Poésie Art de l’insurrection, de Ferlinghetti

Cure de vitamines

Depuis la fin du confinement, poursuite de l’école à la maison, du télétravail et du désencombrement de la maison. Des journées intensives. Et comme souvent, je puise des forces dans la lecture. C’est exactement l’effet bénéfique qu’a produit Poésie Art de l’insurrection, de Ferlinghetti, traduit de l’anglais par Marianne Costa aux éditions maelstrÖm reEvolution. Une cure de vitamines, une cure de jouvence !

Chronique de Poésie Art de l'insurrection de Ferlinghetti, maelström reevolution

Recommandé par un libraire

Le confinement et la période tout aussi particulière que nous sommes en train de vivre a eu un effet positif sur ma PAL, ma pile de livres à lire : cela fait 3 mois maintenant que je n’achète -presque – plus de livres et que je pioche dedans, que je me cantonne à lire ceux qui attendent depuis des mois voire des années dans cette pile.

Parmi eux Poésie, Art de l’insurrection, le manifeste poétique et politique de Ferlinghetti. J’ai eu connaissance de l’existence de ce livre en regardant les reportages consacrés aux librairies dans La grande librairie, l’émission de France 5. En septembre 2019, c’était au tour de la librairie Caractères située à Mont de Marsan d’être visitée. Et de son fondateur et directeur de présenter ses livres fétiches. Parmi eux et dans la catégorie Livre engagé, Anthony Clément a recommandé ce petit livre rouge de Ferlinghetti. Quelques phrases qui m’ont donné envie de me plonger dans ce recueil. Et comme décidément la vie ne serait rien sans librairie, j’ai pu passer à l’acte grâce à ma librairie à la sélection toujours impeccable et qui l’avait en stock, la librairie Le vent délire à Capbreton.

Petit livre rouge

Acheté à l’automne dernier donc, j’ai fini par le lire pendant et après le confinement. La période idéale pour m’y plonger. Dans ce petit livre rouge – et pour une fois l’adjectif qualificatif n’est pas employé à tort -, Poésie art de l’insurrection est dans un format plus petit qu’un poche et ne fait que 100 pages. Ce petit livre de couleur rouge dont le format fait délibérément référence au petit livre de Mao. Dans ce petit livre rouge donc, le poète américain nous invite à faire de nouveau chanter la poésie ! Et nous exhorte pour cela à sortir, écouter, vivre, remuer, bousculer, inventer, découvrir. L’auteur s’adresse aux jeunes, aux poètes en devenir, à ceux qui peuvent participer au renouveau de notre monde vieilli, sclérosé, mourant.

Invitation joyeuse et énergique

Cette invitation poétique rédigée en 2007 alors que l’auteur avait 88 ans ne représente pas une leçon de morale d’un vieil aigri. Au contraire son invitation poétique est optimiste, joyeuse, énergique et souvent drôle. Lawrence Ferlinghetti nous éveille, nous réveille, nous touche. Et autant dire que dans le contexte, ce livre m’a fait un bien fou. Avec ce texte révolutionnaire, ses réflexions, incantations, ses mots ouvrent des portes longtemps fermées. Ils nous élèvent grâce au recul qu’ils apportent et finalement procurent une force incroyable. Pour se lancer en poésie et dans la vie. Ces lignes donnent envie de décrocher des montagnes ! Et pour mieux vous en convaincre, un court extrait !

Si tu te veux poète, invente un nouveau langage que chacun puisse comprendre.

Si tu te veux poète, prononce des vérités nouvelles que le monde ne pourra nier.

Par l’art, crée l’ordre à partir du chaos vital.

Poésie Art de l’insurrection.

Marianne Costa, la traductrice, précise dans une note en début d’ouvrage qu’elle a traduit le « you » américain par la seconde personne du singulier en français après concertation avec l’auteur excellent francophile. Tout comme il a été décidé avec lui que ce « tu » serait de genre masculin et féminin. Donc les genres s’alternent. Des choix de traduction qui comme dans la version originale du texte le rendent accessible à tous. Comme si l’auteur s’adressait à chacun de nous en particulier. Une proximité, une chaleur que l’on ressent à la lecture et qui confère une plus grande force aux propos.

Qu’est-ce que la poésie ?

Ce recueil contient également le texte Qu’est-ce que la poésie. Texte qui devrait être enseigné à tous les étudiants en littérature tant l’auteur, digne représentant de la beat génération, multiplie les infinis possibilités du genre, les formes, les raisons d’être de la poésie. En fin d’ouvrage figurent également de nouvelles traductions de manifeste politique N°1 texte de 1976, Manifeste politique N°2 et La poésie moderne est de la prose, 2 textes écrit en 1978. Des textes qui malgré leur âge représentent de véritable bouffée d’air frais, une vision et une écriture inventives, libératrices.

Le père de la beat generation

Lawrence Ferlinghetti est né en 1919 aux États-Unis. Il a cofondé et dirigé la librairie City Lights à San Francisco puis une maison d’édition du même nom spécialisée en poésie, éditeur notamment du célèbre Howl de Ginsberg. Poète, libraire, éditeur, globe trotter, ce représentant de la beat génération qui a fêté ses 100 ans l’an dernier, est engagé politiquement. Idéologiquement pour l’anarchie et plus concrètement pour la sociale démocratie.

L’édition de ce petit livre rouge en français, on la doit à l’éditeur belge maelstrÖm reEvolution. Maison d’édition mais aussi librairie, festival international de poésie. La maison d’édition est née en 1990 comme projet ouvert d’artistes italiens, belges, français autour d’une revue. Elle a évolué ensuite en tant que collection chez un éditeur puis est devenu une maison d’édition à part entière en 2003. Spécialisée en poésie contemporaine, elle édite également des romans, des nouvelles et des essais, une dizaine de livres par an.

Grand voyageur

Elle a publié de l’auteur son œuvre la plus célèbre A Coney Island of the mind accompagnée d’autres poèmes dans une traduction également de Marianne Costa. Et ce manifeste rouge, Poésie art de l’insurrection, titre indispensable, pour les amateurs de poésie mais également pour tous ceux et celles que le genre effraye ou rebute.
Et si vous appréciez à sa juste valeur ce recueil poétique et philosophique qui insuffle joie et esprit de combat, je vous invite ensuite à vous plonger dans La vie vagabonde, ses carnets de route dans lesquels il raconte 50 ans de voyage. À défaut de pouvoir effectivement voyager, ce livre publié l’an dernier aux éditions du Seuil représente un bon moyen de le faire par procuration tout en profitant des heureuses pensées de ce jeune homme de 100 ans. Mais c’est une autre histoire donc nous reparlerons (puisque j’ai ajouté ce titre dans ma liste de livres à lire !). En attendant, procurez-vous d’urgence Poésie Art de l’insurrection !

Poésie, Art de l’insurrection, de Ferlinghetti, traduit par Marianne Costa, éditions maelstrÖm reEvolution, 10 €.

Dépôt de bilan de compétences, de David Snug

Le sens du travail, revu et corrigé

Pendant le confinement, j’ai lu Dépôt de bilan et de compétences, la dernière B.D. de David Snug parue aux éditions Nada en février. Je l’avais acheté lors de mes dernières vacances dans le Tarn à la superbe librairie-café Plum à Lautrec (#bonneadresse). La crise sanitaire et économique a provoqué de nombreuses réflexions sur la nécessité, le sens du travail. La lecture de cette bande dessinée n’en a été que plus pertinente !

chronique de dépôt de bilan de compétences de david snug éditions Nada

Dans ce titre autobiographique, David Snug part de ses expériences professionnelles pour nous livrer ses réflexions sur le travail, de l’absurdité du salariat aux dérives du capitalisme. CDD, intérim, chômage… En racontant des épisodes de sa vie, il aborde la question du déterminisme social, de la pénibilité du travail à la chaîne, du vide des formations professionnelles… Bref, toutes les absurdités et dérives du système.

