Littoral, de Bertrand Belin : chronique

Second roman de Bertrand Belin : Monde de brutes en poésie

Littoral, le second roman de Bertrand Belin publié chez P.O.L, c’est tout une histoire. C’est toute une histoire car ce livre je ne l’ai pas repéré dans un mailing d’éditeurs, sur les réseaux sociaux ni Internet mais en librairie (l’excellente Le Vent Délire). Ce roman édité chez P.O.L présente la même couverture et jaquette que tous les livres de l’éditeur. Couverture blanche très sobre avec le titre en bleu foncé et le nom de l’auteur en lettres fines. Quatrième de couverture toujours aussi sobre avec seulement quelques lignes. Ici 4, tirées du roman. « L’armée d’un pays, informée par la rumeur, est montée chez lui en fin de journée quand la femme était là avec un seau de patates tout seule debout. »

littoral, roman de Bertrand Belin, édité chez P.O.L : chronique.

Bertrand Belin : auteur, compositeur, interprête

Toujours difficile de se faire une idée dans de telles conditions. Mais avec P.O.L, je pars confiante. Je n’ai jamais été déçu car c’est un éditeur exigeant. Donc je m’arrête sur ce livre. Et ce qui m’attire dans ce petit roman de 96 pages, c’est aussi le titre : Littoral. Vivant près de l’océan, je suis subjectivement intéressée par tous les romans ayant pour cadre le bord de mer. Quand enfin, mes yeux se portent sur le nom de l’auteur, je le prends. L’auteur est Bertrand Belin. Auteur compositeur interprête. Je ne savais pas qu’il était écrivain. En revanche, je sais que son dernier album Cap Waller m’a profondémment touché. Par son univers musical minimaliste tout en finesse. Mais aussi par les textes, forts et poétiques à la fois. Voilà pourquoi j’ai eu envie de lire son roman.

« Une boule d’épouvante »

Et je n’ai pas été déçue, bien au contraire. Ce livre est d’une puissance et d’une poésie incroyables. Comme ce roman elliptique ne fait que 96 pages, il est difficile de vous résumer l’histoire sans rompre le charme. Je vais juste vous dire que c’est l’histoire d’un pêcheur. Dans une contrée proche de Quiberon. A une époque enigmatique mais en temps de guerre ou d’occupation. Un roman universel donc qui, sous le prétexte de cet anti-héros pêcheur au caractère bourru et violent, évoque la tragédie de la guerre et de l’occupation, la violence individuelle et collective. Dans la présentation du roman par l’auteur et sur le site de POL, Bertrand Belin explique que Littoral est :  » une manifestation particulière d’un noyau d’épouvante que j’ai en moi depuis toujours. Une boule d’épouvante qui poussait (…), et l’océan a quelque chose à voir avec ça.  »

On ressent tout à fait cette boule d’épouvante qui grandit à la lecture. Par les procédés littéraires employés par l’auteur d’abord. Les personnages ne sont pas nommés mais désignés par  » l’autre, le plus jeune, le troisième homme, la femme ». Des êtres humains quasi déshumanisés dans une société rongée par la peur et la violence. On ressent l’épouvante par la construction également. Laissant place au suspens et dévoilant l’incident en toute fin d’histoire. Enfin, on la ressent par le style : hâché, répétitif qui fait de ces phrases simples et transparentes des messages d’une intensité qui frappent la lecture. Le livre se dévore en quelques heures. Mais il faut quelques heures pour s’en remettre !

Une lecture qui secoue

L’histoire, le fond comme la forme n’en font pas un roman facile et traditionnel. Mais qu’il est bon de se faire surprendre, secouer de cette manière. Littoral pourrait représenter un exercice stylistique fabriquée de toute pièce. Pourtant, on sent l’écriture instinctive. On sent la boule d’épouvante que l’auteur couche sur papier parce qu’il doit s’en défaire. L’auteur placide et écorché à la fois livre tout. Et cette mise à nu authentique bouleverse à la lecture. J’ai adoré !

Avant de devenir écrivain, Bertrand Belin est avant tout musicien, auteur et compositeur. Né à Auray en 1970, il grandit près de quiberon avec ses 4 frères et sœurs, fils d’une maman au foyer et d’un père pêcheur. Il arrive à Paris en 1989 et se lance dans la musique. Depuis de nombreuses années, parallèlement à une carrière de chanteur, il travaille avec le théâtre, la danse et le cinéma. Concernant sa carrière dans la musique, j’ai particulièrement savouré son dernier album Cap Waller sorti en 2015. L’artiste est d’ailleurs en tournée actuellement !

Avant Littoral, chez le même éditeur, il avait publié en février 2015, un premier roman intitulé Requin. Je l’ai découvert avec Littoral que je vous conseille vraiment de lire. Et je vais me pencher sur son précédent titre avec curiosité et plaisir !

Littoral, de Bertrand Belin, Editions P.O.L, 96 pages, octobre 2016, 9 €.

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Les Zenfants presque Zéro Déchet : drôle et intelligent !

