 2016 aux Etats-Unis, il devrait arriver en France prochainement. S’il est évident que le roman représente une excellente base pour un scénario, je ne suis pas convaincue par cette transposition. Qui ressemble à une production américaine (mais pas dans le bon sens du terme…). En regardant la bande-annonce, on découvre une maison d’architecte ultra moderne et une atmosphère de thriller. A l’opposé de mon ressenti à la lecture du roman…

Dans le forêt, Jean Hegland, Editions Gallmeister, 304 pages, 23,50 €.

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3 minutes à méditer, de Christophe André

Le livre qui a (va) changé ma vie !

Trois minutes à méditer, dernier livre de Christophe André, aux éditions de L'Iconoclaste France Culture : critique.Le dernier titre du psychiatre Christophe André, 3 minutes à méditer, une coéditions L’Iconoclaste/ France Culture est mon nouveau livre de chevet ! Je le savoure depuis quelques semaines. Et oui en 2017, je me mets (vraiment) à la méditation ! J’ai déjà pratiqué (essayé) la pleine conscience lors de cours de yoga. C’est là que j’ai vu que j’avais du boulot… Mais j’ai entre aperçu pendant ces tentatives que parvenir à la pleine conscience me procurait un bien fou. J’étais donc tentée depuis quelques années à essayer la méditation. Je n’avais pas encore saisi l’occasion et la sortie de cet ouvrage a fini par m’aider à me lancer. Car essayer la méditation avec un livre, c’est le faire quand on veut, quand on peut sans sortir de chez soi. Et c’est surtout s’initier mais pas seul : avec l’aide d’un professionnel, à savoir christophe andré.

La méditation, gymnastique de l’esprit

Ce livre, issu de l’émission de France Culture que vous avez peut-être déjà suivi durant l’été 2016, qui s’intitulait également 3 minutes à méditer, propose une initiation à la méditation de pleine conscience. C’est à dire une méthode d’origine boudhiste, modifiée et laicisée pour être utilisée dans des contextes de soin (donc rien de religieux là dedans). La méditation de pleine conscience c’est quoi ? C’est une gymnastique de l’esprit qui permet de développer sérénité, force et lucidité. Une gymnastique pour vous invite à respirer, vous concentrer pour lâcher-prise, résister aux maux de notre époque. Bref, tout le monde reconnaît qu’il faut faire de l’exercice physique pour se sentir bien. C’est aussi vrai pour la tête… Voilà un type d’entraînement qui peut aider à se sentir bien, mieux, moins mal : la méditation de pleine conscience !

Dans l’introduction, Christophe andré explique comment il en est venu à la méditation après un drame personnel. Il nous confie que cette pratique est l’outil psychologique qui lui a le plus apporté sur le plan personnel. Une aide précieuse dans les moments de détresse. Mais la méditation a également developpé son aptitude à mieux savourer les bons moments. Là, je suis page 15 du livre et je me dis : « c’est justement ça que je veux ! »

Par Christophe ANdré, médecin-psychiatre

Je pars confiante car je sais que l’auteur est quelqu’un de sérieux. Christophe andré est un psychiatre donc un médecin, spécialisé dans les troubles anxieux et dépressifs. Il a commencé à s’intéresser à la méditation dans les années 90 en tant que praticant et médecin. Il se forme à l’enseignement de pleine conscience et devient l’un des premiers dès 2004 à la proposer à ses patients dans le cadre de protocole thérapeutiques au sein du service hospitalo-universitaire de l’hopital Saint-Anne à Paris.

Ce livre n’est pas l’œuvre d’un gourou ou le produit d’une étude marketing écrite par un pseudo coach de vie ! D’ailleurs, aux plus réticents (oui oui je sais que vous êtes là, n’est-ce pas Claire…), Christophe André explique dans son intro ce que montrent les études sur la méditation. Ensuite, il nous éclaire sur quand, comment et où méditer au quotidien. Et pour nous aider, suivent 40 chapitres ou 40 petites méditations destinées à ouvrir des parenthèses de pleine conscience. Il propose d’en déguster une par jour. Pour prendre le temps de s’initier à cette pratique.

Et ce merveilleux livre qui se dévore – difficile de ne lire qu’un chapitre par jour – contient également un CD. A ecouter dans le lit, la voiture. 40 pistes, donc une par jour aussi. Pour entendre la douce voix de Christophe André nous initier par de petits exercices à entrer dans la méditation de pleine conscience. Et pour vous donner une idée, j’ai sélectionné un extrait : la piste / chapitre 2 du livre CD (l’émission radio du 5 juillet 2016).

Le bavardages des pensées

Ce que certains thérapeutes appellent Mental FM. C’est à dire le bavardage constant de notre esprit, les pensées qui envahissent notre esprit en permanence. Si je vous propose cet extrait c’est qu’il aborde l’un des mes problèmes… Et je n’en peux plus ! De la liste de courses à la paperasse administrative en passant par la logistique-taxi des enfants, les mails à envoyer et les dossiers boulot à régler… Mon esprit ne s’arrête jamais de tout balayer en détail ! Je suis fatiguée. Je voudrais qu’il fasse une pause ! Christophe André nous apprend à prendre de la distance, repérer ces pensées incessantes, apprendre à s’en détacher. Regarder le flot des pensées au lieu de s’y débattre. On l’écoute !