Chômeur actif

Ce n’est pas tant la notion de travail que l’auteur remet en cause ! Car il écrit, dessine et partage des planches de BD tous les jours sur son blog ou les réseaux sociaux. Il répète avec son groupe et donne régulièrement des concerts. Il ne chôme pas même s’il est chômeur ! C’est plus la notion d’obligation du travail et sa déclinaison en salariat qui le rebute. Et la recherche de liberté qui l’anime et qui devrait tous nous animer finalement…

https://www.youtube.com/watch?v=pFkkowTLJbg

Quand il raconte dans le livre ses expériences de travail dit  » non-qualifié  » et sous-payé, le manque d’intérêt et la longueur des missions, la répétitivité des tâches démontrent que ces boulots nécessitent pourtant des qualifications ! De patience, de courage, de concentration et de précisions. Clairement, peu de grands patrons ou d’homme politiques seraient capables de les exercer. Et dans le sens de cette qualification, il apparait déraisonnable de les sous-payer. Alors que les dirigeants amassent des ponts d’or. C’est cette réalité que l’auteur dénonce avec humour et intelligence. Sans avoir peur de mettre les pieds dans le plat.

Plaidoyer en faveur d’un salaire minimum

Placer ce livre entre les mains de grands patrons ou d’hommes politiques pourraient leur faire réaliser la nécessaire augmentation du salaire minimum. Et la condition de David Snug, artiste qui participe à sa manière au fonctionnement et à l’équilibre de notre société, leur donnerait aussi – peut-être – la bonne idée de mettre un place un revenu minimum pour tous. Mais je crains que ces hommes réputés pour leur premier degré soit détournés de l’intelligence du propos par le dessin insolent et l’humour ravageur de David Snug.

Râleries salutaires

David Snug est en réalité Guillaume Cardin. Il a choisi ce pseudo pour faire plus américain. Originaire de Caen, il vit désormais à Paris. Je l’ai découvert en 2011 à la parution de son titre 64 ans en 2039 aux éditions Les enfant rouges dans lequel il raconte les aventures de son double projeté dans le futur et résistant à l’implant d’une puce dans le rectum. J’ai immédiatement été séduite par son irrévérence qui dénonce avec humour les travers de nos sociétés modernes. C’est un râleur qui fait preuve d’un sens critique plus développé que chez le commun des mortels. Un de ceux à qui on ne l’a fait pas. Bref, un être essentiel.

Et dans ces récits largement autobiographiques, on retrouve souvent son aversion pour l’industrie musicale, la publicité, le travail en général, les enfants et les cons en particulier. Depuis, j’ai savouré tous ces livres avec un plaisir immense. Comme Lionel J et les PD du cul, publié chez Marwanny, encore un formidable pamphlet qui fait coup double à la fois contre l’industrie de la musique et les hommes politiques. Mais aussi J’aime pas la musique, autre récit autobiographique, BD d’apprentissage où il raconte comment, son rejet pour l’ordre et les normes l’ont amené au punk et à la BD underground.

Impertinence et manque de tact

Même rigolade dans La vie est trop Kurt, Éditions Même pas mal, où on le suit débarqué à Paris, nouvelle terre d’énergumènes bons à être fustigés ! Ou encore Je n’ai pas de projet professionnel, en 2017 chez le même éditeur. Là encore autobiographie satyrique du monde de la musique en général et des structures musicales subventionnées en particulier. David Snug semble ne rien s’interdire. Il brille par sa pertinence saupoudrée de manque de tact (définition de l’impertinence ?). Le lire est une vraie bouffé d’air frais pour la petite bobo de province que je suis devenue. Je suis aussi très fan de son trait, à la fois simpliste et naïf, tout en rondeur, mais aussi dense et rageur avec ses textures, hachures, points qui ne sont pas sans évoquer le style de Crumb.

Critique sociale

Ce dernier titre Dépôt de bilan de compétences est publié chez Nada, maison d’édition indépendante spécialisée notamment dans la publication d’essais ou des récits ayant trait à la critique et à l’histoire sociales. Ce n’est donc pas une maison d’édition B.D. mais un éditeur tout à fait cohérent pour publier le dernier pamphlet de David Snug sur le travail. Car sa critique du travail bien que décalée est largement documentée, en témoigne la bibliographie à la fin de l’ouvrage.

Les idées de David Snug ne sont pas des diatribes dignes du café du commerce. Dans Dépôt de bilan de compétences, la force de son propos repose sur la mise en perspective de son expérience avec toutes ses lectures sur la notion de travail, de paresse, de liberté et d’aliénation. En fin d’ouvrage, le très sérieux sociologue et docteur en tourisme Julien Bordier, resitue très intelligemment aussi le propos de la B.D. La notion de travail, sa construction historique, l’idéologie et le sens du travail.

Dépôt de bilan de compétences de David Snug éditions Nada 4eme de couverture

Lire ou écouter, inutile de choisir

Bref 96 pages passionnantes pour la modique somme de 15 € qui ont le mérite de nous faire marrer et de nous faire réfléchir. De bonnes pistes pour donner un sens à nos 7 heures de labeur quotidiennes (ou pas).

Et, ô joie, David snug est à l’affiche du festival pluridisciplinaire le Make noise fest ! Organisé le 18 juillet par le tiers-lieu Container à Angresse dans les Landes. Pour une rencontre et expo de ses planches mais aussi un concert de son groupe Trotsky musique. Je croise les doigts tous les jours pour que le festival ait bien lieu. Tout en craignant une rencontre avec lui dans le cadre d’une interview radiophonique… Si je me régale de son propos critique, je réfléchis déjà à la pertinence de mes questions pour ne pas me faire afficher par le maître !

En attendant, je vous invite à lire Dépôt de bilan de compétences. À lire toute son œuvre. À le suivre sur son blog et les réseaux sociaux, Instagram et Facebook. Et à écouter son groupe Trotski Nautique ! Voire, à lire toute son œuvre en écoutant son groupe !

Dépôt de bilan de compétences, de David Snug, Éditions Nada, 96 pages, 15 €.

Plutôt Couler en beauté que flotter sans grâce

Réflexions sur l’effondrement, de Corinne Morel Darleux

Il n’est pas sublime ce titre de livre ? Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce. Dès que mon amie Claire l’a prononcé, j’ai eu envie de le lire. Et quand elle m’a précisé le contenu de cet essai, les réflexions de Corinne Morel Darleux sur l’effondrement de notre super société, j’ai foncé, il y a quelques semaines chez la librairie Le vent Délire. Je pensais devoir le commander car il a été publié aux éditions Libertalia en juin 2019. C’était sans compter sur l’incroyable sélection de ma libraire préférée : elle l’avait en rayon ! J’ai donc pu me plonger instantanément dans ce recueil au titre métaphorique et poétique. Dont le sujet titillait ma sensibilité, mes humeurs.

chronique de Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce

Plutôt couleur en beauté que flotter sans grâce est un essai de la militante écosocialiste rédigé à la première personne. Corinne Morel Darleux livre ses réflexions pragmatiques et poétiques quant aux solutions pour limiter l’effondrement inévitable de notre société de consommation capitaliste. Et pour repenser notre quotidien, notre éthique afin de préserver notre humanité, au sens environnemental et sociétal, Corinne Morel Darleux s’appuie des maitres spirituels, comme l’écrivain Romain Gary ou plus étonnant le navigateur Bernard Moitessier.

Un guide

Sa réflexion et cet essai partent de la lecture de La longue route, le récit autobiographique du périple du navigateur pendant la première course autour du monde en solitaire du Golden Globe, en 1968. Alors qu’il était sur le point de réaliser un exploit, de remporter la course, le navigateur a choisi de ne pas rentrer, de ne pas gagner cette course.