Les Zenfants presque zéro déchet, à offrir à tous les enfants !

Les Zenfants presque zéro déchet, Ze mission, de Jérémie Pichon et Bénédicte Moret (Famille Zero Dechet), publié chez Thierry Souccar Editions fait partie des titres jeunesse indispensable à offrir aux enfants !

Les Znfants presque zéro déchet, livre jeunesse indispensable !

La famille zéro déchet propose Ze mission aux enfants : sauver la planète en devenant des héros de la protection de l’environnement en 98 pages. Dans ce livre :  » des super héros sans pouvoirs avec des costumes pourris qui ne font que des conneries » ! Et ce n’est pas moi qui le dit mais la quatrième de couverture ! Les 2 auteurs invitent donc la jeunesse à rejoindre l’équipe de ces super héros du zéro déchets : Mali et dia, les enfants mais aussi Compostman, Zéroman, Greengirl, la Fée Letoi, Slipman.

Mi-documentaire, mi-BD

Au programme pour sauver le monde, plein de trucs & astuces : fabriquer sa propre pâte à modeler, créer des sacs en tissus personnalisés, organiser un anniv, pâques, halloween, ou noël sans déchet, faire un pique-nique sans plastique ! Bref Jérémie Pichon et Bénédicte Moret, heureux parents de 2 enfants, savent de quoi ils parlent ! Et expliquent aux jeunes lecteurs comment vivre en réduisant ses déchets.

A travers les textes courts toujours empreints d’humour de Jérémie et les dessins colorés et positifs de Bénédicte. Les thématiques sont abordées en plusieurs temps, une BD, un partie documentaire et une action pour changer le monde. Avec des activités, des jeux… C’est un format de littérature jeunesse très attractif pour les enfants.

Si vos bambins sont jeunes, vous prendrez plaisir à décortiquer ce livre avec eux. Et s’ils sont en âge de lire mais pas forcément gros lecteurs, ce parti pris mi-documentaire illustré mi-bd rend la lecture des infos très attrayante et très digeste. Le livre est conseillé à partir de 8 ans mais j’ai lu des passages à ma fille de 6 ans : elle a tout compris et était vraiment intéressée (je suis bonne pour coudre des mouchoirs lavables…).

Une tonne d’infos sur la production de déchets

L’humour et les dessins plairont aux enfants mais ne vous détrompez pas. Ce n’est pas un guide futile. Les auteurs, à défaut d’engendrer des kilos de déchets, présentent en 98 pages une tonne d’informations économiques et environnementales. Incitez les enfants à produire moins de déchets c’est bien. Mais leur expliquer pourquoi c’est nécessaire, c’est mieux ! Avant de donner leur trucs et astuces, Jérémie et Bénédicte développent à chaque fois pourquoi l’utilisation ou l’achat de certains produits est nocif pour la planète. A propos des fournitures scolaires, des jouets, des vêtements, des fêtes, des jeux, de l’hygiène, des courses… Et à chaque fois, ils proposent des solutions alternatives qui séduiront les enfants car elles nécessitent du bricolage, de la création, de l’inventivité… Et ça, c’est bien connu nos enfants en sont tout à fait capables !

Un Blog, deux livres presque zéro déchet

Cette merveille est donc l’œuvre de la famille preque Zéro Déchet. Ils animent avec humour un blog  depuis 2014, date à laquelle ils ont décidé de réduire leur déchet. Ils racontent depuis sur ce blog leur expérience au quotidien, leurs recettes, leurs trucs et astuces en texte et en image avec beaucoup d’humour. Face au succès du blog, ils ont sorti l’an dernier leur premier livre Famille presque zero déchet Ze guide. Un vrai régal et un vrai succès aussi à destination des adultes ! La recette ? Leur texte et leur dessins très personnels qui sentent le concret, le vécu, le tout enrobé dans beaucoup d’humour. Il éduquent leurs propres enfants avec cette pratique de réduction des déchets. Et ils ne sont pas égoïstes, ils partagent aujourd’hui leurs secrets pour les enfants dans ce livre Les Zenfants presque Zéro déchet, Ze mission.

Ce livre devrait figurer dans toutes les bibliothèques et classes de france. Mais vous pouvez commencez par le mettre au pied du sapin pour vos enfants, petits-enfants, neveux ou nièces, filleuls. Bref offrez-le à un enfant !

Les Zenfants presque zéro déchet, de Bénédicte Pichon & Jérémie Pichon, Thierry Souccar Editions, 96 pages, 13,90 €.

Aquarium, de David Vann : roman singulièrement brillant

La lumière au bout de l’aquarium

Aquarium, le cinquième roman de David Vann détonne dans l’œuvre de l’auteur américain par sa luminosité. Une merveilleuse LECTURE !

J’ai lu tous les romans de David Vann. Et à chaque fois, la publication d’un nouveau me procure toujours un mélange d’excitation de lecture et de crainte d’être déçu par un auteur que je vénère. Ouf, ce n’est toujours pas le cas avec Aquarium, son cinquième titre traduit en France.

