Poésie Art de l’insurrection, de Ferlinghetti

Cure de vitamines

Depuis la fin du confinement, poursuite de l’école à la maison, du télétravail et du désencombrement de la maison. Des journées intensives. Et comme souvent, je puise des forces dans la lecture. C’est exactement l’effet bénéfique qu’a produit Poésie Art de l’insurrection, de Ferlinghetti, traduit de l’anglais par Marianne Costa aux éditions maelstrÖm reEvolution. Une cure de vitamines, une cure de jouvence !

Chronique de Poésie Art de l'insurrection de Ferlinghetti, maelström reevolution

Recommandé par un libraire

Le confinement et la période tout aussi particulière que nous sommes en train de vivre a eu un effet positif sur ma PAL, ma pile de livres à lire : cela fait 3 mois maintenant que je n’achète -presque – plus de livres et que je pioche dedans, que je me cantonne à lire ceux qui attendent depuis des mois voire des années dans cette pile.

Parmi eux Poésie, Art de l’insurrection, le manifeste poétique et politique de Ferlinghetti. J’ai eu connaissance de l’existence de ce livre en regardant les reportages consacrés aux librairies dans La grande librairie, l’émission de France 5. En septembre 2019, c’était au tour de la librairie Caractères située à Mont de Marsan d’être visitée. Et de son fondateur et directeur de présenter ses livres fétiches. Parmi eux et dans la catégorie Livre engagé, Anthony Clément a recommandé ce petit livre rouge de Ferlinghetti. Quelques phrases qui m’ont donné envie de me plonger dans ce recueil. Et comme décidément la vie ne serait rien sans librairie, j’ai pu passer à l’acte grâce à ma librairie à la sélection toujours impeccable et qui l’avait en stock, la librairie Le vent délire à Capbreton.

Petit livre rouge

Acheté à l’automne dernier donc, j’ai fini par le lire pendant et après le confinement. La période idéale pour m’y plonger. Dans ce petit livre rouge – et pour une fois l’adjectif qualificatif n’est pas employé à tort -, Poésie art de l’insurrection est dans un format plus petit qu’un poche et ne fait que 100 pages. Ce petit livre de couleur rouge dont le format fait délibérément référence au petit livre de Mao. Dans ce petit livre rouge donc, le poète américain nous invite à faire de nouveau chanter la poésie ! Et nous exhorte pour cela à sortir, écouter, vivre, remuer, bousculer, inventer, découvrir. L’auteur s’adresse aux jeunes, aux poètes en devenir, à ceux qui peuvent participer au renouveau de notre monde vieilli, sclérosé, mourant.

Invitation joyeuse et énergique

Cette invitation poétique rédigée en 2007 alors que l’auteur avait 88 ans ne représente pas une leçon de morale d’un vieil aigri. Au contraire son invitation poétique est optimiste, joyeuse, énergique et souvent drôle. Lawrence Ferlinghetti nous éveille, nous réveille, nous touche. Et autant dire que dans le contexte, ce livre m’a fait un bien fou. Avec ce texte révolutionnaire, ses réflexions, incantations, ses mots ouvrent des portes longtemps fermées. Ils nous élèvent grâce au recul qu’ils apportent et finalement procurent une force incroyable. Pour se lancer en poésie et dans la vie. Ces lignes donnent envie de décrocher des montagnes ! Et pour mieux vous en convaincre, un court extrait !

Si tu te veux poète, invente un nouveau langage que chacun puisse comprendre.

Si tu te veux poète, prononce des vérités nouvelles que le monde ne pourra nier.

Par l’art, crée l’ordre à partir du chaos vital.

Poésie Art de l’insurrection.

Marianne Costa, la traductrice, précise dans une note en début d’ouvrage qu’elle a traduit le « you » américain par la seconde personne du singulier en français après concertation avec l’auteur excellent francophile. Tout comme il a été décidé avec lui que ce « tu » serait de genre masculin et féminin. Donc les genres s’alternent. Des choix de traduction qui comme dans la version originale du texte le rendent accessible à tous. Comme si l’auteur s’adressait à chacun de nous en particulier. Une proximité, une chaleur que l’on ressent à la lecture et qui confère une plus grande force aux propos.

Qu’est-ce que la poésie ?

Ce recueil contient également le texte Qu’est-ce que la poésie. Texte qui devrait être enseigné à tous les étudiants en littérature tant l’auteur, digne représentant de la beat génération, multiplie les infinis possibilités du genre, les formes, les raisons d’être de la poésie. En fin d’ouvrage figurent également de nouvelles traductions de manifeste politique N°1 texte de 1976, Manifeste politique N°2 et La poésie moderne est de la prose, 2 textes écrit en 1978. Des textes qui malgré leur âge représentent de véritable bouffée d’air frais, une vision et une écriture inventives, libératrices.