J’avais envie d’aller là ou les choses plus simples. (…) Je n’en peux plus des faux dieux de l’Occident toujours à l’affut comme des araignées, qui nous mangent le foie, nous sucent la moelle. Et je porte plainte contre le monde moderne, c’est lui le monstre. Il détruit notre terre, il piétine l’âme des hommes. »

La longue route, Bernard Moitessier

Plus qu’une fuite ou un coup de tête, la décision murement réfléchie de Bernard Moitessier se caractérise par le refus de parvenir. Avec ce livre, La longue route, Corinne Moral Darleux trouve un guide, une figure qui ne peut plus la décevoir. Et sa philosophie, refuser de parvenir devient le point de départ son l’essai.

Le refus de parvenir

Qu’est ce que le refus de parvenir ? L’auteur nous rappelle que ce concept jusque là développé dans les milieux anarchistes et libertaires avait avant tout une portée égalitaire et collective. Qui signifiait rester à sa place pour poursuivre la lutte. Mais ce refus représente également un affranchissement individuel via le dépouillement, une émancipation de la tutelle ou de l’autorité.

Et aujourd’hui, l’auteur propose d’envisager le refus de parvenir pour cesser de nuire, transformer les différences individuelles en force collective. Pour développer son propos passionnant, l’auteur ne cesse de le rapprocher de la philosophie du navigateur, légende malgré lui. Elle distingue le héros de la victime en expliquant le concept d’intention, la nuance entre choisir de vivre dans le dénuement et le subir. Loin d’être un essai rédigé par une partisane de la gauche caviar, Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, ne laisse pas de côté les plus démunis, victimes malgré elle de notre système.

L’auteur croit au progrès social qui offre la possibilité de choisir plus qu’à l’égalité des chances qui pour elle représente une fable. Cette liberté de choisir dépend des conditions matérielles évidemment mais également de l’éducation. Le refus de parvenir ne devient possible que si chaque personne a la capacité de s’interroger. Il n’implique pas forcément la rébellion ou l’action mais au moins d’être en mesure de se poser la question, de savoir que le choix est possible.

Reprendre sa vie en main

Écrit et publié il y a quelques mois, cet essai prend encore plus résonance aujourd’hui… Invitation à réfléchir et choisir. Se détacher de la nouveauté à tout prix, des réseaux. Reprendre le temps de la réflexion, de la contemplation et non de l’émotion instantanée ou de réaction impulsive. Ce recul, cette réflexion permet de reprendre sa vie en main : ne plus suivre le chemin tracé par notre éducation, notre société et le subir, être malheureux. L’auteur invite chacun de nous à analyser ce qui nous fait ruminer, râler, ce qui nous fatigue, ce qui nous rend malade afin de trouver des solutions et agir.

Changer sa perception

Corinne Morel Darleux ne nous enjoint pas à entrer en révolution, tout quitter ou tout foutre en l’air. Elle présente sa réflexion personnelle et stimule ainsi notre perception de l’existence au sens large et du quotidien en particulier. Comme changer certains aspects de sa vie, envisager les choses autrement. L’auteur nous rappelle l’importance de la perception, celle de reprendre la main pour se sentir bien et ressentir de la joie. La capacité de réflexion c’est l’analyse mais également la capacité d’imagination. Et pour contrer cette machine à broyer l’imagination qu’est notre système, elle cite avec pertinence – dans l’absolu et encore plus aujourd’hui – Françoise héritier.

Il y a une forme de légèreté et de grâce dans le simple fait d’exister, au-delà des préoccupations, au-delà des sentiments forts, au-delà des engagements, et c’est de cela que j’ai voulu rendre compte. De ce petit plus qui nous est donné à tous : le sel de la vie. »

Le sel de la vie, Françoise Héritier.

Le déterminisme social et culturel n’exonère pas de son libre arbitre, il ne doit pas empêcher de réinvestir sa souveraineté, passer de la soumission à l’action. Dans les 100 pages de cet essai, Corinne Morel Darleux – à l’image du titre – n’hésite pas à utiliser des métaphores poétiques pour imager son propos.

Le refus de parvenir c’est comme faire quelques pas de côté. »

Chacun peut faire son pas

Et chaque pas de côté de chaque individu a la capacité de bouleverser notre modèle voué à l’échec, aura une incidence sur la réalité de l’effondrement. Plutôt que de son fondre dans une seule pensée, un dogme unique comme elle l’a fait elle même pendant son investissement politique, l’auteur croit désormais à l’archipellisation. Plutôt que d’attendre que le système des partis, des mouvements politiques fonctionnent – alors que cela n’a jamais été le cas – elle propose à chacun de résister et ainsi de multiplier les blocs de résistance. Encore une idée intéressante et passionnante. Car réaliste et non culpabilisante, respectueuse de chacun. Et qui replace l’individu au cœur du fonctionnement du collectif !

Retrouver un éthique

L’horizon c’est l’effondrement ? Pour que cette idée ne plombe pas notre présent, il s’agit de retrouver du sens dans l’existence malgré cette perspective. Et pour cela Corinne morel Darleux propose une éthique la dignité du présent, une éthique de résistance et de décroissance. C’est comme l’appelle l’auteur si joliment une « boussole éthique ». Pour trouver le juste chemin, celui qui vous fait du bien sans nuire aux autres, une sorte d’optimisme éclairé, bienveillant et respectueux.
Ce livre ne fait que 100 pages mais je pourrai vous en parler des pages tant cette lecture a raisonné en moi. Il y a quelques mois à la première lecture. Et encore plus aujourd’hui dans notre contexte…

Une élue qui réfléchit

Merci infiniment pour ces réflexions Corinne Morel Darleux. Militante écosocialiste et chroniqueuse régulière pour Reporterre, elle a été l’une de cofondatrices du Parti de Gauche, dont elle a été Secrétaire nationale en charge de l’écologie puis du développement de l’écosocialisme à l’international avant d’en quitter la direction en novembre 2018. Elle est également élue, Conseillère régionale en Auvergne Rhône Alpes. Ils ont de la chance d’avoir une telle élue dans cette belle région ! Depuis 10 ans elle a tenu un blog puis a eu envie de changement en 2019. Elle écrit donc ses billets désormais sur Revoir les lucioles. Encore une lecture saine pendant la crise sanitaire pour ne pas perdre son esprit critique !

Plutôt couleur en beauté que flotter sans grâce 4ème de couverture

Libertalia, pirates de l’édition

Cet essai Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce est publié aux éditions Libertalia. Maison d’édition indépendante qui existe sous forme associative depuis 12 ans et placée sous le drapeau des pirates. Car elle tient son nom de la république égalitaire fondée au nord de Madagascar fin 17ème par un bourgeois passé pirate et un prêtre défroqué aux idées révolutionnaires ! Un nom symbolique qui désigne une maison prompte à publier des livres différents et intelligents. Quitte à prendre le risque « d’armer nos esprits afin de nous aider à vivre dans un monde plus libertaire et plus égalitaire. » Littérature classique et contemporaine, essais qui bousculent les idées préconçus et les esprits étriqués. Profitez du confinement pour découvrir ce catalogue, l’éditeur offre actuellement des versions numériques de certains de ses titres.
Cet essai remarquable, court et riche à la fois, loin de nous assommer quant à l’effondrement, ouvre des portes. Des fenêtres pour laisser passer la lumière. Pour mieux vivre aujourd’hui et demain. Ce guide philosophique et humaniste vaut la modique somme de 10 € en version papier. Et 5,49 € en version ePub. Ce serait dommage de se priver.

Plutôt couler en beauté que flotter sans grâce, Réflexions sur l’effondrement, de Corinne Morel Darleux, Éditions Libertalia, 104 pages, 10 € (5,49 € en numérique).