 

Aquarium, c’est l’histoire de Caitlin, 12 ans, qui vit avec sa mère dans une banlieue de Seattle. Cette mère célibataire fait comme elle peut pour joindre les deux bouts et concilier travail, maternité et parfois vie de femme. Elle travaille tard et sa fille l’attend tous les soirs à l’aquarium où elle passe des heures pour assouvir sa passion pour le monde marin et les poissons. Le roman contient d’ailleurs des illustrations de poissons et autres espèces marines. Des dessins de l’auteur lui-même j’imagine, je n’ai trouvé aucun crédit.

 

Elle y rencontre un jour un vieil homme. Et d’échanges aquariophiles en échanges philosophiques au quotidien, une amitié nait entre eux. Tout va bien dans leur modeste existence jusqu’au jour où… Comme tous les romans de l’américain David Vann, Aquarium fonctionne avec une bonne dose de suspense. Je vais donc arrêter là le déroulé de l’histoire !

 

Peinture des gens ordinaires

Mais parler du dernier roman de david vann en le cantonnant à Seattle et ses pluies incessantes, à la vie difficile de cette mère et de sa fille ou à ce vieillard baignant dans la solitude, ça ferait de ce roman, une peinture un peu glauque de petites gens. Et Aquarium, c’est tout sauf ça !

 

David Vann se révèle une fois encore une fois un incroyable peintre des gens ordinaires. Caitlin et sa mère sont seules à se débrouiller, sans argent. Pourtant, leur relation et leurs personnages rayonnent. La mère d’abord : David Vann nous dépeint une femme qui fait ce qui peut mais qui peut beaucoup. Elle pourrait apparaitre froide dans ces méthodes éducatives mais des scènes de leur vie nous démontrent subtilement son affection, une intimité, une proximité qui permet à sa fille de grandir en toute confiance.

 

La fille ensuite. Caitlin, 12 ans. Sans cercle d’amis. Et qui ne parle jamais de son apparence ou de celle des autres. Une pré ado pas comme les autres qui se passionne pour les poissons et les océans. Une gamine différente donc mais tellement passionnante. D’abord, elle n’a pas l’air de souffrir de sa différence. Surtout, elle puise dans sa passion toutes les ressources pour supporter les méandres et difficultés de l’existence. Exactement ce qu’ils manquent à tant de personnes…

 

David Vann dépeint leur existence à priori médiocre d’une manière si subtile que l’on y décèle les petites perles qui ne résument pas ces personnages à ce qu’ils semblent être. Sans jamais nous le dire, David Vann nous raconte l’histoire ordinaire d’êtres extraordinaires ! Y compris dans leurs incohérences, leurs faiblesses, leur humanité.

 

David Vann trouve la lumière

La finesse psychologique de l’auteur, c’est aussi sa capacité à se mettre dans la tête d’une gamine de 12 ans. Car c’est rarement réussi en littérature : faire parler une pré ado sonne souvent faux ou se révèle parfois pénible à la lecture.

 

David Vann ne tombe pas dans cet écueil et l’éclairage qu’il apporte est incroyable. Quand la mère apprend la relation entre sa fille et le vieil homme, elle perd son sang froid. L’écrivain décrit l’interprétation et les angoisses de la petite fille face à ses crises, un juste ressenti. Bref dans le dernier roman de David Vann, Aquarium, on n’apprend à voir le beau quand il n’est pas immédiatement décelable et on redécouvre le concept de singularité de l’être humain.

 

Enfin, ces tranches de vie critiques et ses faiblesses humaines, David Vann les transforme en conte de fées. Pour la première fois depuis que je lis ses romans, j’ai ressenti une vaste lumière. Aquarium est son 5ème roman traduit en Français et c’est le plus optimiste. Dans son premier Sukkwan Island, Prix Médicis étranger 2010, la relation père-fils tournait au cauchemar sans une once d’espoir possible. Cette fatalité se retrouve aussi dans ses titres suivants comme Désolation ou Impur. Malgré leur noirceur, j’ai adoré ces romans : haletants du début à la fin, ils me procuraient une sorte d’apaisement. Mes propres névroses, incohérences semblaient si pâles face à ces anti-héros torturés ou bourreaux.

 

Si David Vann trouve la lumière à la noirceur de l’existence dans Aquarium, je n’en ai pas moins apprécié son livre. L’auteur admet avec cette histoire de famille que le passé peut ne pas être déterminant dans une existence. Que les blessures peuvent se guérir. Parfois. Peut-être le signe que l’américain a guéri les siennes ?

 

Un fabuleux roman écrit dans une langue brillante et simple à la fois. Que l’on doit aux Editions Gallmeister, éditeur découvreur de David Vann en France.

 

A NOTER : David Vann sera présent du 31 mars au 2 avril 2017 au festival Quai du Polar de Lyon.

Aquarium, David Vann, Collection Nature Writing, Editions Gallmeister, 280 pages, 23 €.