Le père de la beat generation

Lawrence Ferlinghetti est né en 1919 aux États-Unis. Il a cofondé et dirigé la librairie City Lights à San Francisco puis une maison d’édition du même nom spécialisée en poésie, éditeur notamment du célèbre Howl de Ginsberg. Poète, libraire, éditeur, globe trotter, ce représentant de la beat génération qui a fêté ses 100 ans l’an dernier, est engagé politiquement. Idéologiquement pour l’anarchie et plus concrètement pour la sociale démocratie.

L’édition de ce petit livre rouge en français, on la doit à l’éditeur belge maelstrÖm reEvolution. Maison d’édition mais aussi librairie, festival international de poésie. La maison d’édition est née en 1990 comme projet ouvert d’artistes italiens, belges, français autour d’une revue. Elle a évolué ensuite en tant que collection chez un éditeur puis est devenu une maison d’édition à part entière en 2003. Spécialisée en poésie contemporaine, elle édite également des romans, des nouvelles et des essais, une dizaine de livres par an.

Grand voyageur

Elle a publié de l’auteur son œuvre la plus célèbre A Coney Island of the mind accompagnée d’autres poèmes dans une traduction également de Marianne Costa. Et ce manifeste rouge, Poésie art de l’insurrection, titre indispensable, pour les amateurs de poésie mais également pour tous ceux et celles que le genre effraye ou rebute.
Et si vous appréciez à sa juste valeur ce recueil poétique et philosophique qui insuffle joie et esprit de combat, je vous invite ensuite à vous plonger dans La vie vagabonde, ses carnets de route dans lesquels il raconte 50 ans de voyage. À défaut de pouvoir effectivement voyager, ce livre publié l’an dernier aux éditions du Seuil représente un bon moyen de le faire par procuration tout en profitant des heureuses pensées de ce jeune homme de 100 ans. Mais c’est une autre histoire donc nous reparlerons (puisque j’ai ajouté ce titre dans ma liste de livres à lire !). En attendant, procurez-vous d’urgence Poésie Art de l’insurrection !

Poésie, Art de l’insurrection, de Ferlinghetti, traduit par Marianne Costa, éditions maelstrÖm reEvolution, 10 €.

Contre Amazon

uN MANIFESTE DE jORGE cARRION

Harcelée par les injonctions à participer au « black friday » et à quelques jours de la course aux cadeaux de Noël, je ne peux pas m’empêcher de vous recommander la lecture d’un livre : Contre Amazon, manifeste de Jorge Carrión, publié aux Éditions Le nouvel Attila ! Je vous avais déjà expliqué dans un post pourquoi et comment je boycottais Amazon. Cet essai appuie avec des arguments imparables pourquoi il faut arrêter de consommer via ce géant sans principes !

Contre Amazon manifeste de Jorge Carrion

J’ai découvert ce manifeste dans ma librairie indépendante préférée, Le Vent Délire à Capbreton pour ne pas la citer. Oui je défends la librairie indépendante contre la vente en ligne. Et Amazon représente selon moi la pire des alternatives de la vente en ligne. D’abord parce que les frais de port gratuit constitue un contournement de la loi sur le prix unique du livre en France et représente donc une concurrence déloyale. Ensuite parce que ce géant de l’Internet est loin d’être libraire. Si on ajoute à cela que la société de Jeff Bezos s’arrange pour payer le moins d’impôts possible… Et a été maintes fois accusée par des employés de cadences de travail infernales et de contrats précaires, vous l’avez compris je ne suis pas une adepte de ce supermarché en ligne !

J’étais déjà convaincue. Mais pour appuyer mon propos, j’ai eu envie de lire cet essai de Jorge Carrión, romancier et critique espagnol, spécialiste mondial des librairies. Dans ce livret de 32 pages qui vaut la modique somme de 3 €, l’auteur expose les 7 raisons pour lesquelles il est contre Amazon.

Contre Amazon 1 manifeste 7 raisons

Un manifeste 7 raisons

1- Parce qu’il refuse de cautionner une expropriation symbolique. Oui la société de Jeff Bezos tue le petits commerce et les centre-villes dans le monde entier.
[Nota Bene] Ne manquez pas de lire la démonstration du député et ancien secrétaire d’État au Numérique Mounir Mahjoubi dans son enquête intitulée  » Amazon : Vers l’infini et Pôle emploi ! ».

2- Parce que nous sommes tous des cyborgs mais pas des robots. Vissés à nos téléphones portables, nous sommes des cyborgs humains. Toutefois nous ne sommes pas obligés de cautionner le travail de robot que la société impose à ses employés ni à nier le facteur humain dans le travail comme dans la rapport commercial.

3- Parce qu’il refuse l’hypocrisie. Celle d’une société manipulatrice qui vent des livres négationnistes, nazis ou pro pédophiles au nom de la liberté… Tandis qu’elle censure des auteurs ou des éditeurs qui osent critiquer son modèle…

4- Parce qu’il ne veut pas être complice… De ce nouvel empire qui n’emploie aucun libraire au profit de la rapidité. Chez Amazon le libraire est un algorithme. Il ne veut pas non plus être complice d’un empire qui fait la promotion d’un accès illimité à l’information tandis qu’elle fait signer des clauses de confidentialités à ses employés et élabore des stratégies pour ne pas payer d’impôts dans les pays où il s’installe.