Formica, de FABCARO

Tragédie comique irrésistible

Souvent, au sein de nos magnifiques sociétés modernes et dites évoluées, nous pouvons ressentir de la colère, de l’indignation ou de la triste face à la bêtise humaine, des élites ou du commun des mortels. Dans ces cas là, on peut s’adresser à un professionnel de la psychologie pour apprendre à supporter les 95% de névrosés et 5% de psychopathes qui nous entourent. On peut lire aussi. Si vous optez pour cette solution, non remboursée par la Sécurité Sociale, je vous recommande toute l’œuvre de Fabcaro en général et son dernier titre en particulier : Formica, paru aux éditions 6 Pieds sous terre.

chronique de formica, BD de Fabcaro, éditions 6 pieds sous terre

Drame familial

Avec Formica, Une tragédie en 3 actes, vous ne vivrez plus les réunions de famille de la même manière. Dans cette BD, l’auteur dessinateur nous invite à passer le fameux traditionnel déjeuner du dimanche en compagnie d’une famille bien sous tous rapports. Mais ce moment dominical sacré, de partage et d’amour, prend une tout autre tournure lorsque les membres de cette famille se posent la question : mais de quoi va t-on bien pouvoir parler ? Et là c’est le drame. L’auteur l’annonce sur la couverture, ce livre est une tragédie. Telle une tragédie grecque, Formica nous emmène dans les tréfonds de l’âme – avec des morts, des drames et tout – sauf que c’est super drôle.

Familles dysfonctionnelles

Fabcaro a l’habitude d’être piquant sur le couple, la société de consommation et la connerie humaine en général en dessinant son absurdité à l’extrême. Il va encore plus loin dans Formica. Il a définitivement rayé l’expression politiquement correct de son processus de création et c’est hilarant. Dans cette famille par exemple, les enfants jouent au jeux des 7 familles dysfonctionnelles qui comprend la famille Boulghour et curcuma avec la mère ergothérapeute, la famille Manif pour tous avec le père qui a un pull sur les épaules ou encore la famille Chassé-croisé du 15 août dont le père est décédé. Je vous avais prévenu, c’est trash et irrésistible. J’ai eu honte de rire parfois car comme toute bonne occidentale marquée par l’héritage judéo-chrétien, je me traine encore quelques blocages. Mais j’ai ri, je suis sur la bonne voie !

Planche BD de Formica de Fabcaro éditions 6 pieds sous terre.
© Fabcaro / 6 Pieds sous terre

Dans les 3 actes de cette tragédie comique, le dessin appuie le propos – la vacuité des réunions de familles ennuyantes et hypocrites – avec un trait fin et léger, des couleurs criardes seulement pour les personnages. Comme dans une pièce de théâtre, Fabcaro construit son récit avec une unité de lieu et de temps. L’auteur le rythme en utilisant la mise en abyme. Via un chœur antique qui s’introduit dans la réunion de famille. Des scénettes d’une page sur un vol aérien low coast. Ou encore des voyageurs de métro déguisés en nourriture. C’est absurde et magnifique. Vous n’allez pas sourire en lisant Formica, vous allez rire au éclats. On tourne les pages et on secouent les épaules sans ne plus rien contrôler. C’est tellement bon.

Fabcaro fan club

Oui dans mon émission radio littéraire Délivrez-moi sur Wave Radio, j’ai chroniqué il y a peu Open bar de Fabcaro. Oui je lis et chronique toutes les BD de cet auteur. C’est objectivement justifié : il est excellent et productif ! Ce n’était pas encore le cas sur le blog, c’est réparé ! Faites-vous du bien, lisez et offrez La bredoute, -20% sur l’esprit de la foret, Et si l’amour c’était aimer, Open bar… Et évidemment Zaï Zaï Zaï Zaï, paru en 2015 et auréolé de nombreux prix : Prix du public Sud-Ouest/Quai des bulles à St-Malo, Prix RTL BD du mois, Album d’or Festival de Brignais, Mention spéciale du Président du jury du prix Landerneau 2015, Prix des Libraires de bandes dessinées 2016, Prix de l’association des critiques (ACBD) 2016, Prix SNCF du Polar 2016 !

Indispensable 6 pieds sous terre

Formica, comme de nombreuses œuvres de Fabcaro, est publié chez l’excellente maison d’édition 6 Pieds sous terre, une maison indépendante, éditeur de bandes dessinées moderne et alternatives, fondée en 1991 à Montpellier par Jean-Philippe Garçon, Jean-Christophe Lopez et Jérôme Sié. Une maison d’édition indispensable qui publie des auteurs indispensables comme Edmond Baudoin, Guillaume Bouzard, Gilles Rochier, James, Loïc Dauvillier, Manu Larcenet, Matthias Lehman, Terreur Graphique, Tanx et bien d ‘autres ! Des lectures savoureuses qui devraient être remboursées par la Sécu.

Quoique c’est un vrai plaisir de dépenser quelques euros pour de si bonnes lectures. C’est comme une thérapie, le paiement fait partie intégrante des bénéfices. Foncez sur leur site pour découvrir leur catalogue. Et foncez chez votre libraire vous procurer Formica de Fabcaro !

Formica, Une tragédie en 3 actes, de Fabcaro, 64 pages, 13 €, Éditions 6 Pieds sous terre.

Fake news, de manu larcenet

recueil inclassable et magnifique

Je voulais partager mon gros coup de cœur pour Fake news du talentueux Manu Larcenet publié aux éditions Les Rêveurs. Ce n’est pas un roman, pas une bd, pas un essai, c’est un recueil inclassable, riche, drôle et émouvant.

Alors pourquoi inclassable ? Car ce n’est pas une BD ou un roman graphique classique. Il s’agit d’un recueil de dessins de Manu Larcenet accompagnés chacun d’une fake news. Cette expression, très utilisée par un président orangé, signifie littéralement en anglais fausse nouvelle, fausse actu.

[ Digression ]

Mais l’expression chère à Donald Trump retranscrit aussi le caractère délibérée de la fausse information comme l’explique le Journal Officiel : information « mensongère ou délibérément biaisée », servant par exemple « à défavoriser un parti politique, à entacher la réputation d’une personnalité ou d’une entreprise, ou à contrer une vérité scientifique établie ». Alors comme la traduire ? La commission d’enrichissement de la langue française a tranché, après plusieurs mois, pour traduire « fake news » par le terme « information fallacieuse » ou par le néologisme « infox », forgé à partir des mots « information » et « intoxication ». Cette digression explique sûrement pourquoi Manu Larcenet a préféré utilisé l’expression en anglais !

Fake News authentiques de Manu Larcenet aux éditions Les Reveurs.
© Les Rêveurs

Fake news authentiques

Manu Larcenet nous propose 200 pages de Fake News en précisant dès le début de l’ouvrage que dans un soucis de totale honnêteté vis à vis du lecteur, « toutes les fakes news présentées dans cet ouvrage sont absolument authentiques ». Un soucis de transparence qui rassure le lecteur sur la teneur de la suite ! Histoire, art, politique, extrémisme, religion, économie, Manu Larcenet nous distille ses fausses actus sur tous les sujets. Stéréotypes plus vrais que nature d’articles de presse, ces fake news se moquent, divertissent et dénoncent.

Pour vous donner une idée de l’absurde et de la drôlerie de ces news, voici quelques titres :
– Atteint de la maladie d’Alzheimer, le président du groupe Laure et HALL, leader du marché des cosmétiques, lègue sa fortune à un promeneur.
– Apparition puis disparition de la vierge.
– Le gouvernement s’attaque au sujet sensible des toiles d’araignées.
Et pour vous donner le ton de ces fake news, voilà celle de la page 63 :
 » Proche orient
Le prince saoudien Ahmed Ben Iznogoud vient d’autoriser les femmes à conduire et a promis qu’elles pourraient aussi acheter de l’essence dans moins de 200 ans. « 

Le dessin en point de départ

Pour la forme, un dessin, une illustration accompagne chaque actu. Il faut savoir que Manu Larcenet a d’abord réalisé les dessins et ce sont ces dessins qui lui ont inspiré les textes. Des illustrations magnifiques dans le trait, les détails, les expressions, les couleurs. Des dessins à l’image des textes, parfois sombres, parfois colorés, mais aussi drôles, poétiques, inspirants. J’ai lu sur le site de l’éditeur Les rêveurs que Manu Larcenet avaient réalisé tous les dessins à la tablette ! Mais en observant le trait, j’ai du mal à y croire ! Le rendu apparait encore plus incroyable.