Les autres exercices du guide d’initiation 3 minutes à méditer s’intéressent au souffle, émotions, angoisses, du bon usage des écrans, à l’alimentation, au présent, la contemplation… 40 thématiques pour nous aider à prendre du recul, voir les choses autrement. 40 exercices de gymnastique de l’esprit. Lidée de cette émission de radio était génial. Et quelle bonne idée de l’avoir transposée en livre-CD. 230 pages, un CD indispensable qui peuvent faire du bien à tout le monde. Malheureusement, pas encore remboursé par la sécu mais pour la modique somme de 19,90 €, vous en avez pour votre argent. Et pas de panique si vous n’avez plus de lecteur CD dans la voiture ou chez vous, cet ouvrage ultra moderne (même s’il traite d’un sujet vieux de plus de 2000 ans) contient un code QR qui permet de télécharger les pistes. Elle est pas belle la vie ? A méditer !

3 minutes à méditer, Christophe André, Editions de L’Iconoclaste / France Culture, 230 pages, 19,90 €.

 

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Littoral, de Bertrand Belin : chronique

Second roman de Bertrand Belin : Monde de brutes en poésie

Littoral, le second roman de Bertrand Belin publié chez P.O.L, c’est tout une histoire. C’est toute une histoire car ce livre je ne l’ai pas repéré dans un mailing d’éditeurs, sur les réseaux sociaux ni Internet mais en librairie (l’excellente Le Vent Délire). Ce roman édité chez P.O.L présente la même couverture et jaquette que tous les livres de l’éditeur. Couverture blanche très sobre avec le titre en bleu foncé et le nom de l’auteur en lettres fines. Quatrième de couverture toujours aussi sobre avec seulement quelques lignes. Ici 4, tirées du roman. « L’armée d’un pays, informée par la rumeur, est montée chez lui en fin de journée quand la femme était là avec un seau de patates tout seule debout. »

littoral, roman de Bertrand Belin, édité chez P.O.L : chronique.

Bertrand Belin : auteur, compositeur, interprête

Toujours difficile de se faire une idée dans de telles conditions. Mais avec P.O.L, je pars confiante. Je n’ai jamais été déçu car c’est un éditeur exigeant. Donc je m’arrête sur ce livre. Et ce qui m’attire dans ce petit roman de 96 pages, c’est aussi le titre : Littoral. Vivant près de l’océan, je suis subjectivement intéressée par tous les romans ayant pour cadre le bord de mer. Quand enfin, mes yeux se portent sur le nom de l’auteur, je le prends. L’auteur est Bertrand Belin. Auteur compositeur interprête. Je ne savais pas qu’il était écrivain. En revanche, je sais que son dernier album Cap Waller m’a profondémment touché. Par son univers musical minimaliste tout en finesse. Mais aussi par les textes, forts et poétiques à la fois. Voilà pourquoi j’ai eu envie de lire son roman.

« Une boule d’épouvante »

Et je n’ai pas été déçue, bien au contraire. Ce livre est d’une puissance et d’une poésie incroyables. Comme ce roman elliptique ne fait que 96 pages, il est difficile de vous résumer l’histoire sans rompre le charme. Je vais juste vous dire que c’est l’histoire d’un pêcheur. Dans une contrée proche de Quiberon. A une époque enigmatique mais en temps de guerre ou d’occupation. Un roman universel donc qui, sous le prétexte de cet anti-héros pêcheur au caractère bourru et violent, évoque la tragédie de la guerre et de l’occupation, la violence individuelle et collective. Dans la présentation du roman par l’auteur et sur le site de POL, Bertrand Belin explique que Littoral est :  » une manifestation particulière d’un noyau d’épouvante que j’ai en moi depuis toujours. Une boule d’épouvante qui poussait (…), et l’océan a quelque chose à voir avec ça.  »

On ressent tout à fait cette boule d’épouvante qui grandit à la lecture. Par les procédés littéraires employés par l’auteur d’abord. Les personnages ne sont pas nommés mais désignés par  » l’autre, le plus jeune, le troisième homme, la femme ». Des êtres humains quasi déshumanisés dans une société rongée par la peur et la violence. On ressent l’épouvante par la construction également. Laissant place au suspens et dévoilant l’incident en toute fin d’histoire. Enfin, on la ressent par le style : hâché, répétitif qui fait de ces phrases simples et transparentes des messages d’une intensité qui frappent la lecture. Le livre se dévore en quelques heures. Mais il faut quelques heures pour s’en remettre !

Une lecture qui secoue

L’histoire, le fond comme la forme n’en font pas un roman facile et traditionnel. Mais qu’il est bon de se faire surprendre, secouer de cette manière. Littoral pourrait représenter un exercice stylistique fabriquée de toute pièce. Pourtant, on sent l’écriture instinctive. On sent la boule d’épouvante que l’auteur couche sur papier parce qu’il doit s’en défaire. L’auteur placide et écorché à la fois livre tout. Et cette mise à nu authentique bouleverse à la lecture. J’ai adoré !

Avant de devenir écrivain, Bertrand Belin est avant tout musicien, auteur et compositeur. Né à Auray en 1970, il grandit près de quiberon avec ses 4 frères et sœurs, fils d’une maman au foyer et d’un père pêcheur. Il arrive à Paris en 1989 et se lance dans la musique. Depuis de nombreuses années, parallèlement à une carrière de chanteur, il travaille avec le théâtre, la danse et le cinéma. Concernant sa carrière dans la musique, j’ai particulièrement savouré son dernier album Cap Waller sorti en 2015. L’artiste est d’ailleurs en tournée actuellement !

Avant Littoral, chez le même éditeur, il avait publié en février 2015, un premier roman intitulé Requin. Je l’ai découvert avec Littoral que je vous conseille vraiment de lire. Et je vais me pencher sur son précédent titre avec curiosité et plaisir !

Littoral, de Bertrand Belin, Editions P.O.L, 96 pages, octobre 2016, 9 €.

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