5- Parce qu’il ne veut pas être espionné durant sa lecture. Comme c’est le cas avec la plateforme Kindle qui sait tout de vos lectures. L’auteur nous invite à ne pas nous méprendre sur la campagne mondiale Kindle reading fund soi disant pour promouvoir la lecture dans les pays pauvres alors qu’il s’agit en fait de former la nouvelle génération à lire sur écran pour les étudier et obtenir des données…

6- Parce qu’il défend la lenteur accélérée, la proximité relative. Le temps de désirer un livre, d’aller dans une librairie le trouver, le feuilleter, hésiter, l’acheter ou pas, le lire ou pas.

7- Parce qu’il n’est pas naïf. Jorge Carrion achète des livres en ligne sur un site racheté par Amazon, fait des recherches google et utilise facebook, les « 3 ténors de la globalisation ». Mais il croit à une résistance minime et nécessaire.

7 bonnes raisons de lire contre amazon

Alors je ne vais pas vous résumer les 32 pages d’arguments de Jorge Carrion. Ce serait réduire leur portée. Je vais vous donner 7 bonnes raisons de lire ce livre !
1- C’est votre devoir de vous informer sur votre pouvoir d’achat et le manifeste de l’auteur est truffé d’exemples sur les conséquences destructrices du système. Il décortique ce qui se cache derrière la simplicité et la rapidité : le monopole, la domination, l’exploitation, l’asservissement, l’uniformisation et le contrôle.
2- L’auteur argumente son propos en remontant aux racines de la société motivée déjà par l’intérêt du profit.
3- L’auteur ne se place pas du seul point de vue du lecteur mais également de celui de l’éditeur et du travailleur.
4- L’auteur est sincère : il convient qu’il participe parfois au système. Cela n’empêche de rester conscient et de résister dans la mesure du possible.
5- Son auteur, un amoureux du livre, nous rappelle très justement le caractère sacré du livre papier, de l’objet au désir en passant par la lecture. Une expérience qui participe au plaisir de la lecture.
6- Contre Amazon est un manifeste humaniste d’un point de vue économique, social, littéraire et politique !
7- Il est primordial de replacer un acte d’achat qui vous semble facile et insignifiant comme adhésion à un système dévastateur !

Contre Amazon de Jorge Carrion 4eme de couverture

Par un spécialiste des librairies

Romancier et critique espagnol, Jorge Carrión est un spécialiste mondial des librairies, auxquelles il a consacré une monographie, Librairies, Itinéraire d’une passion (Seuil, 2016). Directeur du master en création littéraire de Barcelone, et de la revue Quimera, il a vécu en Argentine et aux États-Unis.

Ce texte traduit de l’espagnol par Mickaël Gomez Guthart est publié aux éditions Le Nouvel Attila. Il a été diffusé en avant-première aux Rencontres nationales de la Librairie, en partenariat avec le SLF, le 1er juillet à Marseille. Mais il avait d’abord été publié en ligne par un magazine espagnol en 2017 puis en anglais dans une traduction de Peter Bush : en format numérique sur le site Literary Hub, et en format papier offert par l’éditeur canadien Biblioasis à 300 libraires et journalistes. Le manifeste a suscité un tel écho que l’éditeur Dan Wells à fini par envoyer 3 000 exemplaires à des professionnels du monde entier !

L’éditeur qui met du sang dans son vin

Un texte qui interpelle, qui fait mouche. Et dont nous devons la publication française à l’éditeur Le Nouvel Attila, « L’éditeur qui met du sang dans son vin » ! Nées en 2007, les éditions Attila se sont scindées en 2013 en 2 structures Le Nouvel Attila et Le Tripode. La spécificité du Nouvel Attila ? « De la littérature étrange et étrangère, avec une préférence pour les genres hybrides et les mauvaises herbes littéraires ». C’est le cas encore avec le manifeste de Jorge Carrión. Contre Amazon, livret de 32 pages imprimé sur un beau papier bleu turquoise et dans une typo bleu marine pour la modique somme de 3 €. Achetez-le, lisez-le, offrez-le !

Contre Amazon, de Jorge Carrión, Éditions Le Nouvel Attila, 3 €.

en complément

Le rapport d’Olivia LaVecchia et de Stacy Mitchell de l’institut de recherche américain ILSR (Institute for Local Self-Reliance) : Amazon, cette inexorable machine de guerre qui étrangle la concurrence, dégrade le travail et menace nos centres-villes. Le SLF, syndicat de la librairie française propose une synthèse et une traduction de ce rapport américain. Un vrai texte d’horreur car il décortique dans le détail l’invasion et la domination d’Amazon dans tous les domaines…