Dessins somptueux de Manu Larcenet publiés aux éditions Les Rêveurs.
© Les Rêveurs


Ce titre n’est pas un coup d’essai de Manu Larcenet pour le genre du livre de dessins accompagnés de textes. Il avait déjà publié les sublimes Peu de gens savent en 2010 puis Nombreux sont ceux qui ignorent en 2012.
Avec ces livres, il représente pour moi l’un des auteurs les plus brillants de la bande dessinée aujourd’hui.
Il a déjà le mérité de m’avoir fait aimé ce genre littéraire, moi lectrice septique de la BD belge. J’ai dévoré Le retour à la terre, avec Jean-Yves Ferri au scénario. J’ai succombé à l’émotion du Combat ordinaire. Et j’ai été subjugué par la série Blast achevée en 2014. Et ce ne sont que quelques titres parmi tous ceux qu’il a réalisé !

Expérimentation supplémentaire

Par la force de son dessin, ses idées, Manu Larcenet nous rend moins cons, moins moches, nous touchent et c’est encore le cas avec son recueil Fake News, publié chez Les Rêveurs, la maison d’édition qu’il a cofondée avec Nicolas Lebedel en 1997. Une structure d’édition créée pour expérimenter. Et quand vous vous plongez dans leur catalogue, tout comme dans ce livre, vous réalisez que les textes, le dessin non formatés représentent vraiment une bouffée d’air frais. Pas un caprice de bobo : chacun de leur ouvrage est réfléchi, justifié. Vous pouvez découvrir leurs publications sur leur site.

Parallèlement à la sortie de Fake news de Manu Larcenet en octobre 2018, ils ont également publié fin août Krazy Kat, George Herriman Une vie en noir et blanc, par Michael Tisserand, la première biographie en Français de George Herriman, auteur majeur de comic strip. Et en septembre, Mutts – Dimanches Soir de Patrick McDonnell, le troisième recueil inédit en France des strips du dimanche en couleur, des années 2003 et 2004 qui mettent en scène un chien Earl et un chat Mooch.

en réimpression !

Les Rêveurs, c’est donc une petite maison d’édition qui publie peu mais bien. Chacun de leur ouvrage est également parfaitement réalisé. On sent les amoureux de l’objet livre. Fake News présente une magnifique couverture couleur cartonné et un signet, ruban qui fait office de marque page et permet de ne pas abimer ce travail sublime. J’ai lu fin 2018 que Manu Larcenet s’étonnait sur sa page Facebook de la démesure du tirage initial – 8 000 exemplaires pour ce titre -, doutant que le recueil atteigne autant de lecteurs. Et d’annoncer ensuite que ce tirage initial était épuisé ! Bonne nouvelle pour cet ouvrage et cette maison d’édition qui le méritent.

Fake News de Manu Larcenet, éditions les Rêveurs, un beau livre.
© Les Rêveurs


Sur le Net, j’ai aussi appris que Manu Larcenet travaillait sur un nouveau tome du retour à la terre, 10 ans après le dernier. J’espère que ce n’est pas une infox ! En attendant ce prochain plaisir, régalez-vous des ces authentiques fake news !

Fake News, Manu Larcenet, éditions Les Rêveurs, octobre 2018, 22 €.

Le Livre du Lykke, de Meik Wiking

(à prononcer Lu-Keu)

Mes lectures oscillent entre romans noirs torturés et livres que l’on pourrait classer de manière très péjorative dans le rayon Développement personnel. Ces 2 types de lectures a priori antinomiques sont au contraire tout à fait cohérentes : je me rassure avec les aventures d’être tordus ou névrosés qui me démontrent que je ne suis pas si paumée. Et j’essaye de moins l’être avec des essais au contenu positif. C’est dans le cadre de ma quête de sérénité que je me suis plongée dans les 285 pages du Livre du Lykke (à prononcer Lu-Keu selon l’indication de l’éditeur français). Tour du monde du bonheur de Meik Wiking publié dans la collection L’optimiste chez First Éditions. Une révélation !

le livre du Lykke, livre feel good

Voyage chez les cultivateurs du bonheur

Lykke signifie bonheur en Danois. Son auteur Meik Wiking est le directeur de l’Institut de recherche sur le bonheur de Copenhague au Danemark. Cet institut très sérieux effectue des recherches pour mesurer, comprendre et créer du bonheur. Meik Wiking a déjà publié en 2016 le livre du Hygge (prononcez houga) où il questionnait les habitudes qui font le bonheur des Danois. Surtout, il livrait les secrets de cet art de vivre célèbre dans le monde entier. Après en avoir vendu 50 000 exemplaires et été traduit dans 33 pays, ce spécialiste du bonheur revient avec un tour du monde des gens heureux. Car si le Danemark est certainement le pays où il fait bon vivre et où ses habitants cultivent le plus le bonheur, d’autres populations, communautés ont développé des moyens d’être heureux. Et ce voyage est tout simplement passionnant, inspirant, émouvant.

D’abord parce que l’auteur, contrairement à la majorité des livres de développement personnel, ne claironne aucune injonction. Pas de  » arrêtez de fumer, de crier, de manger, de vous énerver ». Pas de  » positivez, inspirez, méditez  » ! Le Danois présente les dénominateurs communs du bonheur à travers des expériences de vie dans le monde entier et classés en 6 thématiques : être ensemble, l’argent, la santé, la liberté, la confiance et la bonté. Il explique que dans un rapport mondial sur le bonheur, 4 points séparent les pays les plus heureux des pays les moins heureux. Et 3 de ces points s’expliquent par ces 6 facteurs. L’auteur propose donc une sorte de carte au trésor du bonheur. Une présentation des causes et effets du bonheur pour améliorer sa qualité de vie.

Le bonheur, ça se mesure ?

Avant de rentrer dans le vif du sujet, Meik Viking a la bonne idée de répondre à une question pertinente : comment mesurer le bonheur ? Contrairement à une idée reçue le Pib par habitant n’est pas un miroir de la qualité de vie et donc du bonheur. Le Pib est un critère objectif alors que le bonheur reste subjectif. Alors comment déterminer, évaluer cet état si subjectif ? Il s’agit de mesurer le ressenti de chaque individu en comprenant le pourquoi de ce ressenti. Il existe plusieurs dimensions dans le bonheur : la dimension affective, c’est à dire l’émotion à l’instant T, notre quotidien. La dimension cognitive, c’est notre état de bonheur en général avec du recul. Et il existe une troisième dimension appelée eudémonie qui se base sur la perception du bonheur selon Aristote : une bonne vie est une vie qui a du sens et un but. Évidemment, ces 3 dimensions sont liées. Et l’Institut de recherche sur le bonheur étudie des sujets sur le long terme à travers ces différentes dimensions.

Être ensemble

Meik Viking démarre avec le premier pilier qui permet d’accéder au bonheur : être ensemble. C’est-à-dire le renforcement des liens, le sentiment de communauté. Les gens plus heureux ont un fort sens de la communauté, ils ont quelqu’un sur qui compter. Notamment, l’auteur cite l’exemple des Bo Faellesskabdes, communautés d’habitations indépendantes où chacun a sa maison mais propose en commun un jardin, une cuisine, une salle à manger. Ces communautés se sont multipliées à hauteur de 20 % ces 6 dernières années. Et elles n’existent plus seulement dans les pays nordiques mais aussi au Canada, en Australie, au Japon, en Allemagne, aux Pays-Bas et au Royaume Uni. Un mode de vie génial pour les enfants et les personnes âgées car il renforce le lien social et l’entraide. En bref, ça fait du bien a tout le monde et ça simplifie la logistique du quotidien !

L’argent ne fait pas le bonheur mais un peu quand même

Dans le chapitre sur l’argent, on imagine bien que selon le dicton, l’argent ne fait pas le bonheur. Mais ce n’est pas si simple. Car il y a une corrélation entre revenus et bonheur. Le problème se pose autrement. Epitecte, le philosophe stoïcien de la Grèce antique disait : « la richesse n’est pas de posséder beaucoup mais de désirer peu ». Dans cet ordre d’idée, L’auteur nous rapporte l’expérience de Michele Mac Gath, journaliste anglaise qui a passé une année sans dépenser une livre. Elle raconte dans son livre L’année sans achats qu’en dépensant moins elle a vécu plus. Elle est devenue plus aventureuse et plus heureuse.

L’auteur prend également en exemple la loi de Jante qui existe au Danemark mais également dans d’autres pays nordiques : cette loi qui signifie que « Tu n’es pas mieux que nous » est issue d’un roman écrit en 1933 par le Dano-norvégien Aksel Sandemose. Roman qui célèbre la critique de ceux qui ayant un statut social élevé se croient meilleurs. Concrètement, cette loi a pour objet de freiner la consommation ostentatoire avec par exemple une taxe voiture de 150 %. Cette loi réprime l’exposition de la richesse qui se révèlerait négative. Mais en y réfléchissant, il n’est pas tant question d’argent mais plutôt d’humilité. Finalement, rien ne vous empêche d’être riche si cette caractéristique ne conditionne pas votre manière de vivre et votre bonheur.

le livre du lykke, chronique

 

Ajoutez une pincée de santé, liberté, confiance et bonté…

Après le vivre ensemble, l’agent, l’auteur rapporte d’autres expériences à travers le monde qui expliquent les facteurs du bonheur dans le domaine de la santé, la liberté, la confiance et la bonté. Impossible de vous en donner un aperçu sans trahir la richesse du livre. Car à travers ces thématiques, il traite également de l’éducation, de la famille, du travail, de l’égalité entre les hommes et les femmes. Une véritable étude complète et sans frontière qui se conclue par un dernier chapitre : Assembler les pièces. Car toutes ces thématiques sont dépendantes les unes des autres pour augmenter sa qualité de vie.

Source d’inspiration

Le Livre du Lykke va bien au-delà du développement personnel. Toujours positif et sans juger, Meik Wiking a écrit une étude globale de modes de vie rayonnants. Des styles de vie dans l’ère du temps qui aspirent à la fois à plus de simplicité (modes de consommation, rythme de vie) et plus de richesse (empathie, partage, ouverture d’esprit). Mais l’intérêt du livre réside dans la multiplicité des démarches et de leur efficacité. À chaque lecteur de s’inspirer d’une expérience ou d’une idée pour l’adapter à son envie, ses moyens, sa réalité. Surtout ce livre permet de ne pas (trop) céder à la peur ou au cynisme face à notre monde anxiogène. Une fois la dernière page tournée, je n’ai pas fait mon paquetage pour aller vivre dans une communauté. Mais les bouffées d’oxygène et d’inspiration ressenties tout au long de la lecture m’accompagnent aujourd’hui dans mon quotidien. Et ça fait du bien.

Le Livre du Lykke, de Meik Wiking, 288 pages, 14,95 €, First Editions.

Vous pouvez être ce que vous voulez être

Guide de Paul Arden, Editions Phaidon

Vous pouvez être ce que vous voulez être. Ce n’est pas moi qui le dit mais Paul Arden. J’ai reçu en cadeau ce livre (merci Justine !). Une excellente idée car j’adore recevoir des livres. Ce sont des beaux objets. Et souvent, je suis surprise par un titre que je n’aurai pas choisi. C’est le cas avec celui-ci ! Ce livre est un beau cadeau d’abord parce que c’est un beau livre publié par les éditions Phaidon. Cette maison d’édition de livres d’art, beaux livres et livres jeunesse, fondée à Vienne et désormais basée à Londres, propose certains de ses titres en Français. Comme Vous pouvez être ce que vous voulez.

Vous pouvez être ce que vous lauez de Paul Arden chronique

Un beau livre

Dans un format semi poche, C’est un beau livre : il présente une très belle couverture blanche avec la typo du titre et de l’auteur noire et dorée. Sobre, élégant. Sur la couverture, l’éditeur indique également que c’est le livre le plus vendu au monde. Argument marketing ? Car je n’ai pas trouvé de chiffres de vente pour confirmer cette affirmation. Le livre représente toutefois ce que l’on peut appelé un succès d’édition : la première édition française date de 2004 et il a été plusieurs fois réinprimé. Et ce, tous les ans depuis 2004 ! La conception graphique au fil des pages est très séduisante aussi. Beaucoup de photos d’archives, d’illustrations, une maquette aérée et variée… C’est vraiment un livre très agréable à feuilleter.

Un livre inclassable

Pour ce qui est du contenu, Vous pouvez être ce que vous voulez être m’a largement séduite. Par le concept déjà. Contrairement à ce que peut indiquer le titre, ce n’est pas vraiment un livre à classer dans le rayon développement personnel. C’est un livre inclassable en fait. Selon la quatrième de couverture, il est, je cite,  » un guide concis pour tirer le meilleur parti de soi-même, une bible de poche qui permettra aux timides talentueux de penser l’impensable et de rendre possible l’impossible. »

Concrètement, ça veut dire quoi ? L’auteur Paul Arden nous explique en 128 pages comment bien réussir professionnellement. Il pose les bases : l’énergie, la remise en cause, le partage, le courage, la clairvoyance, l’humilité, la persévérance… Le tout mêlé à un grain de folie, d’inconscience. L’auteur anglais entre dans le vif du sujet avec des situations concrètes et des conseils. Comment se mettre en valeur, comment bien se vendre, s’entourer, communiquer.

Lecture positive pour vie positive

Vous pouvez être ce que vous voulez être représente donc une sorte de guide pour bien réussir, des plus timides aux moins confiants. Ils démarrent d’ailleurs par cette phrase :  » La plupart des gens riches et puissants ne sont pas particulièrement doués, sympathiques, cultivés ou beaux. Ils deviennent riches et puissants parce qu’ils veulent être riches et puissants. «  Je rejoins assez l’auteur à propos de cette considération. C’est là que vous vous dites : ce livre n’est pas pour moi, je n’ai pas du tout pour l’intention de devenir ambitieux et puissant. Je vous rassure, moi non plus. Pourtant ce livre m’a intéressée car il dégage une énergie positive.

Vous pouvez être ce que vous voulez de Paul Arden, un guide inspirant.

Je vous autorise – tout comme moi – à faire l’impasse des passages très professionnels (sauf si vous bossez dans la pub ou le commerce). Sautez des pages (droit n°2 du lecteur selon Daniel Pennac) pour vous concentrer sur de bons conseils de vie, des suggestions hygiéniques en quelque sorte. On a tous la tête dans le guidon du boulot, de la famille, de la vie quotidienne. On court à droite, à gauche. Et parfois on se sent oppressé, on se prend la tête, on a eu mal à passer une épreuve. Ce livre a le mérite de nous aider à remettre les choses en perspective, à nous remettre en cause. Sa lecture agréable permet – en douceur – de sortir des automatismes qui souvent nous freinent, nous bloquent ou nous font souffrir.

Source d’inspiration

C’est en plus un livre inspirant car tout au long des pages, les photos, les illustrations, les citations d’auteurs, hommes politiques ou entrepreneurs inspirent l’envie, provoque l’impulsion. Lire un bon mot, voir une belle image, méditer une pensée juste… Cela suffit parfois pour nous permettre de rebondir ou provoquer au moins un souffle. L’auteur utilise plusieurs langages pour faire passer son message. Et cela fonctionne ! Ces différents médias rendent la lecture attrayante et facilitent l’intégration des idées.

Expérience d’un créateur génial

Son auteur Paul arden est né en 1948 et décédé en 2008. Il a œuvré pendant presque 20 ans dans la pub avant de devenir directeur de création. Et de compter à son actif des campagnes pub réussies en Angleterre comme celle de British Airways, Fuji, ou des slogans mémorables pour Toyota ou le journal The Independant. Il a ensuite fondé une société de production cinématographique à Londres. L’un de ses collègues publicitaires Roger Kennedy a dit de lui :  » Brillant, féroce, charmant, coléreux, totalement imprévisible, c’est un original au dynamisme et à l’énergie hors du commun, un créateur génial doué d’un rare bon sens et d’un sens commun, disons hors du commum.  » C’est exactement ce que j’ai ressenti à la lecture ! Si vous avez besoin de dynamisme, d’énergie, de bons sens, foncez le lire !

Vous pouvez être ce que vous voulez être, de Paul Arden, 128 pages, 9,95 €, Editions Phaidon.

1000 Vaches, Editions Père Fouettard

Un album jeunesse qui sent bon l’herbe fraîche !

Entre la pub télé d’un supermarché qui essaye de se racheter une conscience en expliquant qu’ils vendent du poulet sans anti-bio et le salon de l’agriculture (plus grande ferme ou foire de France ?) qui se tenait il y a peu à Paris, j’ai eu envie de vous parler d’un livre jeunesse sorti récemment. Un album qui sent le bon lait frais, l’herbe des pâturages, et qui rappelle le goût des choses simples : 1000 Vaches, de Adèle Tariel et Julie de Terssac, Éditions Père Fouettard. Une histoire à lire aux enfants dès 4 ans et à faire lire seul aux plus grands !

1000 vaches un album jeunesse qui fait réfléchir les enfants !

C’est l’histoire d’un fermier qui coule des jours heureux auprès de ses trois vaches. Il produit du bon lait qu’il a plaisir à échanger contre du pain ou des services. Ce métier lui procure à la fois de quoi vivre et le temps de profiter de la vie, bichonner ses vaches, voir ses amis. Quand un homme en costume arrive un matin à la ferme et trouve le lait délicieux, il l’incite à produire plus. Produire plus de lait, toujours plus. Donc avec plus de vaches, mais aussi de nouvelles machines plus performantes, des bâtiments plus grands. Pour satisfaire la demande grandissante des consommateurs enthousiastes. Mais ce passage dans le « toujours plus » bouleverse le quotidien du fermier et de ses bêtes.

Produire plus mais à quel prix ?

Cet album fait évidemment référence à La ferme des mille vaches, une exploitation bovine laitière industrielle, située dans le département de la Somme, en région Hauts-de-France. Un exemple malheureux de l’agriculture intensive. Surtout un modèle très controversé car il frappe par ses dimensions sans précédent en France. Ses opposants critiquent le fort impact de cette exploitation sur l’environnement.Une enquête publique est d’ailleurs en cours.

Ce livre jeunesse pose donc la question : produire plus, oui, mais à quel prix ? Et pas de n’importe quel manière. Cette question philosophique et sociétale qui aborde plusieurs thèmes comme la santé, le bien vivre et le respect de l’environnement est traité avec beaucoup de simplicité et d’humour. De simplicité grace à un ton innocent et descriptif. Adèle Tariel, l’auteur, raconte l’histoire de ce fermier embarqué dans l’agriculture intensive sans jugement, en décrivant seulement les conséquences pour lui, la nature ou les vaches. Une présentation de faits complexes mais avec des mots simples et sans prendre partie par une journaliste du média à destination des enfants Mon Quotidien. Avant 1000 vaches, Adèle Tariel a déjà scénarisé des albums aux éditions Ricochet, Kilowatt et Talents Hauts.

Faire réfléchir les enfants avec humour et poésie

Et l’auteur aborde ce sujet un peu compliqué et parfois triste avec humour et poésie. Le fermier par exemple aime tellement ses vaches qu’il leur donne des prénoms : Mariette, ginette et Georgette. Quand il en achète plus, encore et encore, il continue à leur trouver de jolis prénoms en « ette ». Mais la tâche se complique avec le nombre grandissant de vaches et il se met à trouver des prénoms de plus en plus étonnants : Grossestête, Perdlatête… Puis à court d’inspiration, il finit par leur donner des numéros. 1000 vaches est vraiment un bel album sensible et authentique sur la production raisonnée et le respect des animaux.

C’est aussi un album gai et coloré avec les illustrations de Julie de Terssac, une artiste illustratrice bordelaise. Des illustrations originales de dessins acrylique, collages, peinture, crayons, des traits ronds et suspendus un peu naïf. Un très joli album dans le fond et dans la forme, publié par les éditions Père Fouettard.

1000 vaches publié aux éditions Père Fouettard un album jeunesse drole et poétique qui aborde la surproduction.

Un éditeur qui nous raconte pas d’histoires !

Fondé en 2014 dans le Bas-Rhin, cette maison d’édition jeunesse (dont le nom est tout une promesse !) veut voir les enfants  » lire, rire, s’amuser, s’émerveiller, et surtout apprendre à réfléchir par eux-mêmes, à développer autonomie, responsabilité, respect sans oublier de rêver « . Une maison d’édition de livres jeunesse mais pas que lancée et tenue par des artistes du monde entier. Une belle illustration de la diversité de la production internationale, des histoires aux résonances universelles. Ils ont une démarche éthique de maison indépendante : une impression locale avec des matériaux non-agressifs pour l’environnement, et des conditions de travail respectueuses de l’humain. Pour offrir aux enfants des livres fabriqués proprement, près de chez eux, limitant notre empreinte écologique. Bref un éditeur qui nous raconte des histoires mais au sens propre pas figuré.

Manque plus que vous achetiez cet album chez un libraire indépendant et on sera bien 😉

1000 Vaches, de Adèle Tariel et Julie de Terssac, 32 pages, 13 €, Éditions Père Fouettard.

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3 minutes à méditer, de Christophe André

Le livre qui a (va) changé ma vie !

Trois minutes à méditer, dernier livre de Christophe André, aux éditions de L'Iconoclaste France Culture : critique.Le dernier titre du psychiatre Christophe André, 3 minutes à méditer, une coéditions L’Iconoclaste/ France Culture est mon nouveau livre de chevet ! Je le savoure depuis quelques semaines. Et oui en 2017, je me mets (vraiment) à la méditation ! J’ai déjà pratiqué (essayé) la pleine conscience lors de cours de yoga. C’est là que j’ai vu que j’avais du boulot… Mais j’ai entre aperçu pendant ces tentatives que parvenir à la pleine conscience me procurait un bien fou. J’étais donc tentée depuis quelques années à essayer la méditation. Je n’avais pas encore saisi l’occasion et la sortie de cet ouvrage a fini par m’aider à me lancer. Car essayer la méditation avec un livre, c’est le faire quand on veut, quand on peut sans sortir de chez soi. Et c’est surtout s’initier mais pas seul : avec l’aide d’un professionnel, à savoir christophe andré.

La méditation, gymnastique de l’esprit

Ce livre, issu de l’émission de France Culture que vous avez peut-être déjà suivi durant l’été 2016, qui s’intitulait également 3 minutes à méditer, propose une initiation à la méditation de pleine conscience. C’est à dire une méthode d’origine boudhiste, modifiée et laicisée pour être utilisée dans des contextes de soin (donc rien de religieux là dedans). La méditation de pleine conscience c’est quoi ? C’est une gymnastique de l’esprit qui permet de développer sérénité, force et lucidité. Une gymnastique pour vous invite à respirer, vous concentrer pour lâcher-prise, résister aux maux de notre époque. Bref, tout le monde reconnaît qu’il faut faire de l’exercice physique pour se sentir bien. C’est aussi vrai pour la tête… Voilà un type d’entraînement qui peut aider à se sentir bien, mieux, moins mal : la méditation de pleine conscience !

Dans l’introduction, Christophe andré explique comment il en est venu à la méditation après un drame personnel. Il nous confie que cette pratique est l’outil psychologique qui lui a le plus apporté sur le plan personnel. Une aide précieuse dans les moments de détresse. Mais la méditation a également developpé son aptitude à mieux savourer les bons moments. Là, je suis page 15 du livre et je me dis : « c’est justement ça que je veux ! »

Par Christophe ANdré, médecin-psychiatre

Je pars confiante car je sais que l’auteur est quelqu’un de sérieux. Christophe andré est un psychiatre donc un médecin, spécialisé dans les troubles anxieux et dépressifs. Il a commencé à s’intéresser à la méditation dans les années 90 en tant que praticant et médecin. Il se forme à l’enseignement de pleine conscience et devient l’un des premiers dès 2004 à la proposer à ses patients dans le cadre de protocole thérapeutiques au sein du service hospitalo-universitaire de l’hopital Saint-Anne à Paris.

Ce livre n’est pas l’œuvre d’un gourou ou le produit d’une étude marketing écrite par un pseudo coach de vie ! D’ailleurs, aux plus réticents (oui oui je sais que vous êtes là, n’est-ce pas Claire…), Christophe André explique dans son intro ce que montrent les études sur la méditation. Ensuite, il nous éclaire sur quand, comment et où méditer au quotidien. Et pour nous aider, suivent 40 chapitres ou 40 petites méditations destinées à ouvrir des parenthèses de pleine conscience. Il propose d’en déguster une par jour. Pour prendre le temps de s’initier à cette pratique.

Et ce merveilleux livre qui se dévore – difficile de ne lire qu’un chapitre par jour – contient également un CD. A ecouter dans le lit, la voiture. 40 pistes, donc une par jour aussi. Pour entendre la douce voix de Christophe André nous initier par de petits exercices à entrer dans la méditation de pleine conscience. Et pour vous donner une idée, j’ai sélectionné un extrait : la piste / chapitre 2 du livre CD (l’émission radio du 5 juillet 2016).

Le bavardages des pensées

Ce que certains thérapeutes appellent Mental FM. C’est à dire le bavardage constant de notre esprit, les pensées qui envahissent notre esprit en permanence. Si je vous propose cet extrait c’est qu’il aborde l’un des mes problèmes… Et je n’en peux plus ! De la liste de courses à la paperasse administrative en passant par la logistique-taxi des enfants, les mails à envoyer et les dossiers boulot à régler… Mon esprit ne s’arrête jamais de tout balayer en détail ! Je suis fatiguée. Je voudrais qu’il fasse une pause ! Christophe André nous apprend à prendre de la distance, repérer ces pensées incessantes, apprendre à s’en détacher. Regarder le flot des pensées au lieu de s’y débattre. On l’écoute !

Les autres exercices du guide d’initiation 3 minutes à méditer s’intéressent au souffle, émotions, angoisses, du bon usage des écrans, à l’alimentation, au présent, la contemplation… 40 thématiques pour nous aider à prendre du recul, voir les choses autrement. 40 exercices de gymnastique de l’esprit. Lidée de cette émission de radio était génial. Et quelle bonne idée de l’avoir transposée en livre-CD. 230 pages, un CD indispensable qui peuvent faire du bien à tout le monde. Malheureusement, pas encore remboursé par la sécu mais pour la modique somme de 19,90 €, vous en avez pour votre argent. Et pas de panique si vous n’avez plus de lecteur CD dans la voiture ou chez vous, cet ouvrage ultra moderne (même s’il traite d’un sujet vieux de plus de 2000 ans) contient un code QR qui permet de télécharger les pistes. Elle est pas belle la vie ? A méditer !

3 minutes à méditer, Christophe André, Editions de L’Iconoclaste / France Culture, 230 pages, 19,90 €.

 

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Littoral, de Bertrand Belin : chronique

Second roman de Bertrand Belin : Monde de brutes en poésie

Littoral, le second roman de Bertrand Belin publié chez P.O.L, c’est tout une histoire. C’est toute une histoire car ce livre je ne l’ai pas repéré dans un mailing d’éditeurs, sur les réseaux sociaux ni Internet mais en librairie (l’excellente Le Vent Délire). Ce roman édité chez P.O.L présente la même couverture et jaquette que tous les livres de l’éditeur. Couverture blanche très sobre avec le titre en bleu foncé et le nom de l’auteur en lettres fines. Quatrième de couverture toujours aussi sobre avec seulement quelques lignes. Ici 4, tirées du roman. « L’armée d’un pays, informée par la rumeur, est montée chez lui en fin de journée quand la femme était là avec un seau de patates tout seule debout. »

littoral, roman de Bertrand Belin, édité chez P.O.L : chronique.

Bertrand Belin : auteur, compositeur, interprête

Toujours difficile de se faire une idée dans de telles conditions. Mais avec P.O.L, je pars confiante. Je n’ai jamais été déçu car c’est un éditeur exigeant. Donc je m’arrête sur ce livre. Et ce qui m’attire dans ce petit roman de 96 pages, c’est aussi le titre : Littoral. Vivant près de l’océan, je suis subjectivement intéressée par tous les romans ayant pour cadre le bord de mer. Quand enfin, mes yeux se portent sur le nom de l’auteur, je le prends. L’auteur est Bertrand Belin. Auteur compositeur interprête. Je ne savais pas qu’il était écrivain. En revanche, je sais que son dernier album Cap Waller m’a profondémment touché. Par son univers musical minimaliste tout en finesse. Mais aussi par les textes, forts et poétiques à la fois. Voilà pourquoi j’ai eu envie de lire son roman.

« Une boule d’épouvante »

Et je n’ai pas été déçue, bien au contraire. Ce livre est d’une puissance et d’une poésie incroyables. Comme ce roman elliptique ne fait que 96 pages, il est difficile de vous résumer l’histoire sans rompre le charme. Je vais juste vous dire que c’est l’histoire d’un pêcheur. Dans une contrée proche de Quiberon. A une époque enigmatique mais en temps de guerre ou d’occupation. Un roman universel donc qui, sous le prétexte de cet anti-héros pêcheur au caractère bourru et violent, évoque la tragédie de la guerre et de l’occupation, la violence individuelle et collective. Dans la présentation du roman par l’auteur et sur le site de POL, Bertrand Belin explique que Littoral est :  » une manifestation particulière d’un noyau d’épouvante que j’ai en moi depuis toujours. Une boule d’épouvante qui poussait (…), et l’océan a quelque chose à voir avec ça.  »

On ressent tout à fait cette boule d’épouvante qui grandit à la lecture. Par les procédés littéraires employés par l’auteur d’abord. Les personnages ne sont pas nommés mais désignés par  » l’autre, le plus jeune, le troisième homme, la femme ». Des êtres humains quasi déshumanisés dans une société rongée par la peur et la violence. On ressent l’épouvante par la construction également. Laissant place au suspens et dévoilant l’incident en toute fin d’histoire. Enfin, on la ressent par le style : hâché, répétitif qui fait de ces phrases simples et transparentes des messages d’une intensité qui frappent la lecture. Le livre se dévore en quelques heures. Mais il faut quelques heures pour s’en remettre !

Une lecture qui secoue

L’histoire, le fond comme la forme n’en font pas un roman facile et traditionnel. Mais qu’il est bon de se faire surprendre, secouer de cette manière. Littoral pourrait représenter un exercice stylistique fabriquée de toute pièce. Pourtant, on sent l’écriture instinctive. On sent la boule d’épouvante que l’auteur couche sur papier parce qu’il doit s’en défaire. L’auteur placide et écorché à la fois livre tout. Et cette mise à nu authentique bouleverse à la lecture. J’ai adoré !

Avant de devenir écrivain, Bertrand Belin est avant tout musicien, auteur et compositeur. Né à Auray en 1970, il grandit près de quiberon avec ses 4 frères et sœurs, fils d’une maman au foyer et d’un père pêcheur. Il arrive à Paris en 1989 et se lance dans la musique. Depuis de nombreuses années, parallèlement à une carrière de chanteur, il travaille avec le théâtre, la danse et le cinéma. Concernant sa carrière dans la musique, j’ai particulièrement savouré son dernier album Cap Waller sorti en 2015. L’artiste est d’ailleurs en tournée actuellement !

Avant Littoral, chez le même éditeur, il avait publié en février 2015, un premier roman intitulé Requin. Je l’ai découvert avec Littoral que je vous conseille vraiment de lire. Et je vais me pencher sur son précédent titre avec curiosité et plaisir !

Littoral, de Bertrand Belin, Editions P.O.L, 96 pages, octobre 2016, 9 €.

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